Genre : Ciné région
Fjord
Genre : Drame
Pays : Roumanie
Durée : 2h26
Réalisateur : Cristian Mungiu
Acteurs : Sebastian Stan, Renate Reinsve, Lisa Carlehed
La famille Gheorghiu décide de quitter la Roumanie, pays du père, pour celui de Lisbeth, la mère. C’est ainsi que tout le monde débarque dans cette petite ville norvégienne au cœur des montagnes avec son fjord donnant sur l’océan. Cette famille très croyante rejoint la communauté chrétienne et inscrit ses enfants à l’école du pays. Les deux adolescents s’intègrent dans leur nouveau milieu, se liant avec la fille de leur voisin, Noora. Pendant que les adultes apprennent à se connaître, les gamins s’échappent pour explorer leur nouvel univers en compagnie de leur nouvelle amie.
Les deux filles, Elia et Noora, deviennent de bonnes amies, et tout semble parfait dans le meilleur des mondes possibles. Elia découvre une certaine liberté, loin de l'éducation traditionnelle guidée par la Bible de leurs parents. Peu à peu, chacun trouve sa place ; Lisbeth retrouve ses amis d’enfance et participe activement à la vie du village. Il suffit pourtant de quelques bleus sur le corps d’Elia pour que l’aide à l’enfance intervienne et sépare les enfants des parents. Cette étincelle suffit à enflammer la communauté qui juge et condamne facilement. C’est le début de l’enfer pour les parents aimants, dépassés par la situation qui devient rapidement un sujet de société. On se demande si c’est bien pour le bien des enfants.
Découvert avec 4 mois, 3 semaines, 2 jours (Palme d’or à Cannes en 2007), Au-delà des collines (prix du scénario à Cannes en 2012), Baccalauréat (prix de la mise en scène à Cannes en 2016) et R.M.N., qui interrogeait déjà sur la place des étrangers dans la société, le cinéma de Cristian Mungiu va au-delà d’une mise en scène particulière utilisant souvent le plan-séquence. Il nous invite à nous interroger sur notre société en posant des questions problématiques. C’est aussi un cinéma de la différence et des lignes que l’on franchit pour diverses raisons. Nous passerons sur les polémiques qu’il soulève et son utilisation par certains pour servir leur discours. Le sujet est de confronter deux idées opposées en se demandant si cette intolérance des deux extrêmes n’est pas excessive.
Cristian Mungiu évite de placer la famille Gheorghiu en salauds portés par des convictions religieuses réactionnaires. Et à l’inverse, dans un souci progressiste et de protection, est-ce que la société ne réagit pas trop vite ? Cristian Mungiu part d’un fait divers, l’affaire Bodnariu en 2015, où des parents se voient retirer leurs enfants pour faits de violence, comme une simple tape sur la main ou une fessée. Créé en 1992, le service de protection de l’enfance, Barnevernet, s’assure qu’ils peuvent vivre dans des conditions idéales et sans maltraitance. Alors que la famille s’intègre sans aucun problème, il suffit de quelques bleus pour que l’État intervienne.
On reproche à la famille Gheorghiu son radicalisme chrétien et son endoctrinement. La question est de savoir si nos différences et le fait d’être étranger font de nous des monstres. Le réalisateur évite de prendre parti et nous laisse le choix de la réponse à donner. Il installe ce climat où chacun est rempli de bonnes intentions et vit son petit bonheur à sa façon. Il choisit comme décor les montagnes froides et les risques d’avalanche qui pourraient tout emporter. Cela renforce cette image de froideur, d’intégrisme des idées. Certes, les enfants sont privés d’Internet, punis de fête d’anniversaire, de musique moderne. Ils vivent dans un monde porté par d’autres valeurs que chacun jugera à sa façon.
De la même manière, est ce qu’il n'est pas aussi radical de refuser de comprendre l’autre ? Lorsque Elia joue un morceau religieux sur le piano, Amazing Grace, le seul qu’elle connaisse, le directeur de l’école lui demande de cesser immédiatement ce prosélytisme. Ce jugement rapide d’un fait anodin nous montre le refus de comprendre, et le réflexe de condamner avant de juger. Le film repose sur ses acteurs remarquables et notamment Sebastian Stan, loin du costume de capitaine America, et Renate Reinsve issue de l’univers de Joachim Trier. La réponse nous est peut-être proposée par les enfants qui se foutent de ces différences pour devenir de bons amis. La fin est sans doute la meilleure des réponses à cette question de ce qui n’est pas nous, mais qui peut nous aider à nous interroger sur ce monde.
Patrick Van Langhenhoven
Fiche technique
Titre original : Fjord
Réalisation et scénario : Cristian Mungiu
Musique : Kaspar Kaae
Costumes : Kirsi Gum
Décors : Marius Winje Brustad
Photographie : Tudor Vladimir Panduru
Son : Constantin Fleancu et Pietu Korhonen
Montage : Mircea Olteanu
Production : Andrea Berentsen Ottmar, Kristina Börjeson, Dyveke Bjørkly Graver, Pascal Caucheteux, Emilia Haukka, Katrin Pors, Mikkel Jersin, Vincent Maraval, Cristian Mungiu, Marco Perego, Jussi Rantamäki, Grégoire Sorlat, Mimmi Spång, Adela Vrânceanu Celibidache et Sean Wheelan
Production déléguée : Tudor Reu
Sociétés de production : Mobra Films, Aamu Film Company, Eye Eye Pictures,Filmgate Films, Snowglobe Film et Why Not Productions, en coproduction avec Film i Väst, France 3 Cinéma, Garagefilm International et Goodfellas
Sociétés de distribution : Another World Entertainment (Norvège), Neon (Roumanie), Le Pacte (France) et TriArt Film AB (Suède)
Budget : 4 800 000 $
Pays de production : Roumanie , France , Norvège , Danemark , Suède
Langues originales : roumain, norvégien, anglais
Format : couleur
Genre : drame, film de procès
Durée : 146 minutes
Dates de sortie : 18 mai 2026 (Festival de Cannes) 19 août 2026
Distribution
Sebastian Stan : Mihai Gheorghiu
Renate Reinsve : Lisbet Gheorghiu
Vanessa Ceban : Elia Gheorghiu, fille aînée de Mihai et Lisbet
Jonathan Ciprian Breazu : Emmanuel Gheorghiu, fils aîné de Mihai et Lisbet
Lisa Carlehed (sv) : Mia Halberg, voisine de Mihai et Lisbet
Markus Tønseth : Mats Halberg, mari de Mia et directeur de l'école
Henrikke Lund-Olsen : Noora Halberg, fille de Mats et Mia
Ellen Dorrit Petersen : Gunda
Lisa Loven Kongsli : Frida
Christian Rubeck : le maître Jacobsen
Adrian Titieni : Samuel