Rue Malaga
Genre : Comédie Dramatique
Pays : Maroc
Durée : 1h57
Réalisateur : Maryam Touzani
Acteurs : Carmen Maura, Marta Etura, Ahmed Boulane
Maria Angeles fait partie de la communauté des Espagnols qui ont fui Franco et se sont réfugiés au Maroc. Elle habite Tanger depuis toujours et connait tous ses voisins. La douceur de vivre lui est familière. Elle fait son marché tous les matins et a un mot gentil pour chacun. Ici on parle indifféremment l’arabe, l’espagnol ou le français. Les gens se connaissent et s’apprécient.
Aujourd’hui c’est le grand jour. Clara, sa fille, arrive de Madrid pour lui rendre visite. Quelle joie ! Aux fourneaux depuis l’aube, la maman s’arrange devant sa glace, elle veut lui paraitre la plus belle possible. Ça fait si longtemps…
Le bonheur est un oiseau fragile qui bat de l’aile plus souvent qu’il ne fait des ronds dans le ciel. Si Clara est là, c’est pour signifier à sa mère qu’elle a mis la maison en vente pour couvrir les frais de son divorce. C’est tout simple. Il suffit de tout plaquer et de venir à Madrid, comme ça elle pourra voir ses petits-enfants, elle qui se plaint d’être avec eux trop peu souvent. Médusée, Maria Angeles accuse le coup, puis laisse éclater sa colère. Non, elle ne se laissera pas faire.
Maryam Touzani a été remarquée avec Le bleu du caftan. Très douée pour distiller des sentiments subtils, pour laisser affleurer les émotions sans long discours, pour privilégier le non-verbal au verbal, elle s’empare ici d’une fable à tiroirs qui jongle avec un univers sucré, peu réaliste, et différents thèmes plus graves mais bien réels.
Elle va orchestrer la lutte mère-fille en étudiant le point de vue de chacune. Comment ne pas aider sa fille dans les affres d’une séparation ? Cependant, le bouchon n’est-il pas poussé un peu loin lorsqu’on aborde la possibilité d’une maison de retraite à bon prix pour les résidents Espagnols ? La pseudo-solution sonne comme un abandon. C’est compter sans l’ingéniosité de la vieille dame.
La malice de Maria Angeles va colorer le propos d’un humour salvateur et jubilatoire. Une version savoureuse de vieille dame indigne, non pas anglaise comme souvent, mais ibérique et piquante. Olé !
Dans le même opus, Maryam Touzani arrive à prôner la rébellion comme énergie vitale, à soutenir que l’amour n’appartient pas qu’aux jeunes, non plus que l’appétit de la vie et à mettre en images le désir charnel avec délicatesse, ce qui va tout à fait dans la dynamique du film.
Ode au plaisir, à l’amour, à la vie, Rue Malaga n’est pas seulement un genre de loukoum cinématographique. Dans un cadre faussement calibré et repeint en rose, il n’élude pas la difficulté des sentiments et utilise les scènes de comédie romantique pour mieux faire passer le cœur du sujet. On peut s’aimer et se faire mal. Les relations entre Maria Angeles et Clara restent et resteront compliquées.
Carmen Maura n’est pas pour rien dans la réussite du film. Elle est pratiquement de tous les plans. Et on ne peut qu’être ravi de revoir celle qui a porté une bonne partie de l’œuvre de Carlos Saura et Pedro Almodovar. Certes, nous sommes loin du pamphlet politique, mais il y a une bonne dose de détermination, d’entêtement, bref, de combativité dans le personnage. Le combat du quotidien, c’est un autre genre d’héroïsme.
Françoise Poul
Fiche technique
Titre original espagnol : Calle Málaga
Titre français : Rue Málaga
Réalisation : Maryam Touzani
Scénario : Maryam Touzani, Nabil Ayouch
Musique : Freya Arde
Photographie : Virginie Surdej
Montage : Teresa Font
Production : Céline Loiseau, Alice Baldo, Tamara Stepanian
Société de production : Ali n' Productions, Les Films du Nouveau Monde, MOD Producciones, One Two Films, Velvet Films
Société de distribution : Ad Vitam (France)
Pays de production : Maroc - France - Espagne - Allemagne - Belgique
Langues originales : espagnol - arabe
Format : couleurs
Durée : 116 minutes
Genre : film dramatique
Dates de sortie : 25 février 2026
Distribution
Carmen Maura : María Ángeles
Marta Etura : Clara
Ahmed Boulane : Abslam
María Alfonsa Rosso : Josefa
Miguel Garcés : docteur Tovar
La Imèn : Soukaina