Genre : Ciné région
Moulin
Genre : Histoire
Pays : France
Durée : 2h14
Réalisateur : László Nemes
Acteurs : Gilles Lelouche, Lars Eidinger, Louise Bourgoin
« Comme Leclerc entra aux Invalides, avec son cortège d'exaltation dans le soleil d'Afrique, entre ici, Jean Moulin, avec ton terrible cortège. » André Malraux
En février 1943, mandaté par De Gaulle, Jean Moulin crée le Conseil national de la Résistance. Le 21 juin 1943, une réunion importante doit se tenir à Lyon, dans le cabinet du docteur Dugoujon. Sept autres dirigeants de la Résistance attendent une consultation du bon docteur ; André Lassagne, le colonel Albert Lacaze, le lieutenant-colonel Émile Schwarzfeld, Bruno Larat, Claude Bouchinet-Serreulles, Raymond Aubrac et Henri Aubry. Cette réunion est décidée par Jean Moulin pour désigner le remplaçant du général Delestraint à la tête de l'Armée secrète. Les Allemands ont réussi à découvrir le lieu du rassemblement grâce à un résistant arrêté auparavant. Barbie débarque comme un typhon dans la campagne paisible. Il sait que parmi ces hommes se cache Jean Moulin. Il finit par le découvrir et commence alors un face-à-face qui mènera au chant final dans un train en route vers l’Allemagne.
« Avec ceux qui sont morts dans les caves sans avoir parlé, comme toi et même, ce qui est peut-être plus atroce, en ayant parlé ; avec tous les rayés et tous les tondus des camps de concentration », André Malraux.
Après La Bataille de Gaulle, c’est au tour de Jean Moulin de se voir consacrer non pas un biopic, mais un film sur les derniers jours de sa vie et particulièrement sa confrontation avec l’image obscène du bourreau nazi Klaus Barbie. Car c’est bien là qu’est le sujet du film. Le choix de László Nemes s’avère une bonne idée pour cette commande. Il questionne une fois de plus la barbarie et, ici, la notion de martyr qui revient souvent dans les mots de Barbie. C’est, une fois de plus, un voyage en enfer : corps meurtri, décomposé, trahi, esprit fragilisé. Moulin, c’est un homme des mots, de la rhétorique, diplomate, unifiant des courants disparates pour lutter contre le fascisme qui devient silence.
László Nemes choisit de ne pas tout montrer, ce qui lui avait réussi dans Le Fils de Saul, avec cette scène remarquable de la chambre à gaz ouvrant l’errance d’un père. Dans Moulin, c’est un homme qui ne veut pas voir et que Barbie oblige à contempler les souffrances de ses camarades. Dans l’esprit de la dernière séquence d’Orange mécanique, Barbie force le regard de Moulin. Il espère briser l’homme. Il comprend vite qu’il ne détruira jamais sa conscience. C’est ici qu’arrive la notion de martyr : mourir pour une cause qui nous dépasse et qui éveille dans notre âme la force nécessaire pour résister à l’enfer.
« C’est la marche funèbre des cendres que voici. À côté de celles de Carnot avec les soldats de l'an II, de celles de Victor Hugo avec les Misérables, de celles de Jaurès veillées par la Justice, qu'elles reposent avec leur long cortège d'ombres défigurées. » André Malraux.
Commence un jeu que dévoile le réalisateur dans une image en scope contrasté, tirant sur l’ombre plus que la lumière : des caves, des cellules où perce le jour à travers les barreaux. Le choix de Gilles Lellouche, acteur plus habitué aux excès et ici tout en retenue, est intéressant. Lars Eidinger est surprenant dans l’incarnation du pire des salopards de la bande. C’est bien plus qu’un jeu où se joue le sort de la Résistance et du monde.
C’est la trace qu'ils laisseront demain dans le grand livre de l’Histoire. Il reste les mots de Malraux qui, dans son discours, exprime toute la force de ce sacrifice : Moulin devient martyr et Barbie un monstre.
László Nemes, en humanisant Jean Moulin, rend son Golgotha, son chemin de croix de souffrance, encore plus grand. Même s’il n’a pas la force de L'Armée des ombres de Jean-Pierre Melville ou l’engagement d’un Costa-Gavras et Yves Montand dans sa trilogie politique : Z, État de siège, L’Aveu, il est en écho avec l’actualité, la montée des armées noires, fascistes, partout dans le monde. Moulin nous dit que tout ceci n’est pas une fatalité et qu’hier des hommes s’élevèrent contre la barbarie. C’est donc un film sur une confrontation plus que la biographie d’un homme. Les citations sont extraites du discours d’André Malraux pour la panthéonisation de Jean Moulin, le 19 décembre 1964.
Patrick Van Langhenhoven
Fiche technique
Titre original : Moulin
Réalisation : László Nemes
Scénario : Olivier Demangel
Musique : Laetitia Pansanel-Garric
Décors : Stéphane Rozenbaum
Costumes : Andrea Flesch
Photographie : Mátyás Erdély
Montage : Péter Politzer
Production : Alain Goldman
Sociétés de production : Pitchipoï Productions et Montmartre Films ; coproduit par TF1 Films Production
Société de distribution : TF1 Studio (France)
Budget : 13,28 millions d'euros
Pays de production : France
Langues originales : français, allemand
Format : couleur
Genre : drame biographique, historique
Durée : 134 minutes
Dates de sortie[2] : 17 mai 2026 (festival de Cannes) 28 octobre 2026 (sortie nationale)
Distribution
Gilles Lellouche : Jean Moulin
Lars Eidinger : Klaus Barbie
Louise Bourgoin : Comtesse de Forez
Félix Lefebvre : Martin
Marcin Czarnik : Raymond Aubrac
Christian Harting : Stengritt
Pierre Nisse : Moog
Cser Kinga : Marguerite
Hortense Quentin de Gromard : Colette
Max Warburton : Alain
Mathias Vigouroux : infirmier à la prison de Montluc.