Genre : Ciné région
LES SORTIES DU 2 SEPTEMBRE 2026
LE COUP DE CŒUR
LA FRAPPE (France) - 2026
(1h46) de Julien Gaspar-Oliveri (1er long métrage)
avec Diego Murgia, Bastien Bouillon, Romane Fringeli, Héloïse Volle, Sophie Cattani, Karol Olejnik, Maxence Bendjelloun, Florence Janas, Manon Clavel, Lina Camélia Lumbroso, Giacomo Fadda
Enzo (Diego Murgia) 19 ans et sa sœur Carla (Romane Fringeli) 20 ans, assument parfaitement leur vie sous le même toit, depuis longtemps maintenant. Leur père, Anthony (Bastien Bouillon), écroué pour escroquerie, est libéré après cinq ans de prison. Autant Carla est fermée à l’idée de revoir son géniteur, autant Enzo se prépare à l’aider à réintégrer la vie dehors. Le lourd passé remonte.
Pour son premier long métrage, Julien Gaspar-Oliveri frappe fort ! Comment aborder le sujet de l’inceste en filigrane, comment inclure le père ? C’est le tour de force de ce jeune réalisateur, assurément bourré d’un talent de conteur. C’est que la blessure est autobiographique, le récit ne l’est pas. Et finalement, la complicité frère-sœur se retrouve chamboulé par ce retour, pourtant liés par ces années de mensonges aux proches, on invente au père des affaires en Argentine, c’est loin, c’est pratique. Ne pas avoir honte du passé de leur père, eux, les victimes ! Le bourreau veut juste oublier, c’est du passé pour lui, les cinq ans passés derrière les barreaux ont fait de lui un autre homme. Alors, c’est la vie des enfants qui est dépeinte, ou comment vivre avec l’impensable. Chaque enfant ayant une réaction diamétralement opposée, eux n’ont rien oublié et Carla aura cette réplique terrible : « c’était quand toi, le mercredi devant la télé ? ». A quoi bon reconstruire, faire famille ?
Écrit avec une finesse remarquable, le film revient sur les non-dits (le père n’a pas été condamné pour inceste), la peau filmée en gros plan, la colère trop longtemps réprimée et la violence qui en découle. Il y avait une urgence à mettre en scène cette histoire, proclamera le réalisateur, « même si je ne dois faire qu’un seul film dans ma vie » !
Le film a été présenté à la Semaine de la critique, lors du festival de Cannes 2026 et a obtenu le Valois de la Mise en Scène et celui du Meilleur Acteur pour Diego Murgia au festival d’Angoulême.
A VOIR CETTE SEMAINE
LA DERNIERE PATIENTE (France) - 2026
(1h17) de Rémi Bassaler
avec Anouk Grinberg, Luana Bajrami, Félix Lefebvre, Achille Reggiani, Rabah Nait Oufella, Fayssal Benbahmed, Yanis Messafri, Oscar Ferry
Judith (Anouk Grinberg), tout juste retraitée, a définitivement fermé son cabinet de médecine et refuse une dernière consultation à Aïda (Luana Bajrami), enceinte de huit mois. Elle lui conseille de se rendre aux urgences de l’hôpital. Plus tard, elle croise la jeune femme qui fait du stop et la conduit à l’hôpital. Devant la détresse de cette dernière, elle la prend finalement en charge.
Le premier film de Rémi Bassaler, coscénariste avec Elisabeth Vogler de Paris est à nous, sorti sur Netflix, nous entraîne sur plusieurs pistes à la fois, sous prétexte d’un thriller assez court (1h17), il nous montre à la fois la déshérence des services médicaux en banlieue, la fin des grandes barres d’immeubles (Judith est la dernière habitante, qui est instamment priée de quitter les lieux au plus vite avant la destruction de la tour) et, insidieusement de la violence domestique. La rencontre des deux femmes que tout oppose (âge, classe sociale, mode de vie…) et qui sont toutes les deux soumises à une urgence imprévue finira par émouvoir. Anouk Grinberg, cheveux poivre et sel coupés très courts, retrouve un personnage de premier plan à jouer (on l’a beaucoup vue ces derniers temps dans d’excellents seconds rôles, dont La nuit du 12 ou encore L’innocent), celui d’un médecin digne et investi, rêche mais dans l’empathie et encore incapable, malgré la retraite, de raccrocher sa blouse.
