Cine-Region.fr
affiche L’Être Aimé

L’Être Aimé

___

Genre : Ciné région

L'Actu

L’Être Aimé
Genre : Drame
Pays : Espagne  
Durée : 2h15
Réalisateur : Rodrigo Sorogoyen                                                                                                                         
Acteurs : Javier Bardem, Victoria Luengo, Raúl Arévalo


« Désert raconte l’histoire de gens qui n’arrivent pas à se regarder dans les yeux. » Esteban.

Esteban Martinez est de retour en Espagne après un long exil aux États-Unis. Un premier film et son succès immédiat lui avaient offert d’autres opportunités. Il a l’intention de tourner Désert, un film particulier sur une jeune femme partie rejoindre son mari dans un fort aux portes du désert. La première visite est pour Emilia, sa fille, qu’il a longtemps délaissée pour d’autres rivages et une autre famille. Serveuse dans un bar, elle tente de percer dans le milieu comme actrice.

 Elle court les castings, portant le nom de sa mère, tout le monde ignore sa filiation. C’est la première rencontre d’Esteban. Il lui propose le rôle principal de son film. Emilia finit par accepter en se demandant pour quelle raison son père porte son choix sur elle. Est-ce une sorte de demande de pardon, un coup de pouce à sa carrière ? Que cache cette proposition d’un père à une fille qui n’ont en commun que des souvenirs sombres ? Il l’embarque pour les îles Canaries où ont lieu le tournage. Prisonniers de l’île et du projet, ils ne pourront échapper à ce que leur cœur porte, entre ombre et lumière.



L’être aimé ressemble étrangement, sur le même sujet, à Valeur sentimentale de Joachim Trier, récompensé du Grand Prix à Cannes l’an passé. Rodrigo Sorogoyen, le plus âgé de cette bande de jeunes cinéastes espagnols surprenants, Bigas Luna, Alex de la Iglesia, Alejandro Amenabar, nous entraine dans une confrontation père fille, ou l’inverse, remarquable. L’être aimé s’ouvre sur une première séquence impressionnante, tournée en gros plan le plus souvent, de deux visages qui s’affrontent.

La question de la manipulation traverse toute cette histoire en plaçant Emilia au cœur du tournage du film. D’ailleurs, est-ce que ce dernier n’est pas une demande de pardon d’un père à sa fille ? C’est peut-être lui offrir, à travers sa renommée, le tremplin qu’il lui manque pour percer. C’est une valse entre deux êtres, mais aussi entre leur passé et leur présent. Il y a forcément la notion de tuer le père qui revient pour s’envoler du nid.

Est-ce ce que l’on tue un père absent depuis si longtemps qui n’a laissé que des souvenirs nocifs ? Ils appartiennent à cette cohorte qui vous hante, boulet posé sur vos rêves et ambitions. Cette première séquence oscille entre désir de rédemption d’un père qui a enfin compris tout ce qu’il a perdu, les blessures qu’il a laissées, même s’il a du mal à les accepter. Dans ce fil conducteur, se tissent les rapports hommes-femmes, filiation, lien père fille, rapport de pouvoir.

 Le film développe toutes ces thématiques en abordant d’autres thèmes comme la masculinité, la création, le cinéma et son plateau où se joue le cœur d’un film, entre tragédie et comédie humaine, tout simplement la vie. Le lieu et ses décors écrasés par la chaleur entêtante, comme pour mieux magnifier ce cœur brûlant qui agite tout ce petit monde et bien plus, Esteban et Émilia. L’acmé se situe dans une autre séquence de repas, cette fois-ci plus en plans larges.

Dans cette scène finit par se jouer autre chose que la volonté du créateur de toucher à l’excellence. Elle marque pour Esteban et Émilia le point de rupture d’un passé qui explose et se consume pour peut-être s’ouvrir à l’avenir. Sans jouer jusqu'à l’épure, la mise en scène n’est jamais dans la surenchère. Elle cherche, à travers une certaine rudesse, ce qui est juste, filant comme l’eau de la rivière de sa source à l’océan.

 C’est aussi un regard sur cet obscur objet du désir du critique et des cinéphiles, le cinéma. Entre Esteban qui commente pour la sortie DVD de son premier film, ses premiers pas de réalisateur, et le tournage du dernier. Nous retrouvons ces non-dits qui finissent par surgir pour tout remettre en cause, comme dans As Bestas, Madre, Que Dios nos perdone, El Reino… Javier Bardem et Victoria Luengo sont remarquables dans un jeu tendu qui parfois prend le noir et blanc pour marquer cette lutte intérieure, entre passé et conscience, entre oubli et pardon.

Patrick Van Langhenhoven




Fiche technique

    Titre original espagnol : El ser querido[5] (litt. « l'être cher »)
    Titre français : L'Être aimé
    Réalisation : Rodrigo Sorogoyen
    Scénario : Isabel Peña et Rodrigo Sorogoyen
    Musique : Olivier Arson
    Photographie : Álex de Pablo
    Montage : Alberto del Campo
    Décors : Jose Tirado
    Production : Clara Lago
    Société de production : Caballo Films, Movistar Plus+, El Ser Querido AIE, Le Pacte
    Société de distribution : Le Pacte (France)
    Pays de production : Espagne, France
    Langue originale : espagnol
    Format : couleurs
    Genre : drame
    Dates de sortie :16 mai 2026 (festival de Cannes et en salles)


Distribution

    Javier Bardem : Esteban Martínez
    Victoria Luengo : Emilia Vera, fille d'Esteban Martínez et de Charo Vera/Charo Vera jeune [actrice du film Siroco premier film d'Esteban Martínez]
    Raúl Arévalo : César
    Marina Foïs : Marina
    Mourad Ouani : Bilal
    Raúl Prieto : Raúl
    Melina Matthews : Barbara
    Laura Birn : Alice
    Núria Prims : Charo Vera
    Pablo Gómez-Pando : Pablo
    Malena Villa : Malena