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affiche 6e Festival Reims carnet de festival 3

6e Festival Reims carnet de festival 3

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Genre : Festival Cinéma

L'Actu

Dans la foule, peu de têtes blondes, beaucoup de têtes blanches qui attendent patiemment l’ouverture du festival du Polar de Reims. Hier, j’avais l’âme bucolique, un petit soleil, une rue embrumée, il suffisait de peu de choses pour s’évader ailleurs. La voilà cette garce qui me joue des tours. La voilà nostalgique, elle s’amuse de nos sentiments comme le tueur en attente d’un mauvais tourment. Je revois ce petit square tranquille, une mère et ses deux fils lui donnant la main.

 Je me demande ce que pense le petit chenapan sans un sou, chapardeur. Les hommes de l’ordre ne l’ont pas encore pris en grippe. On le sermonne, on lui fait peur, il ne faudrait pas qu’il vire Mesrine, plutôt Gandhi. Est-ce que notre destin, nos routes se dessinent déjà dans cette brume des premiers matins ? C’est un des territoires qu'explore le Polar. Qu’est-ce qui fait de nous des criminels en col blanc ou noir, des gens bien, des gens ordinaires, des éveillés qui traverseront la vie comme on prend une autoroute pour aller en vacances ?

Nous avons rendez-vous avec le réalisateur de Red Code Blue. Françoise a obtenu une promotion de correctrice pigiste à traductrice, madame stresse. C’est l’occasion d’aborder l’une des thématiques centrales du Polar, le bien et le mal. Est-ce que tout ne se réduit qu’à ces deux couleurs noir et blanc ? Le parcours de ce jeune inspecteur qui rejoint son service et espère dans cette ville de Riga, devenir un homme bien.

 Il s’interroge sur la frontière entre les deux extrêmes, la limite à franchir ou pas. Très vite, il comprend que ses collègues ont fait eux-mêmes leur choix, mais jusqu’où peut-on aller ? Quinze minutes, c’est peu de temps pour faire le tour d’une question dont on ne connaît toujours pas la réponse. J’aime la rencontre, le partage, de ce que j'imagine, les symboles, les thématiques, les cadrages, les éclairages, les personnages. Si l’idée que je me fais du film correspond à celle du réalisateur.

Ce n’est ni bien ni mal, c’est autre chose. La rencontre est passionnante et quinze minutes passent vite et deviennent une heure. Le réalisateur a le temps. La magie opère, celle d’une rencontre qui s’élève et dépasse la frontière de la simple question noire ou blanche. Elle rend la rencontre possible. Léa, Delphine Almog, des attachées de presse qui nous font confiance, malgré ma réputation de bavard qui pousse toujours plus loin cette intimité autour du film.

Une autre table, un autre salon et me voilà en pleine conversation avec Raphaël Prieur, commissaire général, chef de la brigade criminelle de Paris et une autrice, Danielle Thierry qui autrefois, comme lui, poursuivait les coupables. C’est l’occasion de parler de ce jury peu ordinaire, Composé de policiers de métier. C’est l’occasion de parler de la police criminelle, de l’écriture de romans policiers et de son image au cinéma. Le petit chenapan a bien changé et a choisi sa voie, celle de la critique. Il est devenu un homme respectable, traçant sa route et interviewant sans crainte des responsables de la police.

Patrick Van Langhenhoven