La Fille du Konbini
Genre : Drame
Pays : Japon
Durée : 1h16
Réalisatrice : Yūho Ishibashi
Acteurs : Erika Karata, Haruka Imô, Kazuma Ishibashi
« Quel était votre visage avant la naissance de vos parents ? » Koan Zen.
Nozomi quitte une carrière prometteuse, mais étouffante, dans la pub pour servir dans un konbini ouvert 24 h sur 24. Derrière son comptoir dans son petit tablier de couleur, elle attend patiemment les clients. Ici, le calme semble s’inviter dans le silence et dans les quelques mots échangés avec ses collègues. On parle du temps qui passe, de la vie, des lendemains qui se ressemblent mais sont si différents. Chacun trouve sa place dans ce petit coin, loin du brouhaha et des conventions de cette foule qui avance pour aller où ?
Nozomi n’ose dire à sa mère qu’elle a quitté un poste prestigieux et une carrière prometteuse pour le vide d’une vie ordinaire. Elle délaisse une forme de conformisme managérial toxique pour une vie plus harmonieuse. Alors qu’elle s’enferme dans une autre forme d’habitude, les retrouvailles avec Izumi, une camarade du collège, éveillent sa conscience. Nozomi ouvre les yeux et se décide enfin à dire la vérité à sa mère, à vivre sa vie et non celle qu’on lui imposait. Elle peut envisager l’avenir autrement, car désormais, il lui appartient vraiment.
« La lumière existe dans l'obscurité ; ne voyez pas avec une vision obscure. » Koan Zen
Yūho Ishibashi s’inspire du roman de Sayaka Murata qui connaît un énorme succès au Japon. Entre les silences, les plans qui s’étirent, la parole minimaliste touchant à l’essentiel, mais juste comment ne pas penser au cinéma d’Ozu ? De la même manière que le maître du quotidien qui enchante, elle nous dit bien plus en quelques images qu’en un long discours. Certains pourront être surpris par les fractures au noir marquant à chaque fois une étape de l’éveil de Nozomi.
Elle semble se réfugier dans cette supérette, un konbini, pour tenter de renouer avec son existence perdue. Ici on parle des petits riens, du quotidien, du banal pour certains et pourtant, derrière les mots, se dissimule l’essentiel. Dans un Japon où le suicide est le côté face des carrières dans une ambiance de travail assourdissante, le livre de Sayaka Murata devient un phare dans cette nuit. Le film de Yūho Ishibashi ouvre un autre écho, une autre forme pour nous raconter que le temps qui passe a beaucoup à nous dire. Le vide est bien plus plein de ce que nous cachons, acceptons pour les ainés.
« Qu'est-ce qui bouge, le vent ou le drapeau ? » Koan Zen
Quand Nozomi quitte le cadre, la caméra continue de tourner comme un koan d’images. Est-ce que le paysage est le même avec ou sans Nozomi ? Est-ce que la vie continue ou s’arrête ? Autour de Nozomi, gravite le patron du konbini, Ayano, la nouvelle génération pétillante qui s'est émancipée du poids pesant du début. On pense au cinéma d'Hong Sang-soo cherchant la réalité dans les interstices comme il le confiait dans un entretien à Jean-Michel Frodon. On peut aussi citer Hou Hsiao-hsien, la même idée de ce cinéma que l’on ne peut saisir ni définir, juste ressentir. Comme lui Yūho Ishibashi ne se contente pas de ce qui est devant la caméra, mais souvent de ce qui se passe à la marge. Elle compose un jeu de lumière créant une atmosphère particulière, poétique. La fille du Konbini demande que l’on se laisse conduire en abandonnant nos idées reçues et nos habitudes pour découvrir un univers complètement dans l’esprit du Japon.
Patrick Van Langhenhoven
Dur à 24 ans de tracer sa vie. Lisuka, jour après jour éteint la sonnerie du téléphone, se lève, prend son petit déjeuner et part travailler au konbini local à vélo. Souvent, elle s’arrête sur le pont et regarde l’eau. Tout est lisse et pourtant, on sent du vide, de la tristesse latente. Bientôt nous découvrirons pourquoi.
De temps à autre, Lisuka appelle sa mère. Non, il n’y aura pas de fête de famille pour la fin de l’année. Chacun est occupé ou au loin. On devine que Lisuka tiendra donc une permanence dans sa supérette. Là-bas, les heures s’égrènent. Les clients, passent, pas toujours aimables. Mais la petite phrase « Merci d’avoir patienté » est rituelle.
Au fur et à mesure des contacts de Lisuka avec sa mère, nous comprenons que, quelque part, il y a un os. Cette dernière lui dit qu’elle compatit avec le rythme de travail que Lisuka doit supporter. Celle-ci émet des réponses vagues, plutôt des onomatopées.
Voilà le vrai sujet. La pression sociale insupportable, suivie de la honte du déclassement. Le tabou ultime, surtout vis-à-vis de la famille qui a dû financer des études complexes et forcément très chères pour Lisuka. L’irruption d’une ancienne connaissance de lycée dans la supérette va rebattre les cartes.
Le film est délicat, allusif, discret. Il suggère plus qu’il n’explique. Yûho Ishibashi utilise les objets du quotidien pour faire comprendre les émotions refoulées, au point d’être quasiment ignorées de son personnage principal. Et c’est alors une vraie jubilation que de participer aux petits plaisirs, une soirée entre collègues, un retour en vélo et moult scènes apparemment sans importance mais qui font le sel de la vie.
C’est en immersion, et avec une certaine tendresse, que nous accompagnons Lisuka, au seuil de sa véritable prochaine vie.
Françoise Poul
Fiche technique
Titre original : 朝がくるとむなしくなる (Asa ga kuru to munashiku naru?)
• Titre français : La Fille du konbini
• Réalisation : Yūho Ishibashi
• Scénario : Yūho Ishibashi
• Musique : Chan
• Direction artistique : Shimo Chizo, Fujimoto Michi
• Photographie : Rei Hirano
• Son : Kosuke Yanagida
• Montage : Kaze Ogasawara
• Production : Sachihiko Tanaka
• Société(s) de production : Ippo
• Société(s) de distribution : Art House Films (France)
• Pays de production : Japon
• Langue originale : japonais
• Format : couleur
• Genre : drame
• Durée : 75 minutes
• Dates de sortie : 15 avril 2026
Distribution
• Erika Karata : Nozomi Iizuka
• Haruka Imō (ja) : Kanako Otomo
• Kazuma Ishibashi : Shunsuke Moriguchi
• Oto Abe (ja) : Ayano Saito
• Yūto Nakayama : Keisuke Tabuchi
• Michiyo Ishimoto (ja) : Ritsuko Otsuka
• Gantz Morita (ja) : Shōichi Yasaka
• Toshihiro Yashiba (ja) : Minoru Sugimoto