Orwell - 2+2=5
Genre : Documentaire
Pays : USA
Durée : 2h
Réalisateur : Raoul Peck
Acteurs : Damian Lewis Vo et Éric Ruf VF
La liberté c’est l’esclavage. La guerre c’est la paix. L’ignorance c’est la force. Très probablement, si vous avez plus de 14 ans, ces phrases devraient avoir un écho en vous.
Pendant deux heures, Raoul Peck va dresser un inventaire basé sur le journal de George Orwell pour montrer que sa pensée affutée n’a pas pris une ride et que ce qu’il a écrit jadis résonne étrangement à nos oreilles.
Eric Arthur Blair, dit George Orwell, est né en 1903 en Inde. Il a grandi en Angleterre avant de s’engager dans la police impériale en Birmanie à 22 ans. Déjà rétif à l’autorité quand il était à l’école, il va développer un dégoût du pouvoir à travers son expérience et ne tardera pas à rentrer en Angleterre.
Son engagement dans l’écriture semble aller de soi. « Un écrivain qui prétend ne pas s’intéresser à la politique a déjà fait un choix politique » dira-t-il.
C’est en comprenant le parcours de cet homme que l’on considère comme limpide la source de son œuvre. Le film reprend des passages essentiels de sa vie, lui qui, très tôt, développe une conscience de classe, même si le terme est peut-être anachronique. Il observe que de nombreux fonctionnaires, ni bourgeois ni ouvriers, se tournent vers l’empire colonial pour être un « riche parmi les pauvres » avec domestiques de couleur et propriété foncière plutôt qu’au bas de l’échelle des cadres au Royaume Uni, « sous-riche » en quelque sorte.
Tout à la fois critique littéraire, romancier et journaliste il s’implique dans la guerre d’Espagne, ce qui finira de le braquer contre tous les totalitarismes.
A partir de ces éléments biographiques, consignés dans le journal de l’auteur et lus par Eric Ruff, Peck crée un objet visuel caléidoscopique, très rapide, qui navigue entre noir et blanc et couleur, archives et créations entêtantes, presque psychédéliques. Il effectue ainsi des mises en rapport avec des événements emblématiques plus ou moins récents. Il n’invente pas un nouveau discours, une nouvelle analyse, il veut surtout nous rappeler que le corpus orwellien tient toujours, voire plus que jamais.
Longtemps on a prétendu que l’œuvre d’Orwell était anticommuniste. Or le film nous rappelle que le totalitarisme n’a pas de patrie, ni de côté (droite, gauche). Il s’agit plutôt d’une méthode, pas du tout épisodique, qui doit, pour durer, effacer au fur et à mesure les taches du passé, tordre la langue au point de faire douter de ce qui est vrai ou faux. Et alors, Peck se lâche et navigue de Hitler à Staline, de Netanyahou à Trump, de la Chine à Gaza etc.
On peut faire le reproche au film de finir par ressembler à un clip géant, et qu’y a-t-il de plus capitaliste qu’un clip ? Le télescopage des images peut ne pas laisser le temps au cerveau d’assimiler le propos. On peut aussi se dire qu’en ces temps troubles, le film vient à point, comme une piqûre de rappel, nous secouer un peu de notre torpeur ou plutôt de l’état de sidération dans lequel l’époque finit par nous plonger.
Françoise Poul
Fiche technique
Titre original : Orwell : 2 + 2 = 5
Réalisation : Raoul Peck
Production : Raoul Peck, Alex Gibney, Nick Shumaker
Sociétés de production : Velvet Film, Jigsaw Productions, Anonymous Content, Closer Media, Universal Pictures Content Group, Participant
Société de distribution : Le Pacte (France)
Format : couleurs
Pays de production : France - États-Unis
Langue originale : anglais
Genre : film documentaire
Durée : 119 minutes
Dates de sortie : 17 mai 2025 (Festival de Cannes 2025) 25 février 2026
Distribution
Voie de George Orwell : Damian Lewis Vo et Éric Ruf VF.