Genre : Ciné région
Les Misérables
Genre : Drame
Pays : France
Durée : 2h56
Réalisateur : Fred Cavayé
Acteurs : Vincent Lindon, Tahar Rahim, Camille Cottin
« Cet homme n’était plus pour moi un homme, c’était le spectre de la misère. » Victor Hugo.
Tout le monde connaît le récit de ce pauvre Jean Valjean, devenu au fil du récit Monsieur Madeleine pour se racheter une conscience. Tout commence par le vol d’un pain qui l’envoie direct au bagne. Les années passent dans le ventre de l’enfer et arrive enfin le jour de la liberté. Une fois dehors, il ne trouve rien de mieux que de chaparder l’argenterie d’un brave abbé. L’homme est encore sur la mauvaise pente, mais le serviteur du Seigneur voit en lui une petite lumière. Il se retrouve bien des années plus tard maire de Montreuil-sur-Mer. C’est un brave homme, capable de soulever une charrette et de prendre soin de ses concitoyens. C’est ainsi que la pauvre Fantine, marquée du sceau du malheur, lui réclame son aide. Dans l’ombre, une silhouette surveille cet homme de bien qui doit cacher quelques sombres turpitudes, Javert.
Il est à deux doigts de démasquer le repenti Jean Valjean. Ce dernier, pour éviter la potence à un pauvre bougre accusé d’un de ses crimes, tombe le masque. C’est ainsi qu’en fuite, récupérant chez les Thénardier, des taverniers lâches et profiteurs, la pauvre Cosette, Jean Valjean s’enfuit pour se cacher dans les beaux quartiers de la capitale. Quelques années plus tard, alors que la révolte gronde, notre homme est rattrapé par son destin ; entre-temps, la petite Cosette est devenue une belle jeune fille amoureuse de Marius, un jeune révolutionnaire. Les Thénardier, toujours prêts pour un mauvais coup, seront de la partie. Nous n’oublions pas Javert, devenu un policier important, qui poursuit son obsession pour un certain Jean Valjean. Toute cette saga trouve sa conclusion sur les barricades et dans les égouts de Paris.
« Il y a un point où les infâmes et les infortunés se mêlent et se confondent dans un seul mot, mot fatal, les Misérables ; de qui est-ce la faute ? » Victor Hugo.
Adapter Les Misérables, œuvre gigantesque, au succès populaire dès sa parution, même si les intellectuels se montraient plus sceptiques, relève du défi. Fred Cavayé souhaitait depuis longtemps adapter un roman populaire dans un style plus proche du thriller que du drame. Cela peut expliquer certaines libertés prises avec l’œuvre et l’ajout de variations plus personnelles et que certains personnages, comme Gavroche, soient rapidement escamotés. Cette nouvelle version s’adresse avant tout à son époque, en gardant le fond et en privilégiant l’essentiel ; elle en oublie, selon moi, le sens profond, l’âme, le drame.
Avant d’aller plus loin, il faut rappeler que ce roman au style foisonnant est, pour Victor Hugo, son œuvre ultime. Il réussit le tour de force de mélanger plusieurs genres littéraires, comme le feuilleton, qu’il refuse pour la parution des Misérables. Est-il influencé par l’œuvre de Balzac, et particulièrement La Comédie humaine, avec qui il partage quelques réflexions sur la société ? C’est une vision de l’humanité qui, sous certains aspects, n’a pas changé sur le fond aujourd’hui. C’est un brûlot révolutionnaire, critique de l’édifice social, mais aussi une œuvre littéraire, romance, hymne à l’amour, pleine de philosophie.
Hugo est un homme qui est loin d’être consensuel ; il s’engage sans restriction et ne se fait pas que des amis. La misère et le mal ne sont pas une fatalité, mais un fléau à combattre et à faire disparaître. C’est un hymne à l’amour maternel, paternel et romantique. Jean Valjean, Cosette, Fantine, les époux Thénardier, Javert, Gavroche, Marius Pontmercy, Éponine, Monseigneur Myriel appartiennent à la mémoire collective. Nous pourrions encore disserter longtemps, mais revenons à l’adaptation de Fred Cavayé, qui se concentre sur les deux figures emblématiques que sont Javert et Jean Valjean, ainsi que sur Fantine et les infâmes Thénardier.