SALVATION (Turquie/France/Pays-Bas/Grèce) - 2025
(Kurtulus) (2h) d’Emin Alper
avec Caner Cindoruk, Berkay Ateş, Feyyaz Duman, Naz Göktan, Özlem Taş, Eren Demir, Selim Akgül, Hichi Demi, Nazmi Karaman, Uğur Karabulut, Erdal Açil, Selman Süer, Hüseyin Ocak, Ahmet Öksüz
Autrefois, deux familles vivaient en bonne entente dans des villages voisins. Mais, la famille Bezari s’est enrichie alors que les Hazaran se sont appauvris et durent s’exiler, entraînant jalousie et intimidations. Le village situé en contrebas est attaqué, mettant le feu aux poudrex littéralement. Et pour finir, la femme de Mesut (Caner Cindoruk, qui s’est métamorphosé pour son rôle), chassée par les femmes, se réfugie chez les siens, dans l’autre village.
On pourrait se croire dans une tragédie homérienne (la vengeance, la trahison de l’épouse…) ou dans les luttes fratricides d’un western (les paysages anatoliens et leurs maisons en pierre s’y prêtent à merveille), il n’en est rien. C’est bien un fait réel qui est le point de départ du nouveau film d’Emin Alper (auteur du formidable « Burning days » en 2023). En 2009, un village kurde, dans le sud-est de la Turquie, s’est fait massacrer par un groupe de gardiens de village, juste pour éliminer quelques minorités gênantes.
Il exploite parfaitement les lieux de tournage, les étroites ruelles formant presque un labyrinthe. Un dédale - au propre comme au figuré - dans lequel s’est embourbé Mesut, en proie à des cauchemars, à des hallucinations, laissant le spectateur stupéfait. Il convoque les vieilles légendes, le fanatisme religieux et s’attarde sur l’origine de la gémellité, incarnée ici par deux jeunes bergères rousses inquiétantes, pour mieux s’emparer de l’histoire actuelle de son pays.
Grand prix du Jury, Berlinale 2026
TROIS ADIEUX (Espagne/Italie) - 2025
(Tre ciotole) (2h) d’Isabel Coixet
avec Alba Rohrwacher, Elio Germano, Galatea Bellugi, Silvia D’Amico, Francesca Carril, Sarita Choudhury, Vera Gemma
La réalisatrice espagnole Isabel Coixet (« Ma vie sans moi », 2003) adapte ici l’écrivaine italienne Michela Murgia - l’auteure de « Tre ciotole », paru en 2023, qu’elle rédigea alors qu’il ne lui restait que quelques mois à vivre. Son cancer du rein l’emporta quelque temps après ; elle venait d’avoir 51 ans.
C’est donc son histoire romancée, sous les traits de la blonde Alba Rohrwacher (ici professeur d’EPS), que l’on découvre à l’écran. Marta, donc, se sépare de son amoureux Antonio (Elio Germano), quand sa maladie lui est annoncée. Derniers moments d’une vie où il faut profiter de tout pendant qu’il encore temps, admirer une dernière fois un vol d’étourneaux, se délecter d’une glace fraise/chocolat, apprendre le coréen, histoire de dialoguer avec une star de K-pop. Vivre sa vie jusqu’au bout !
ET AUSSI
THE GOOD SISTER (Allemagne/Espagne) - 2025
(Schwesterhertz) (1h36) de Sarah Miro Fischer
avec Marie Bloching, Anton Weil, Proschat Madani, Laura Balzer, Jane Chirwa, Aram Tafreshian, David Vormweg
THE HOLY BOY (Slovénie/Italie) - 2025
(La Valle dei Sorrisi) (2h02) de Paolo Stippoli
avec Michele Riondino, Paolo Pierobon, Romana Maggiora Vergano, Sergio Romano, Giulio Feltri, Anna Bellato, Sandra Toffolatti, Sandra Toffolatti, Diego Nardini, Roberto Citran
LETTRES D’AMOUR A MA GRAND-MERE (Chine) - 2026
(Gei A Ma de Qing Shu) (1h58) de Lan Hongchun
avec Li Sitong, Wang Yantong, Wu Shaoqing, Zheng Runqi, Wang Xiaohui, Zhao Shuguang, Li Deru
THE OPERA ! (Italie/France) - 2024
(1h46) de Davide Livermore
avec Valentino Buzza, Mariam Battistelli, Vincent Cassel, Rossy De Palma, Fanny Ardant, Catarina Murino, Erwin Schrott
DOCUMENTAIRES
GOUFFRES ET MERVEILLES (France) - 2026
(1h19) de Jean Boiron Lajous
Documentaire
RETOUR AVANT 15 HEURES (France) - 2026
(1h14) de Gaël Lépingle
Documentaire
Véronique REGOUDY-BAZAIA