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affiche Girl

Girl

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Genre : Ciné région

L'Actu

Girl

Genre : Drame

Pays : Taiwan    

Durée : 2h04

Réalisateur : Shu Qi                                                                                                                         

  Acteurs : Roy Chiu, Esther Liu, Yu-Fei Lai

« Je trouve les gens plus terrifiants que les fantômes » Hsiao-Lee. 

La famille de Hsiao-Lee n’est pas un exemple de bonheur, mais plutôt de la noirceur des adultes, des failles et blessures qui ne se sont jamais refermées. Le père de la jeune fille rêvait sans doute à une autre existence que ce boulot dans un garage et les jours imbibés d’alcool. Chiang semble fuir le présent, bloqué dans un ailleurs le rongeant un peu plus chaque jour. Chuan, la mère, cache un secret expliquant la tyrannie qu’elle exerce sur sa fille. Comme si la petite était responsable d'une faute passée éloignant Chuan de son rêve d’une famille idéale. La petite sœur regarde évoluer ce clan décomposé, fracturé, tout en traçant son chemin.

 Chaque jour est un jour de reproche pour Hsiao-Lee ; tout est bon pour la rabrouer, la rabaisser, la blesser. Le soir venu, elle s’enferme dans la penderie, serrant sa poupée contre son cœur. Comment trouver sa place au sein d’un monde qui vous rejette ? Comment ne pas s’enfermer dans le silence pour fuir le bruit de la colère ? Ainsi passe chaque jour, ainsi passent les saisons et les années sans autre promesse que la douleur. L’arrivée de Li-Li, une jeune élève insouciante, venue d’Amérique à Taïwan, l’entraine dans un tourbillon libérateur, entre l’école buissonnière et les garçons dans une virée au bord de l’eau. Elle découvre que la vie n’est pas que tristesse et silence, mais aussi liberté. Est-ce que tout cela pourra sauver Hsiao-Lee de cette famille dysfonctionnelle, incapable de s’émanciper de son passé ? 

« La mère : Ces vêtements, tu les as volés ? Hsiao-Lee : Oui, comme tu as volé un homme pour m’avoir. »

Pour sa première réalisation, Shu Qi retient les conseils d’Hou Hsiao-hsien : « Inspire-toi de ta vie. » Girl s’inscrit dans un style contemplatif aux ambiances soignées, tracé en un seul geste comme la calligraphie. Girl est à la fois la jeune Hsiao-Lee, sa sœur, sa mère, Li-Li et toutes les femmes qui traverseront l’écran. Il oscille entre l’ombre où se dissimule la noirceur des âmes et la lumière caressant les branches des arbres, portes d’évasion vers l’ailleurs.

 Sur la fin, c’est la pluie qui efface, lave tout, au cœur des lumières blafardes des lampadaires pour un renouveau. Le scénario est assez classique ; ce qui change, c’est le soin apporté aux personnages qui se débattent contre leurs démons sans jamais s’en émanciper. 

Peu à peu, cette famille ancrée dans le chaos au cœur d’une tempête dévoile ses racines, expliquant le pourquoi du comment. Dès la première image, ce tunnel de lumière semble emprisonner Hsiao-Lee et sa petite sœur dans un éternel recommencement. En effet, les jours se suivent et se ressemblent : le père « zombie » part bosser dans un garage, revient le soir complètement saoul. Hsiao-Lee se terre dans l’armoire, souhaitant que le monstre la laisse tranquille.

 La mère travaille dans un salon de coiffure et reporte sur sa fille le poids d’une vie martyrisée. Nous comprendrons bien plus tard pourquoi elle la rejette avec tant de violence. Les pères ne sont pas des exemples et les mères sont trop brisées pour apporter un rayon de bonheur. Elles sont fortes, à l’image de la patronne du salon de coiffure et, dans un sens, de la mère. Le père a abandonné depuis longtemps toute envie de sauver sa famille, s’enfermant dans l’alcool.  

La réalisation se concentre sur les personnages pour mieux les fouiller jusqu’au plus profond, installant d’abord l’atmosphère d’un cercle où chaque jour ressemble à un autre, sans possibilité d’en sortir. De temps en temps, par le biais de la nature comme point de liberté, la caméra tente d’échapper aux ténèbres. Peu à peu, Shu Qi distille les raisons de cette misère, aux sens propre et figuré, qui trouve son commencement dans le passé.

 Certains lui reprocheront à tort de ne pas approfondir certaines parties. L’âme du film est le personnage d’Hsiao-Lee, petite adolescente prisonnière qui avec l’arrivée de Li-Li, se libère du traumatisme des adultes. La mère aura ce dernier geste qui peut être vu de deux points de vue opposés. Elle comprend l’effet pervers qu’elle a sur Hsiao-Lee et la libère enfin tout en se sacrifiant. Quand Hsiao-Lee reviendra, bien plus tard, c’est comme si ce foyer n’avait pas changé. Shu Qi nous livre un film remarquable sur la maltraitance en explorant ses profondeurs abyssales. 

Patrick Van Langhenhoven 

Fiche technique

Titre original : Nǚhái, 女孩

Titre français : Girl

Réalisation : Shu Qi

Scénario : Shu Qi

Photographie : Yu Jing-pin

Montage : William Chang (zh), Lai Kwun-tung

Musique : Lim Giong

Décors : Huang Mei-ching

Production : Yeh Jufeng

Société de production : Mandarin Vision

Société de distribution : Ad Vitam (France)

Pays de production :  Chine - Taïwan

Langue originale : mandarin

Format : couleur — 2:1

Genre : drame

Durée : 125 minutes

Dates de sortie : 4 septembre 2025 (Mostra de Venise)

France : 13 octobre 2025 (Festival Lumière) ; 5 août 2026 (en salles)

Distribution

Bai Xiao-ying (zh) : Hsiao-lee

Roy Chiu (zh) : Chiang, le père

9m88 : Chuan

Lin Pin-Tung (zh) : Li-li

Lai Yu-fei : la sœur