Il remonte le temps et donne à Javert, en même temps qu’à Jean Valjean, un passé plus étoffé. Chaque personnage est une vision de la société : Javert, le flic respectueux de la loi ; Jean Valjean, le bagnard condamné pour un morceau de pain, trouve une certaine rédemption dans l’habit de Monsieur Madeleine. Il donne aux personnages féminins un peu plus de consistance, notamment à la mère Thénardier, Fantine et à la sœur de Gavroche. Il garde les séquences incontournables, oubliant celle du seau dans la forêt sombre. Pour ma part, je préfère le film de Jean-Paul Le Chanois de 1958 avec Jean Gabin, et sa fin, à l’image de Cyrano.
Il manque à cette version l’aspect dramatique, sombre, renforçant les éléments essentiels, à savoir le bien et le mal, la misère, la rédemption d’un homme et la révolte. Les personnages oscillent sans cesse entre le bien et le mal, basculant de l’un à l’autre parfois de façon tranchée ou subtile, même Javert. Myriel est la figure idéalisée d’un homme de Dieu ; semblable à ce dernier, il ne juge pas. La misère explique en partie le destin de ces pauvres âmes condamnées d’avance par la société. La rédemption et la résilience parcourent le roman du début à la fin.
Fred Cavayé, en choisissant l’action plutôt que la profondeur du récit, perd ce souffle qui en fait son âme. Est-ce pour cela qu’il faut tout jeter à la vindicte du critique ? Pour ma part, non ; j’aime bien cette version parce qu’elle s’inscrit pleinement dans son temps, respecte l’œuvre et permet de se pencher de nouveau sur le roman de Victor Hugo. En conclusion, on peut rajouter aujourd’hui, avec les derniers événements, que c’est un roman visionnaire. On espère, en bon utopiste, qu’un jour il ne sera plus que le souvenir d’un monde ancien ; pour finir, je laisse la parole à Victor Hugo.
« Tant qu’il existera, par le fait des lois et des mœurs, une damnation sociale créant artificiellement, en pleine civilisation, des enfers, et compliquant d’une fatalité humaine la destinée qui est divine ; tant que les trois problèmes du siècle, la dégradation de l’homme par le prolétariat, la déchéance de la femme par la faim, l’atrophie de l'enfant par la nuit, ne seront pas résolus ; tant que, dans de certaines régions, l’asphyxie sociale sera possible ; en d’autres termes, et à un point de vue plus étendu encore, tant qu’il y aura sur la terre ignorance et misère, des livres de la nature de celui-ci pourront ne pas être inutiles. » Victor Hugo, Hauteville-House, 1862.
Patrick Van Langhnehoven
Fiche technique
Titre original : Les Misérables
Réalisation et scénario : Fred Cavayé, d'après le roman du même nom de Victor Hugo
Musique : Christophe Julien
Direction artistique : Camille Mikolajczak
Décors : Pierre Quefféléan
Costumes : Pierre-Jean Larroque
Photographie : Denis Rouden
Montage : Mikael Dumontier
Ingénieur du son : Pierre André, Louis Bart, Nicolas Bouvet, Marc Doisne
Production : Olivier Delbosc et Richard Grandpierre
Producteur délégué : Frédéric Doniguian
Coproducteur : Cédric Iland
Sociétés de production : Curiosa Films, Eskwad, Netflix, TF1 Films Production et Umedia ; coproduit par Studiocanal
Société de distribution : Studiocanal (France)
Budget : 33,4 millions d'euros
Pays de production : France
Langue originale : français
Format : couleur
Genre : drame
Durée : 176 minutes
Date de sortie : 14 octobre 2026
Distribution
Vincent Lindon : Jean Valjean
Tahar Rahim : Javert
Noémie Merlant : Fantine
Camille Cottin : Mme Thénardier
Benjamin Lavernhe : M. Thénardier
Vassili Schneider : Marius
Marie Colomb : Éponine à 25 ans
Megan Northam : Cosette à 25 ans
Louis Peres : Jean Valjean jeune
Frédéric Pierrot : Monseigneur Bienvenu Myriel
Léonard Signoret : Gavroche
Myriam Boyer : Mme Magloire
Joaquim Fossi : Enjolras
Jean Chevalier : Courfeyrac
Juliette Gasquet : Louise
Didier Flamand : Gillenormand
Giulia Sagnier : Cosette enfant
Giorgia Sinicorni : la mère de Fantine
Vincent Colombe : le gardien du parc
Ninon Veys : Éponine enfant
Lauren Luczak-Kahlert : Fantine enfant
Philippe Arnaud
Frans Boyer