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affiche La Poupée

La Poupée

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Genre : Ciné région

L'Actu

La poupée
Genre : Comédie
Pays : France  
Durée : 1h20
Réalisateur : Sophie Beaulieu                                                                                       
Acteurs : Vincent Macaigne, Zoé Marchal, Cécile de France


Parce que l’amour l’a quitté depuis longtemps, par désespoir, Rémi adopte Audrey. C’est une poupée, aux dimensions parfaites, créée à l’image de son fantasme. La vie défile entre plateaux télé et discussion à deux, comme avec une vraie personne. Elle partage son intimité, ses nuits, sans broncher, toujours d’accord. Ses collègues ne savent pas grand-chose de cette femme invisible, si ce n’est sa spécialité, la blanquette de veau. Ils ignorent que c’est une poupée qui ne risque pas de briser le cœur de ce pauvre Rémi.

L’arrivée de Patricia, sa nouvelle collègue, bouscule les certitudes de notre vieux garçon sur l’amour. Pour arranger le tout, Audrey, comme par miracle, devient vivante. Il décide de l’abandonner devant la porte de son créateur, l’usine Ève poupées. Le lendemain, comme dans un mauvais rêve, elle est de retour. Il la présente à sa famille et à ses collègues de travail qui ne doutent plus de son existence. C’est bien plus compliqué pour Rémi avec cet objet inanimé qui a une âme. On se demande comment notre pauvre amoureux transi se sortira de cette situation. Chaque jour, face à Patricia, il découvre un sentiment perdu qui s’éveille un peu plus qu’hier et un peu moins que demain.

« Objets inanimés, avez-vous donc une âme Qui s'attache à notre âme et la force d'aimer ?"  Lamartine  Milly ou la terre natale.

C’est la première comédie de Sophie Beaulieu. Elle s’inspire des "rabu doru" (love dolls) ces poupées de silicone qui remplacent une femme au Japon. C’est d’abord dans des œuvres de fiction au XVIIe siècle qu’elles apparaissent et qui, à force d’amour comme Pinocchio, finissaient par s’animer. Depuis les années 80, c’est un véritable engouement pour ce que les fabricants appellent des « filles à marier ». Rémi trouve dans cette reproduction la femme parfaite, avec qui on ne se fâche pas. Elle accepte toutes les discussions, et pas de bataille pour la télécommande. Depuis bien longtemps, il reporte sur elle un amour qui l'a amplement blessé et déçu.

Tous les soirs, avec impatience, il rejoint sa femme de silicone. Il a fini par croire en cette réalité différente. Alors que Patricia, une nouvelle collègue, rejoint l’entreprise pour un remplacement, la poupée prend vie. Rémi a la réponse à la question du poète, sa poupée inanimée a bien une âme. Rémi devra choisir entre son épouse de silicone devenue réelle, et les sentiments qu’il éprouve pour Patricia. La réalisatrice décompose et recompose le sentiment amoureux pour mieux le décortiquer. Rémi se retrouve confronté à tous ses mensonges, comme le parapente, s’inventant, lui le casanier, une vie sportive et mouvementée.

« L’amour s’en va Comme la vie est lente Et comme l’Espérance est violente » Guillaume Apollinaire, Le Pont Mirabeau.

Tout ce qu’incarne Patricia qui bouscule cette harmonie et laisse entendre une belle histoire d’amour, pour la réalisatrice, c’est l’occasion d’aborder en toile de fond la condition de la femme dans une société (un rien) patriarcale. Audrey n’a pas sa langue dans sa poche et réagit souvent sincèrement et sans tous les obstacles conventionnels de la vie en société. Elle jouit pleinement de son libre-arbitre et de sa liberté sans entrave. C’est une fable féministe sur l’amour et ses conséquences, au langage parfois cru mais toujours bienveillant. Jusqu’ici, personne n’avait vu la femme de notre ami, sauf sa sœur.

Tout le monde découvre cette madame Columbo, bien vivante et loin de ressembler à un fantasme, enfin sauf pour sa beauté parfaite ! Tout consiste dans l’enchaînement de situations cocasses, surréalistes, entre réalité, vérité et mensonge. C’est l’incontournable dîner en famille ou quelques problèmes réguliers féminins à régler d’urgence.  Audrey affronte un monde bien plus complexe dans lequel sa virginité et sa franchise créent l’étonnement. Elle ne possède ni passé, ni éducation, ni savoir- vivre en société, juste un avenir qui ne demande qu’à s’éclaircir.

« Et comme chaque jour je t’aime davantage, Aujourd’hui plus qu’hier et bien moins que demain, » Rosemonde Gérard L’éternelle chanson.

 Quant à Rémi, il redécouvre enfin ce sentiment perdu qu’il avait réifié dans sa compagne de silicone. Dans la première partie, notre pauvre garçon, au cœur fragile, reçoit d’Audrey un discours stéréotypé, des mots tout droit sortis des films X pendant l’amour.

Jusqu’ici, il avait fui, de peur du lendemain qui désenchante, trop fragile pour affronter une nouvelle rupture. Patricia va lui rappeler combien ce petit miracle de deux cœurs qui font boum est merveilleux. Il est temps pour Rémi de revenir au monde réel, en comprenant qu’il n’est jamais trop tard pour aimer. C’est un film d’acteurs et actrices, reposant surtout sur leur complicité et leur capacité à tout jouer.

Vincent Macaigne est excellent dans le rôle d’un vieux garçon perdu et Cécile de France aussi, dans la composition bienveillante et lumineuse d’une jeune femme sportive, pleine de vie. C’est avec plaisir que l’on découvre Zoé Marchal, excellente dans le rôle de la poupée vivante, créé à ses mesures. La réalisatrice choisit de privilégier la narration plus qu’un cadre sortant de l’ordinaire. C’est un premier film intéressant par son sujet qui nous laisse entrevoir une réalisatrice à l’univers particulier et qui ne demande qu’à se bonifier. C’est le choc entre des opposés qui compose cette comédie sympathique et savoureuse, un excellent moyen de fêter l’arrivée du printemps.

Patrick Van Langhenhoven.




Fiche technique

    Titre original : La Poupée
    Réalisation et scénario : Sophie Beaulieu
    Photographie : Yann Maritaud
    Musique : Alexis Delong
    Société de production : Novoprod
    Société de distribution : Ad Vitam Distribution
    Pays de production : Drapeau de la France France
    Genre : comédie, romance, fantastique
    Durée : 1h20
    Dates de sortie :  22 avril 2026

Distribution
    Vincent Macaigne : Rémi
    Zoé Marchal : Audrey
    Cécile de France : Patricia
    Gilbert Melki : Bernard
    Marianne Basler : Rosy
    Adèle Journeaux : Domi
    Souleymane Sylla : Louis