Genre : Ciné région
Leviticus
Genre : Epouvante
Pays : Australie
Durée : 1h28
Réalisateur : Adrian Chiarella
Acteurs : Joe Bird, Stacy Clausen, Mia Wasikowska
Dans une petite bourgade du fin fond de l’Australie, Naïm et Ryan se demandent bien ce que le monde peut leur offrir. Jeunes adultes en pleine mutation, une étrange attirance les rapproche l’un de l’autre. C’est dans la vieille usine abandonnée que se révèle leur homosexualité qu’ils devront cacher aux yeux d’une communauté réactionnaire. L’Église est le centre de ce monde qui rejette tout ce qui n’est pas comme lui. Lorsqu’elle découvre les penchants « pervers » de Ryan, elle n’a qu’un but : ramener la brebis égarée dans le troupeau.
Elle fait appel à un prêtre exorciste aux méthodes mâtinées de chamanisme. Ryan ignore que l’homme de Dieu a ramené un monstre du fin fond des ténèbres. Pour guérir le mal, quoi de mieux que le mal ? Cette chose apparaît sous la forme de l’être le plus aimé pour mieux vous confondre et vous détruire. C’est ainsi que Ryan croit voir l’objet de son désir, Naïm. Un Naïm qui ne lui veut pas du bien, mais le détruire à jamais. Quand Naïm est à son tour exorcisé, il n’existe plus rien pour sauver ces deux jeunes gens qui ne voulaient que s’aimer.
« Il vient quand il n’y a personne. Rien ne peut l’arrêter. »
Le cinéma queer s’offre un nouveau terrain de jeux pour mieux combattre les démons d’une société qui refuse à l’autre le droit d’aimer. Leviticus annonce toute une série de films qui prend pour chemin la terreur, le monstre pour combattre la discrimination. Derrière les démons et autres créatures, c’est toute un monde qui est examiné. Ce sont d’abord ces petites villes où rien ne se passe, où la jeunesse se lasse de tout. Naïm vient d’arriver avec sa mère et comprend vite qu’il va s’ennuyer profondément. Il découvre un complice qui, comme lui, n’a qu’une envie : partir ailleurs, où l’espérance est meilleure.
Le film bascule alors dans ce territoire de fin d’études quand on se demande ce que l’on fera de sa vie, ce que l’on souhaite être, aimer, construire. Ryan et Naïm découvrent que leur amitié révèle autre chose de bien plus profond. Il n’est pas question que la communauté le découvre. Ils savent ce que l’on fait à ceux qui ne suivent pas la route tracée par elle. Le groupe possède une méthode bien à lui pour soigner les déviants. C’est l’occasion, pour ce premier film et Adrian Chiarella, d’aborder le sujet des thérapies de conversion. Il joue sur l’atmosphère et les non-dits, le hors-champ, pour nous faire accepter son concept. Le démon n’est pas une créature jaillie de la cohorte des anges maudits, ni un démon aborigène ou autre.
C’est tout simplement l’être aimé. Dans ces conditions, il n’existe qu’un moyen de s’en sortir : ne plus le voir. Tout se joue sur la relation des deux jeunes acteurs, remarquables dans un jeu tout en finesse. On y croit sans se poser de question quant à la manière, quant à la forme. Il n’est pas étonnant que le cinéma queer prenne les figures du cinéma fantastique, démons, refus de l’autre, comme dans le mythe de Frankenstein chassé pour sa différence, pour lutter contre la discrimination, l’ostracisme.
La transgression est un des thèmes que l’on retrouve souvent dans le cinéma d’épouvante ; c’est un reproche que la bonne société fait aussi à la communauté gay. Ce que confirme Adrian Chiarella : « Si nous sommes si nombreux à aimer ce genre, ce n’est pas seulement parce que nous voyons des héros confrontés à des monstres ; c’est aussi parce que nous comprenons intimement ce que signifie être soi-même perçu par les autres comme un monstre. Ce que cela représente d’être diabolisé, rejeté à la marge de la société. » Pour ce premier film, la forme reste classique, caméra jouant la proximité, lumière naturelle, s’appuyant sur les ambiances entre la ville industrielle déchue et l’église, dernier refuge. C’est aussi une critique d’une société archaïque refermée sur elle-même où la différence, quelle qu’elle soit, n’a pas sa place. Ce choix donne une autre lecture et un fond bien plus intéressant au cinéma fantastique que la peur surgie du fond des âges.
Patrick Van Langhenhoven
Fiche technique
Titre : Leviticus
Réalisation et scénario : Adrian Chiarella
Musique : Jed Kurzel
Photographie : Tyson Perkins
Montage : Nick Fenton
Production : Kristina Ceyton, Samantha Jennings et Hannah Ngo
Société de production : Causeway Films et Salmira Productions
Société de distribution : Originals Factory (France)
Pays : Drapeau de l'Australie Australie
Genre : romance, thriller, horreur et fantastique
Durée : 88 minutes
Dates de sortie : 7 octobre 2026
Distribution
Joe Bird : Naim
Stacy Clausen : Ryan
Mia Wasikowska : la mère de Naim
Nicholas Hope : le prêcheur
Shannon Berry : Jessica
Tyallah Bullock : Marnie
Jeremy Blewitt
Ewen Leslie
Davida McKenzie
Zahra Newman