« Essai radio, essai radio. Jérémy, tu m’entends ? »
Quelques grésillements, puis la réponse arrive. C’est oui. Nous allons vite apprendre que Jérémy est l’homme de la situation, celui par qui tout arrive. C’est lui qui donne le feu vert de l’ouverture des salles. Vous pouvez avoir tous les sésames de la Terre, tant que Jérémy n’a pas parlé, vous restez à la porte. Encore heureux qu’il ne pleuve pas.
Dans les files, on se jauge, on se renifle. Simple spectateur ? Pour un film ? Pour la totalité ? Rémois ? Ah non, vous venez de loin ? Oui parfois, les enragés font des kilomètres pour cette drogue légale qu’est le cinéma, drogue dure quand on parle du Polar.
Le festival rayonne jusqu’aux alentours des salles. Les chanceux iront aux cocktails, aux repas. Les besogneux iront dans les grands hôtels de la Place principale, pour des interviews. En réalité, ils sont plus chanceux que les premiers. Les uns brillent, se font mousser. Cela doit tenir au breuvage qu’ils consomment.
C’est le bal des élégances, saupoudré d’un rien d’arrogance parfois. Les autres, les comédiens, les metteurs en scène étonnent par leur modestie. Ils sont motivés par leur art, ont envie de le partager et le faire connaitre, pas nécessairement se faire connaitre. Tout est dans la nuance.
Quand il y a peu de temps entre deux séances, c’est la course aux toilettes, le meilleur endroit pour papoter, mais il faut faire vite ! Sinon, les bistrots alentour vous accueillent à bras ouverts et une pause est souvent la bienvenue. Au passage, on remarque la légion des bénévoles qui se restaurent comme ils peuvent à des heures souvent approximatives.
Quand on est festivalier, on consomme de la pellicule de façon tout à fait déraisonnable sur une période assez courte (une petite semaine à peine) donc très dense. Cela finit par percuter le cerveau qui ne réagit plus de la même façon que lorsqu’on voit les films « à l’unité ». Il est étonnant de constater, au saut du lit, la rémanence d’images visionnées la veille, sans qu’on en ait eu conscience sur le moment. Ou les flashes, les correspondances entre les films qui s’établissent soudain, en pleine projection. On s’attache aussi aux différentes façons dont les sujets sont traités.
Chaque histoire particulière en dit long finalement sur l’état du monde en temps réel. Un des moteurs est le sentiment d’urgence que crée le festival. Voir le plus possible de choses, souvent en avant-première, ou des pépites oubliées, exhumées pour l’occasion. Les avis divergent. Les sentiments fluctuent. Tel long métrage qui ne nous a pas plu fait naitre la frustration. J’aurais dû choisir celui-là et non celui-ci. Tel autre qui nous a enchanté provoque une poussée d’adrénaline qu’il faut absolument partager avec la première personne qui voudra bien nous écouter. Oui, le festival rend un peu fou. C’est pour cela qu’on y va et qu’on y retourne.
Et pendant ce temps, bien calée dans son canapé devant une comédie romantique, Madame Columbo se demande encore pourquoi tous ces policiers fascinent tellement les gens.
Françoise Poul
Crédit Photo Copyright © Michel Haumont pour Ciné région