Le son du froissement des robes et des costumes bon chic bon genre se perd dans la nuit rémoise comme un chant du crépuscule, avant que le crime ne tache de rouge l’écran noir de vos nuits blanches. Arnaud Robinet, maire fraichement réélu, présente la ville de Reims comme un nouveau lieu où le cinéma s’épanouirait dans une ambition internationale, de l’école de formation au festival du polar comme pierre angulaire de cette cathédrale. Il faudra compter avec d’autres villes qui, elles aussi, ont choisi le cinéma comme étendard, à commencer par Cannes, Montpellier, Sarlat, et bien d’autres.
Il présente le polar sur ces vies ordinaires qui basculent dans l’enfer suite à des événements extraordinaires. C’est un crime, un fils, une fille sur la mauvaise pente, des vieux braqueurs, des tueurs en série, la bassesse, l'âme noire, les pions du chaos de l’humanité. Reims est-elle une terre d’accueil pour le cinéma et l’éducation des jeunes pousses ? Ce sont de belles promesses qui ne demandent qu’à trouver un sol, un socle où grandir. On présente les jurys « sous vos applaudissements » de Sang neuf à la Police en passant par celui de la Critique et le Grand Jury. Des sentiments, en veux-tu en voilà, des cœurs qui battront au rythme des crimes et des braquages venus de 26 pays d’un monde qui explose à l’extérieur.
Le crime prend des allures universelles. Le diable serait-il déjà à nos portes ? Le polar, ne l’oublions pas, c’est un regard sur la société, sur les rapports intimes d’un homme, une femme et un amant, jusqu’à l’universel des nations, à travers l’espionnage. C’est un beau voyage qui nous attend. Aude, la directrice de Hopscotch, présente Gus Van Sant, l’arpenteur péripatéticien au sens antique, "qui aime se promener", à l'image de Socrate.
Comme d'autres réalisateurs, David Fincher par exemple, ils font entrer le cinéma dans la modernité. Gus Van Sant, est free jazz, libre, en décomposition pour mieux reconstruire, mais n’oublie pas les vieux joueurs qui ont bousculé le genre. C'est une autre Amérique marquée par son rêve qui aujourd’hui se meurt. Gus Van Sant nous raconte combien Psychose a marqué sa carrière, et tous les films noirs dans l’esprit du roman de la même couleur qui composent sa filmographie. Il est temps d’éteindre les lumières et de voir ce nouveau voyage dans l’esprit d’Un après-midi de chien de Sidney Lumet, passons-nous La corde au cou.
Patrick Van Langhenhoven
Crédit Photo Copyright © Michel Haumont pour Ciné région