Genre : Festival Cinéma
« Le pouvoir est une arme à double tranchant, il peut facilement te couper la main » La conspiration du Caire, Tarik Saleh
C’est accueilli par le POP du champagne que nous commençons la 14e édition du festival War on Screen au pays de Châlons en Champagne. Le Moyen-Orient est le cœur de ce début de festival avec le dessin animé Petite Casbah d’Antoine Colomb mais également La Conspiration du Caire, réalisé par l’invité d’honneur de cette prestigieuse édition, Tarik Saleh. Le premier réjouit grands et petits en retraçant l’histoire de quatre jeunes amis appartenant à différentes communautés dans un Alger à l’aube de la guerre d’indépendance.
C’est dans la salle de théâtre de La Comète que ce récit prenant place en 1955 permet de rendre accessible aux plus jeunes un conflit récent et essentiel de notre histoire. Dans la petite salle, les spectateurs découvrent, dans une ambiance tamisée, la conspiration qui est en train de survenir au sein de l’université d’Al-Azhar au Caire. Ils suivent Adam qui se retrouve malgré lui plongé au cœur des tourments grisâtres et politiques qui agitent l’université.
Les organisateurs s’avancent alors sur le devant de la scène et la cérémonie sonne le début officiel de cette nouvelle année. Nous retrouvons avec le plus grand plaisir des visages familiers venus transporter les spectateurs vers des conflits nouveaux et d’autres revisités. La fierté de la sélection de cette année est l’équité des genres avec cinq films réalisés par des réalisatrices et cinq films réalisés par des réalisateurs. Nous pouvons nous réjouir du nombre croissant de femmes allumant leur caméra pour nous rapporter leur vision des conflits historiques et mondiaux.
Sous la forme de quatre documentaires et de six films de fiction, ces talentueux artistes vont nous emmener (re)découvrir des conflits tout autour du monde : de Taïwan au Yémen, du Chili à l’Iran en passant par le Rwanda, l’Afghanistan et la France ainsi que l’Arabie Saoudite, la République Centrale africaine et la République tchèque, les spectateurs auront la chance de suivre les aventures d’hommes et de femmes ayant été confrontés à des conflits de manière volontaire et engagée ou d’en subir les conséquences. Comme à chaque édition, nous pouvons plus que grandement apprécier la diversité des pays représentés ainsi que la possibilité de découvrir des conflits parfois inconnus du public.
Cette ouverture de War on Screen s’inscrit dans la conscience d’un monde divisé et révolté, comme nous avons pu le voir avec l’évocation des revendications lycéennes et étudiantes de ces dernières semaines. Si nous adorons retrouver le festival, nous déplorons également les conflits actuels qui continuent de faire trembler la planète. Le festival a plus que jamais une importance primordiale dans son message et une portée immense sur les citoyens.
Après avoir fait couler le champagne, cette cérémonie d’ouverture s’achève sur la projection du Faux soir. Ce film belge est un vent d’air frais, décalé et frappant, montrant comment un groupe de résistants belges réussit à détourner l’outil de propagande nazie d’époque Le Soir, en créant « un Faux Soir ». A travers ce récit, nous retrouvons l’incontournable et étonnant humour belge (qui n’a pas manqué de faire réagir la salle pleine) mais il nous apprend aussi la difficulté qu’était résister, même pour un acte aussi petit qu’imprimer un simple journal.
Porté par un somptueux casting, c’est avec plaisir que l’on découvre toute la complexité du monde de l’impression mais également l’importance des journaux. En commençant le festival par ce film, War on Screen rappelle aux spectateurs que les informations sont le pouvoir et le savoir, même s’il s’agit de redonner de l’espoir. L’espoir, même la plus petite étincelle, peut enflammer le monde en quête de justice et d’égalité.
Luna Richard