Animus Femina
Genre : Documentaire
Pays : France
Durée : 1h
Réalisateur : Eliane de Latour
Acteurs : Sara Labrousse, Marie-Pierre Puech, France Génieux
Au-dessus de la montagne au sommet enneigé, un aigle vole dans le ciel d’azur. Nous avons perdu depuis longtemps le sens, l’essence du vivant. Nous ne savons plus communiquer avec les animaux que par la mort, oubliant les liens qui nous unissaient à l’aube des temps. Nous allons suivre quatre femmes qui tentent de retisser ce lien de la toile du vivant. Sara, au cœur des terres gelées de l’Antarctique, renoue avec les manchots et les phoques.
Elle les étudie avant que le grand vaisseau de croisière n’abîme ce territoire. France se réfugie dans un coin perdu des Asturies en Espagne avec sa jument et quelques autres animaux de passage. Isis, au nom prédestiné, immortalise sur le papier le moindre plumage des oiseaux. La dernière de ces gardiennes, Marie-Pierre, est une vétérinaire qui ne se fait plus d’illusions sur l’humain. Elle a fondé l’hôpital de la faune sauvage, dernier refuge pour les poils, plumes, les animaux fracassés, le plus souvent par les humains.
Eliane Latour leur donne la parole et parfois le silence suffit à dire l’inconcevable, l’impossible lien perdu. Dans la nuit des temps, alors que nous marchions sur une terre vierge, les animaux nous accompagnaient dans ce voyage. Un lien nous reliait à la nature, nous savions comprendre les saisons, saisir le changement par ce vent sauvage annonçant la tempête. Nous écoutions le chant du vivant en harmonie avec cette nature à laquelle nous appartenions.
En ces temps, nous manquions de parole, de mots pour dire les choses. Nous savions écouter, ressentir, aimer, pleurer, voir les traces et partager le monde. Aujourd’hui, certaines tribus gardent encore ce langage d’âme à âme. L’animal n’est plus l’ami du promeneur solitaire, mais son ennemi, plus de loups, plus d’ours, plus d’oiseaux éclaboussant le ciel de leur vol, charmant le temps de leurs chants. Pour la majorité d’entre nous, perdus entre béton et bitume dans la course folle au néant, à l’absurde, nous avons perdu le lien.
Éliane de Latour saisit cette image magique de Sara posée au cœur de l’hiver et de ce manchot qui s’approche comme pour converser. France, perdue dans la montagne pour raison de santé, se trouve accueillie par les loups et accompagnée par la faune alentour comme une invitée. Les imbéciles la surnomment sorcière, les animaux ne disent rien et l’acceptent pour ce qu’elle est. Le crayon gras glisse sur le papier par petites touches, il crée la forme d’une aile, d’un bec, saisissant la chouette perchée dans la grange, l’aigle au regard perçant.
Marie-Pierre est une véritable magicienne des corps à plumes, à poils comme ce petit renard qu’elle tente de sauver ainsi que bien d'autres. C’est incroyable de voir ses mains assurées saisir une aile, caresser un bec, un regard, sans qu’aucun ne morde ou ne pique. Ils sont conscients, dans ce langage in Shin Den Shin, que Marie-Pierre ne veut que leur bien. Elle peste parfois contre l’imbécillité humaine, la pie au corps criblé de plomb par un abruti croyant encore quelle est voleuse et maudite. Elle me rappelle le corps de cette buse étalée sur le capot d’une voiture par des idiots de chasseurs.
Nous avons coupé le lien avec notre Mère nature pour nous perdre dans les villes sans âme. Éliane de Latour saisit avec justesse ces quatre femmes dans leur cheminement à la rencontre de l’animal, le don d’observation de Sara, l’inquiétude de France avec les quads qui envahissent la montagne. C’est aussi Marie-Pierre et les cadavres de ceux qu’elle n’a pu sauver comme notre jeune renardeau, la biche percutée par une voiture, les radios des corps parsemés de points noirs, les plombs. Mais ce sont avant tout les victoires que la réalisatrice nous montre comme un appel à changer nos comportements, à écouter la nature, sans jamais porter de leçon, juste un constat.
Les dessins d’Isis immortalisent ces espèces parfois en voie de disparition.
Il ne tient qu’à nous de changer et de mieux entendre le vivant qui nous entoure, de le protéger de notre folie. Comme ces martinets pesant peu de poids dans la transformation d’un lotissement. Il nous suffirait juste de faire attention à l’autre, de petits riens pour que cela change. La question est peut-être qu’incapables de nous occuper de nous-même, nous nous sommes souvent crus au-dessus du vivant, voire leur gardien protecteur. Alors que nous ne sommes qu’un des éléments de ce tout, ni meilleurs, ni plus mauvais. La caméra d’Éliane Latour choisit une mise en scène du réel, sans artifice, invisible, elle capte l’émotion, le geste qui en dit plus long que la parole. C’est notre coup de cœur de cette rentrée.
Patrick Van Langhenhoven
Fiche technique
écriture et réalisation : Eliane de Latour
musique originale : Piers Faccini accompagné de Malik Ziad
image : Lucien Roux, Eliane de Latour, Sebastian Dewsbery, Thibault Mazars
montage : Catherine Rascon, Emilie Orsini
son : Grégory Le Maître, Matthias Joulaud, Guillaume Mollet
audio naturaliste : Fernand Deroussen
montage son et mixage :Philippe Grivel, Samuel Mittelman
PARTENAIRE
Muséum national d'Histoire naturelle
L'IRIS
LOCEAN
INSTITUT POLAIRE FRANÇAIS
DISTRIBUTION FRANCE
Dean Medias
PRODUCTION
Les Films d'Ici Méditerranée
Les Films du Tambour de Soie
AVEC LE SOUTIEN DE
CNC
Région Occitanie / Pyrénées Méditerranée
Région Sud Provence-Alpes-Côte d'Azur
Ministère de la Culture
La Fabrique des écritures ethnographiques
Scam
La Copie Privée
en coproduction avec
CNRS
AVIDIA
Sudio Orlando
AVEC LA PARTICIPATION DE TV5MONDE
Distribution
Sara Labrousse
Marie-Pierre Puech
France Génieux
Isis Olivier
Crédit photo : © Les Films du Tambour de Soie - Les Films d'ici Méditerranée