Genre : Ciné région
Sham
Genre : Drame
Pays : Japon
Durée : 2h09
Réalisateur : Takashi Miike
Acteurs : Gô Ayano, Kô Shibasaki, Kazuya Kamenashi
Qu’est-ce qui a bien pu se passer dans cette classe paisible ? Seiichi
Yabushita est un professeur sans histoire, consciencieux dans son travail, aimant ses élèves. Alors pourquoi s’en prend-il à un gamin en particulier, le harcelant, l’humiliant, le poussant, de l’avis de sa mère, au suicide ? Cette dernière est bien décidée à prouver que derrière la façade se cache un esprit tordu. Dans une première partie, c’est le regard de celle-ci et la mise en route de la machine judiciaire. Pris dans le tsunami des réseaux sociaux, des avis de tous, Yabushita ne peut que courber le dos et l’école, prendre les mesures nécessaires pour éviter toute honte.
Bientôt, cette affaire envahit tout le pays, chacun donnant son opinion, prenant parti pour la mère et le fils ou le pauvre professeur. Peu de choses semblent donner raison à ce dernier pour sauver son honneur, dans un pays où il est important. Dans la deuxième partie, c'est du côté de Seiichi Yabushita que nous nous plaçons pour découvrir une autre version. Peu à peu, nos certitudes prennent le large, nous interrogeant sur la bonne foi de nos regards. On en vient à douter de ce qu'une première réalité nous exposait, un verdict sans faille. Et si Seiichi Yabushita était innocent, nous le condamnerions au bûcher sans concessions en croyant à la vérité implacable.
Comment ne pas penser à Rashōmon de Kurosawa, le point de vue de plusieurs personnages sous des angles différents. Pour Takashi Miike, réalisateur culte et inventif découvert dans les années 2000 pour un cinéma plus transgressif aux scènes de violence extrême, ce drame social peut surprendre ses fans. Dans une filmographie de plus de cent films explorant des genres aussi divers que l’humour, la comédie musicale, l’horreur, l’action…, ce fait divers réel survenu en 2003 à Fukuoka, qui enflamma la société japonaise et connut une version documentaire et un livre, se pare de nouvelles couleurs.
Dans l’esprit de Kurosawa, ce qui motive le cinéaste, c’est l’idée du mensonge et de la vérité, portée à son paroxysme par la société moderne. Il joue subtilement de l’atmosphère tendue, des apparences et d’une tension sourde parcourant Sham. On verra que le sujet reste et restera d’actualité tant que l’humanité existera au centre de ce nœud gordien, métaphore d’un problème sans solution.
Nous n’aurons jamais la parole de l’enfant, le combat se déroule entre la mère, le professeur et le système. Peu à peu, la figure de victime se fragilise, aussi bien chez le bon maître d’école que, plus tard, chez la mère maternante et protectrice. Les lignes ne feront que bouger pour troubler l’eau claire de la vérité. Au fur et à mesure que nous avançons, le sujet devient plus complexe ; l’évidence se fissure, semant les graines du doute.
Plusieurs questions parcourent le récit comme : « la vérité dépend-elle uniquement du narrateur ou de la narratrice ? » L’auteur aborde des thématiques nouvelles comme l’école, le harcèlement, la place des parents et du professeur dans l’éducation des enfants, le rôle des médias et leur impact sur la société. Tout se joue de façon subtile et sur le principe bouddhiste que « si l’on se cantonne au monde de la vérité conventionnelle, notre compréhension reste étriquée » (Matthieu Ricard). Il nous faut donc éliminer les scories, comme l’animosité, le désir, le manque de discernement, l’orgueil, la jalousie et bien d’autres sentiments qui l’entravent.
C’est ce que le film tente de nous faire comprendre à travers les deux visions des personnages principaux, et celles des collatéraux qui n’ont pour effet que de masquer de plus en plus la réalité juste. Elle s’accompagne d’une symbolique à travers les éléments, la pluie particulièrement, les lumières intérieure et extérieure, la transparence des lieux, fenêtres, etc. À travers le personnage du journaliste qui s’empare de l’affaire pour prendre position du côté de la mère sans vérifier ses sources, manque objectif flagrant, et position des médias privilégiant le sensationnalisme.
C’est la question du rôle des réseaux sociaux, prêts à tous les débordements, et des vérités toutes faites. C’est la place du consommateur qui pose aussi question. La mise en scène se veut sobre, sans manipulation par des effets musicaux ou autres. Le jeu des acteurs est fait de mots, de gestes, de regards, de silences et de colère ; Shibasaki Kô, la mère, et Ayano Gô, le professeur, sont remarquables. La fin, qui s’inscrit complètement dans la tradition de l’excuse japonaise, peut surprendre le public occidental. Le cœur du film, lui, est universel et un sujet d’actualité important.
Patrick Van Langhenhoven
Fiche technique
Titre original : Sham
Réalisation : Takashi Miike
Scénario : Masumi Fukuda et Hayashi Mori
Musique : Koji Endo
Décors : Akira SakamotoCostumes :
Photographie : Hideo Yamamoto (ja)
Son : Jun Nakamura
Montage : Naoichiro Sagara
Production : Keiichi Hashimoto, Shigeji Maeda, Misako Saka et Ken'ichi Wasano
Société de production : Toei Company
Société de distribution : Art House
Pays de production : Drapeau du Japon Japon
Langue originale : japonais
Format : couleur
Genre : Thriller dramatique
Durée : 129 minutes
Dates de sortie : 16 septembre 2026
Distribution
Kō Shibasaki : Ritsuoko Himuro
Kōji Ohkura
Fumino Kimura : Nozomi Yabushita
Gō Ayano : Seiichi Yabushita
Kazuki Kitamura : Yamato
Kaoru Kobayashi : Toshio Yugamidani
Kazuya Kamenashi : Michihiko Narumi
Masahiro Takashima : Domae