The Plague
Genre : Drame
Pays : Australie
Durée : 1h35
Réalisateur : Charlie Polinger
Acteurs : Joel Edgerton, Everett Blunck, Elliott Heffernan
Dans un univers aux couleurs de l’océan, les corps des adolescents dans un fracas tonitruant, plongent dans les profondeurs de la piscine. Ils errent dans les couloirs aux lumières abyssales, ces enfants quittant l’adolescence, en pleine transformation dans un de ces camps de vacances, les initiant au water-polo. Ben, à l’accent bostonien, arrive dans ce groupe déjà composé et mené par Jake. Il s’intègre assez facilement dans l’équipe, malgré les blagues potaches, sorte d’initiation à son intégration. Il y a bien le pauvre Eli, marqué par une maladie de peau, rejeté par le groupe. Est-ce qu’il porte la peste, comme une marque d’infamie le rejetant hors du cercle, dans l’ombre ? Peu à peu, Ben découvre cet âge qui ne pardonne pas et peut vous blesser à vie. Ce qui était un camp de vacances sympa, un premier contact pour lui, se transforme en cauchemar. Peu à peu, la tribu menée par Jake dévoile son vrai visage…
Charlie Porlier réussit un coup de maitre avec ce premier film sur l’adolescence qui pourrait prendre des allures de film d’horreur. Il aura fallu attendre plus d’un an entre Cannes de 2025 et Deauville qui lui décerne deux prix prestigieux, celui de la critique et le Grand prix. Cette histoire simple, comme les aimait Claude Sautet, décrypte les mécanismes du harcèlement dans une atmosphère d’innocence d’un camp de vacances. Nous sommes loin des jeunes filles au bord d’un lac quand l’été est chaud fuyant un tueur sadique. Nous sommes au cœur de l’enfance dans une première partie marquée par l’insouciance.
Ben découvre une bande de gosses menés par un gamin charismatique, Jack. Il est très vite adoubé dans l’équipe en acceptant d’en suivre les règles moqueuses. Subtilement, par petites touches, dans une mise en scène impeccable, se dévoile insidieusement la menace qui se dissimule dans l’ombre. Pourtant, dès les premières images, nous étions prévenus. C’est le silence, une eau peu agitée aux couleurs des grands fond marin. C’est le choc des corps plongeant comme ces oiseaux noirs du haut des rochers. Nous aurions dû comprendre que le calme n’était qu’un leurre.
Le réalisateur, entomologiste du vivant, explore la construction d’un groupe sous le charisme d’un ange ou d’un diable. On donnerait à Jack le bon dieu sans confession. On plaisante, se chamaille, se vanne, comme dans un groupe d’ados ordinaire. Ces gosses nous ressemblent au même âge quand on quitte l’adolescence à 12, 13 ans. Quand on regarde passer les filles de la natation synchronisée avec de nouvelles idées dans la tête. Cette blague de la peste qui ostracise un gamin devrait nous inquiéter. Ce n’est qu’une mauvaise plaisanterie. Ben cherche avant tout à s’intégrer, lui qui vient d’une autre ville.
À partir du moment où il refuse de suivre le groupe dans ce débordement, il devient à son tour victime. Le film va suivre la montée en puissance de cette méchanceté gratuite qui brise une vie. C’est tout ce mécanisme insidieux qui se dévoile par petites touches. The Plague nous entraine dans ce débordement que plus rien ne peut arrêter. À partir du moment où le mécanisme du harcèlement se met en place, où le groupe le relaie, il s’amplifie. Il devient difficile de s’en sortir. Une séquence clef montre Ben et Jack en venant aux mains dans la piscine, parabole du monstre marin et du naufragé.
La symbolique s’exprime dans la façon dont la caméra embrasse les lieux, les couloirs, avec au la loin une lumière libératrice. L’eau, comme un élément où se cache le Kraken. L’innocence avec les jeunes filles de la natation synchronisée. Le monstre incarné par Kayo Martin jouant admirablement de l’ambivalence ange et démon. C’est un trio d’acteurs remarquable sur qui repose le film, Ben, Everett Blunck, l’étranger qui s’intègre et Kenny Rasmussen, un gamin peu ordinaire ostracisé.
La mise en scène aux cadres soignés ne joue jamais la surenchère, la musique est un élément important, tout comme le décor minimaliste, la piscine, le réfectoire, le dortoir et une échappée en extérieur où tout semble se raccorder pour mieux exploser. The Plague s’achève par l’incontournable fête de fin d’année, ici de fin de saison. Le film nous révèle un réalisateur à suivre qui, comme Claude Sautet, sait donner aux histoires simples de la profondeur pour nous interroger sur notre quotidien.
Patrick Van Langhenhoven
Fiche technique
Titre original : The Plague
Réalisation et scénario : Charlie Polinger
Musique : Johan Lenox
Décors : Chad Keith et Jason Singleton
Costumes : Luminita Lungu et Jocelyn Pierce
Photographie : Steven Breckon
Montage : Henry Hayes et Simon Njoo
Production : Derek Dauchy, Roy Lee, Lucy McKendrick, Steven Schneider et Lizzie Shapiro
Sociétés de production : Spooky Pictures, The Space Program, Doublethink, Five Henrys et Image Nation Abu Dhabi
Sociétés de distribution : Independent Film Company (États-Unis), Originals Factory (France)
Pays de production : Drapeau de l'Australie Australie, Drapeau des Émirats arabes unis Émirats arabes unis, Drapeau des États-Unis États-Unis et Drapeau de la Roumanie Roumanie
Langue originale : anglais
Format : couleur
Genre : thriller psychologique, drame
Durée : 95 minutes
Dates de sortie : 16 mai 2025 (festival de Cannes - section Un certain regard) 8 septembre 2025 (festival de Deauville) 3 juin 2026 (en salles)
Distribution
Everett Blunck : Ben
Kayo Martin : Jake
Kenny Rasmussen : Eli
Joel Edgerton : Daddy Wags
Lennox Espy : Julian
Lucas Adler : Logan
Elliott Heffernan : Tic Tac
Caden Burris : Matt
Kolton Lee : Corbin
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