Lettres d'amour de ma grand-mère
Genre : Drame
Pays : Chine
Durée : 1h58
Réalisateur : Hongchun Lan
Acteurs : Sitong Li, Yantong Wang, Shaoqing Wu
Cette histoire commence par intérêt, dévoile une romance amoureuse et se termine par ce que le temps ne peut détruire. Elle débute avec le petit-fils de Ye Sogriu, Hiuo-iu, exhumant une correspondance entre sa grand-mère, Den Bhasgeng et son grand-père parti au Siam, devenu aujourd’hui la Thaïlande. En partant sur ses traces, il espère une belle somme d’argent pour un projet personnel. Il découvre une tout autre histoire qui le conduit sur les pas de nombreux exilés Teochew. Den Bhasgeng est un autre homme que celui de ces simples lettres qui s’arrêtent brusquement, laissant une femme dans la douleur et le silence. Comme beaucoup d'autres, l'aïeul a dû faire de nombreux petits boulots pour envoyer régulièrement de l’argent au pays à sa femme et sa fille, qu’il ne verra jamais.
C’est d’abord l’histoire d’un coup de foudre entre deux jeunes gens de conditions différentes. Den Bhasgeng n’hésite pas à s’enfuir avec Ye Sogriu pour vivre leur romance. L’argent commence à faire défaut et il n’a plus d’autre choix que de partir, comme de nombreux autres, en Thaïlande. Au fur et à mesure que le jeune garçon dévoile la piste de cet homme courageux, c’est une autre vie qui se dessine, pleine d’amour, de sacrifices, de dévouement pour Ye Sogriu restée au pays et Den Bhasgeng en exil. Le temps n’efface ni les sentiments ni le lien tissé entre les deux amants. La réponse qu’il trouve est bien plus forte que l’image d’un homme parti sans laisser d’adresse pour vivre avec une autre.
« Dans la vie, il faut avoir du cœur et être fidèle à ses engagements. Les personnes sans cœur ni sens de l’honneur ne méritent pas notre confiance. »
Depuis quelque temps, le cinéma chinois nous dévoile, à l’image du Japon, des histoires singulières ou des blockbusters avec souvent un fond de propagande. Lettres d'amour de ma grand-mère commence par une romance entre deux jeunes gens. Une histoire d’amour contrariée où la notion de classe est importante à l’époque du récit. Il existe indéniablement un savoir-faire pour raconter le monde, l’imprévisibilité de la vie et la force du destin.
Cette première partie prend les couleurs du cinéma romantique, d’une rencontre entre une jeune fille et un jeune homme, chabadabada ! Les paysages deviennent le chœur antique de cette histoire, les champs défilent et les rendez-vous secrets à l’ombre des arbres géants. Les premiers pas difficiles prennent le ton de la pierre rude et des villages ruraux perdus. Le tout dans le Teochew, un territoire marqué par l’émigration comme le dit le réalisateur.
Dans ces montagnes reculées, peut-être oubliées de la Chine traditionnelle, il ne reste que l’ailleurs pour construire ses rêves. C’est le cas de Den Bhasgeng, parti au Siam, la Thaïlande, comme de nombreux autres, laissant au pays femme et enfant. Ils écrivaient régulièrement à leur famille. C’est sur cette base que se construit le récit d’un pan entier de la fin du siècle à aujourd'hui. Ces courriers particuliers, à la fois lettres, mandats et autres, sont inscrits à l’UNESCO dans le patrimoine mondial. C’est aussi une histoire de l’émigration, et particulièrement au Siam : comment les exilés créaient des communautés solidaires d’entraide.
Beaucoup devenaient conducteurs de pousse-pousse, mais aussi propriétaires de quelques échoppes, et bien plus. Comment s’intégrer dans un pays et en même temps ne pas perdre ses racines et sa famille ? Certains retournaient chez eux, mais beaucoup restaient bloqués dans des conditions simples, envoyant tout leur argent au pays. On voit bien que c’est la même histoire pour tous les exilés du monde. Le film dessine un deuxième récit, celui d’une jeune fille qui sympathise avec Den Bhasgeng, installant un soupçon sur leur relation. Elle finit par recueillir les enfants abandonnés, se constituant une famille qui ne l’oubliera jamais et permettra à Hiuo-iu de remonter jusqu'à elle.
Je ne vous en dirai pas plus pour ne pas gâcher un récit tout en délicatesse sur des valeurs que nous avons parfois perdues. C’est ce que voulait développer le réalisateur : cette entraide et cette communauté qui font front face aux obstacles. Il joue à la fois de la nature, où tout est paisible, paysages bucoliques propices à la romance. Le tout dans une mise en scène à l'image des Quatre Saisons de Vivaldi. Il oppose les villes, avec le quartier de Ye Sogriu, petit village au cœur de l’urbain, sans âme, à la noirceur des quartiers du Siam où survivent les Teochews.
L’eau est une symbolique qui revient souvent, marquant le passage entre les séquences. Elle est à la fois renaissance et retour au néant. Hongchun Lan construit un cinéma entre l’intime, une immense fresque sociale et quelque chose de plus grand portant un message profond. Il joue des codes pour construire une narration qui, comme le fleuve, possède plusieurs affluents. Le malheur et le bonheur pourraient apparaître comme deux antagonistes manichéens, mais se révèlent bien plus complexes, se mélangeant à l’image de la vie impermanente.
Patrick Van Langhenhoven
Fiche technique
Titre original : Lettres d'amour de ma grand-mère
Réalisateurs : Hongchun Lan
Scénaristes : Hongchun Lan
Scénariste Xuanxuan Zheng , Leng Yang, Liyun Zhu
Acteurs et actrices
Sitong Li
Yantong Wang
Shaoqing Wu
Runqi Zheng
Xiaohui Wang
Shuhao Li
Sociétés
Trinity CineAsia Distribution