Genre : Ciné région
Decorado
Genre : Animation
Pays : Espagne
Durée : 1h35
Réalisateur : Alberto Vázquez
Acteurs : Asier Hormaza, Aintzane Gamiz, Kandido Ur
Arnold pense qu’il est le personnage d’un univers irréel et faux. Maria, sa femme, pense que le chômage a une mauvaise influence sur le pauvre bougre. Dans ce théâtre, tout est fait pour que la vie soit parfaite sous l’égide d’Alma. L’entreprise embauche la majorité des habitants. La misère et les chômeurs se cachent dans les vieux quartiers de banlieue que l'on repousse de plus en plus vers la lisière de la forêt. Pourtant, Arnold et ses potes se disent qu’il se passe de drôles de choses dans cette société idéale. Maria continue ses petits gribouillages pour Alma. Tout se complique quand elle succombe aux avances de Gregorio, son directeur adjoint. Ce dernier en pinçait pour la belle dans sa tendre enfance. Arnold décide de trouver la sortie de cet univers de pacotille, ce décor qu’on lui impose. Il devra affronter un hibou géant et une société qui n’est pas prête à changer de décor.
Decorado, d’Alberto Vázquez, est un film comme on les aime : mélange de surréalisme, d’un petit grain de folie, le tout sous des dessins sous acide. C’est un regard sur la société à travers ces différents personnages, du poulet pyromane au petit couple, Maria et Arnold, à qui l’habitude joue des tours. La romance se transforme, comme dans de nombreux couples pour qui la flamme n’est plus qu’une braise. Arnold, notre héros au chômage, s’installe dans une boucle, une vie répétitive sans fin.
Il cherche à comprendre cette impression qui est parfois la nôtre, de vivre dans un film qui nous échappe. On pense à nos sociétés sous perfusion, sans avenir, juste les jours qui se répètent à l’infini, échappant à nos rêves. Arnold est un personnage dans un décor qui ne lui convient pas. En cherchant à échapper à sa triste condition, il éveille une menace qui bouscule son univers. Tout commence à aller de travers : Maria se laisse séduire par ce bellâtre bossant pour Alma. Alma lui cherche des poux dans la tête et s’en prend à ses amis.
Il décide de reprendre la quête de son vieux pote Ramiro : trouver la sortie en passant par les bois, dernière limite à l’horizon. C’est la nature face à la société urbaine qui ronge tout et nous amène à ce que nous connaissons aujourd’hui. Nous ne sommes pas maîtres de notre existence sans cesse sous pression, nous en oublions l’essentiel. Nous vivons dans un univers de surconsommation. À l’image d’Arnold, est-ce que nous ne finissons pas par déprimer en nous enfonçant de plus en plus dans le nihilisme, sans nous révolter ?
Alberto Vázquez nous entraîne dans un univers surréaliste aux dessins aux couleurs virevoltantes, dans un trait loin des crédos habituels. Tout est à décrypter dans une seconde ou troisième lecture. Rien n’est évident, et surtout pas ce que nous percevons de la réalité défilant sur l’écran. Est-ce que nous ne serions pas, à l’image d’Arnold, dans le décor d’un théâtre, pauvres marionnettes manipulées par l’existence ? Sur l’écran défile une dystopie poétique, antifable, antimorale, comme le dit le réalisateur.
Il crée un monde en apparence absurde, mais une fois que l’on enlève le décor, il apparaît bien plus en phase avec un regard sans concession sur la folie de notre société. Pour nous, Alberto Vázquez est l’enfant de Dalí, créateur d’univers surréalistes et porteur d’un regard tout aussi décalé sur notre monde. Dans Decorado, il analyse toute la noirceur du monde, ses névroses, ses cauchemars, la dépression et ses crises existentielles.
On pense à Tex Avery, à la série Le Prisonnier, à l’esprit complotiste sous LSD, avec un soupçon d’écologie et de 1984. Decorado ne manque pas de nombreuses trouvailles, comme cette fée Clochette neurasthénique incarnant la dépression, un hibou géant menaçant, un poulet pyromane, etc. Le tout dans un maelström de couleurs chatoyantes, parfois psychédéliques. Il ne vous reste plus qu’à vous laisser emporter dans cet univers qui finira par s’imprégner dans votre cerveau et vos rétines, et peut-être vous libérer.
Patrick Van Langhenhoven
Fiche technique
Titre original : Decorado
Réalisation : Alberto Vázquez
Scénario : Alberto Vázquez et Francesc Xavier Manuel
Musique : Joseba Beristain
Décors : José Luis Agreda
Animation : Fernando Abaca, Carmen Cambrils et Julián Lominchar
Photographie :
Son : Iñaki Alonso et Iosu Gonzalez
Montage : Estanis Bañuelos
Production : José María Fernández De Vega, Iván Miñambres, Stephanie Sheh, Michael Sinterniklaas et Chelo Loureiro
Coproduction : Nuno Beato et Diogo Carvalho
Production exécutive : Sofía Chávez
Société de production : UniKo, Glow Animation Studio, Abano et Sardinha Em Lata
Société de distribution : Le Pacte
Pays de production : Espagne
Langue originale : espagnol
Format : couleurs
Genre : Animation, comédie noire, fantastique
Durée : 95 minutes
Dates de sortie : 22 juin 2026 (Annecy) 26 août 2026
Distribution
Asier Hormaza : Arnold
Kandido Uranga : Búho Gigante
Oscar Fernandez
Mikel Garmendia
Iñaki Beraetxe : Gregorio
Aintzane Gamiz : María
Récompense
Il reçoit le prix Paul Grimault lors du Festival international du film d'animation d'Annecy 2026.