La Condition
Genre : Drame
Pays : France
Durée : 1h43
Réalisateur : Jérôme Bonnell
Acteurs : Swann Arlaud, Galatea Bellugi, Louise Chevillotte
Nous sommes en 1908 dans le château d’André, un notaire de la haute bourgeoisie. Dans les pièces où perce la lumière, dans les couloirs sombres, se joue la comédie humaine d’un autre temps. André a épousé Victoire qui rêvait sans doute d’une autre vie que celle d’une épouse, prisonnière des conventions scellant le destin des femmes. Dans une chambre, sa belle-mère, handicapée reste la majorité du temps dans son lit. La vieille femme entretient un rapport particulier avec son fils. Elle attend du couple la venue d’un enfant qui apporterait un peu de joie dans ce monde austère.
Céleste et Huguette, les deux bonnes, s’occupent de la maison, silhouettes discrètes, gardiennes des secrets de cette société emprisonnée dans un carcan ancien. Céleste tombe enceinte d’André, ce qui arrange Victoire. Le couple décide dans un arrangement commun et par opportunité de garder l’enfant. Peu à peu, Céleste et Victoire, de condition opposée, tissent à travers l’enfant un lien qui les libérera peut-être du patriarcat.
Jérôme Bonnell, comme Claude Lelouch, aime les histoires d’amour. À l’image du cinéma de Claude Chabrol, il sait explorer la grande bourgeoisie. Dans sa première partie, il nous raconte ce monde austère, des femmes de toute condition, souvent prisonnières des convenances. Nous comprenons rapidement que nous sommes loin du paradis et d’un bonheur idéal. Peu à peu, les fractures apparaissent, se glissent dans le silence et les non-dits.
La première partie se fige dans un cinéma académique, sans doute une volonté du réalisateur pour montrer le poids de cette société marquée par le temps. Chez ces gens-là, on reprend le métier du père, on oublie ses rêves et on épouse une femme pas toujours choisie. Chez ces gens-là, la femme se mure dans le silence, condamnée à rester muette. Son avis tient à peu de choses, la maison et les enfants. Quant aux domestiques, ils peuvent s’estimer heureux de leur condition.
C’est justement celle-ci qui donne le titre au film sous plusieurs de ses aspects. C’est aussi celle des femmes que nous observons, et qui finiront par se libérer de ce corset. C’est bien leur condition qui fait un certain écho à notre époque avec une libération frémissante qui avait tardé à venir. C’est surtout à travers les situations que Jérôme Bonnell nous dévoile cette histoire d’émancipation.
Le roman Amours de Léonor de Récondo, qu’il adapte, s’attardait plus sur les corps. Comme il le dit dans les bonus, c’est d’abord la condition des femmes qui l’intéresse, en miroir de notre société. C’est la femme qui enfante, celle qui prolongera la lignée. C’est le seul endroit où le père importe peu. La naissance de Félix bouscule les barrières, éclate cet univers. La parole se libère avec son chemin de chaos. André s’interroge sur sa naissance. Les histoires sont-elles condamnées à se répéter ? Pour son malheur, Victoire n’a pas la fibre maternelle.
Elle trouve en Céleste une alliée qui apaisera les pleurs de l’enfant qui sent déjà tout. Les deux femmes vont finir par trouver l’une dans l’autre un certain réconfort qui les mènera peut-être vers la liberté. La maternité est une des thématiques secondaires que scrute le film. L’amour reste le cœur du récit, prenant différentes figures avec les personnages. Celui que l’on désire, celui que l’on supporte, celui qui nous vole notre virginité, celui que l’on découvre dans la douleur de l’autre.
Derrière un certain classicisme se cache un film sensible, élégant, jouant du clair-obscur pour une critique sociale et sociétale, pour évoquer des secrets de famille, d'émancipation, doublés d’une analyse du sentiment amoureux et de la maternité. Dans la première partie, les personnages sont prisonniers du lieu, des pièces où se jouent leurs histoires. Dès la naissance de l’enfant, peu à peu, de façon subtile, l’espace se libère comme les protagonistes qui finiront pour certains par trouver la lumière et pour d'autres par s’enfermer définitivement.
Patrick Van Langhenhoven
DVD
Distributeur Diaphana
Vidéo : 16/9
Son : Français Dolby
Sous titres : aucun
Bonus :
Entretien avec Jérôme Bonnell, Louise Chevillotte et Galatea Bellugi
Scènes coupées commentées par Jérôme Bonnell
Fiche technique
Titre original : La Condition
Réalisation : Jérôme Bonnell
Scénario : Jérôme Bonnell, d'après le roman Amours de Léonor de Récondo
Musique : David Sztanke
Montage : Julie Dupré
Société de distribution : Diaphana (France)
Pays de production : France
Format : couleurs
Genre : drame
Date de sortie :10 décembre 2025
Distribution
Swann Arlaud : André
Galatéa Bellugi : Céleste
Louise Chevillotte : Victoire
Emmanuelle Devos : Mathilde
François Chattot : Alphonse Lajardie
Camille Rutherford : Odette
Aymeline Alix : Huguette
Jonathan Couzinié : Joseph