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affiche 6e Reims Polar Carnet de Festival 2

6e Reims Polar Carnet de Festival 2

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Genre : Festival Cinéma

L'Actu

Un petit soleil éclaire la campagne, la brume légère monte vers le ciel comme une promesse d’une belle journée. La boule rouge éclate et se noie dans le ciel voilé. Dans les blés qui frissonnent, un cerf, une biche, un sanglier et ses petits passent comme les jours et les heures depuis ma naissance. L’esprit bucolique, voyageur, je laisse ma pensée rouler comme la vague qui se meurt sur la plage dans un ultime recommencement. Une voix m’intime d’avancer.

Dans cette queue, j’attends de rentrer dans une salle noire pour vivre quelques crimes, quelques histoires de la même couleur. Énervé d’être sorti de mon rêve, je me retourne précipitamment, cherchant quelques mots verts. L’inconnu, ce passager, comme moi des films noirs, m’invective à son tour. Le ton monte, la parole devient virulente. Comme le singe de 2001, l’odyssée de l’espace, je cherche un os, un objet contondant qui fracassera cette parole qui m’importune ! Je rembobine le film, me retourne, laisse derrière moi la voix virulente et j’avance.

Nous avons échappé de peu à cette histoire de l’éternel recommencement d’un frère tuant l’autre du premier crime qui annoncera la première guerre de l’humanité qui, depuis, n’a cessé de jouer à un jeu où la parole d’amour n’existe plus. Nous avons préféré la violence à la beauté d’un soleil qui s’élève. C’est peut-être les quelques réflexions d’un poète, d’un sot, qu’importe.

C’est ce qui défile toute la journée, au cœur des films du festival du Polar de Reims, reproduisant ces crimes dans une variation fictionnelle. Nous voilà tous égaux, que l’on soit riche ou pauvre. Nous entrons dans la compétition, un film letton, Red Code Blue. Demain nous décortiquerons cette histoire du bien et du mal et de sa frontière. Peut-on passer facilement d’un côté ou d’un autre ? Quelle ironie, c’est à l’Hôtel de la Paix que nous avons rendez-vous !

Un autre écran. Autre histoire. Ce sont des enfants qui jouent à un jeu qui bascule et se transforme en un accident, voulu ou pas. C’est à la justice de trancher, c’est au père de comprendre. Le monde tourne ainsi. Ailleurs des hommes ont décidé des crimes bien plus graves que ces petits meurtres entre amis, pour enflammer le monde, pour des désirs, un bout de territoire, etc.

Le cri des gardes de Claire Denis nous rappelle que le crime peut être aussi un accident. Un homme viendra sans doute derrière le grillage réclamer le corps de son frère avant qu’arrive le jour. Il est temps de rentrer, de rêver peut-être à ce lever de soleil ou à tous ces meurtres qui racontent l’histoire de notre humanité. Portez-vous bien, restez dans la lumière car rentrer dans l’ombre, c’est déjà faire un premier pas vers les ténèbres.

Patrick Van Langhenhoven
Crédit Photo Copyright © Michel Haumont pour Ciné région