Il était une fois comme dans les contes, dans un pays lointain, un boulanger et une boulangère vivant en harmonie. Un jour, une vilaine sorcière marquée du sceau de l’infamie débarque avec fureur dans la maison de nos deux tourtereaux. Nous dévoilerons un terrible secret, nos deux amoureux ne pouvaient avoir descendance ! Quelle pénitence frappait ce couple, charmant comme les princes du même nom, quelle affreuse malédiction édictée par l’infâme créature des contes les marque au fer rouge… L’affreuse créature aux doigts crochus possédait la clé de cette hantise, l’affreuse malédiction venait de sa bouche tordue.
Elle-même était frappée par un mauvais sort, jeté comme les dés par sa mère, qui la bannissait du royaume de la beauté. Laide elle était, laide elle resterait, sauf si… et c’est bien cet accord qu’elle venait passer avec notre petit couple. Si enfant vous souhaitez ? Allez dans la forêt profonde me quérir une vache blanche, une pantoufle dorée, un chaperon rouge et une tresse blonde comme le maïs ! C’est donc au cœur des nuages de feuilles frémissantes caressées par le vent, du pas léger ou lourd sur la mousse des chemins entre les troncs noueux que notre boulanger mène sa quête. Il croise la route d’un gentil garçon nommé Jack, qu’il pense berner en échangeant une vache blanche contre une poignée de haricots. Il ignorait que son père, voleur et déclencheur de la malédiction, les vola à l’affreuse sorcière. Ils étaient magiques et menaient dans un royaume de géants…
Mais ce n’est pas tout, il croise aussi un petit chaperon rouge, un méchant loup, gras de son dernier diner, une jeune souillon aux chaussures dorées. Sa femme trouve une jolie princesse prisonnière d’une tour où un prince la rejoint en grimpant le long de sa chevelure couleur maïs. Il semblerait que tout soit en ordre pour que le sort s’efface. Il semblerait que tout soit en ordre pour que l’histoire ne fasse que commencer…
Depuis un certain temps, Disney donne des couleurs sombres à son univers. Ses princesses et princes charmants ne ressemblent plus aux images stéréotypées d’une certaine littérature manichéenne de la jeunesse. Adapté d’une comédie musicale crée en 1987 de Stephen Sondheim, le film emprunte la même structure, entre chansons et narration. Si les deux princes apparaissent moins ternes, “élevés pour être charmants, pas sincères”, les autres personnages retrouvent sans doute l’imagerie de leurs origines, en beaucoup moins noir et blanc. Le choix des contes n’est pas innocent. Pris dans l’univers des frères Grimm ou Perrault, ils nous ramènent tous à la notion de la famille, la grande thématique de l’Amérique, reprise et glorifiée par Disney et le cinéma américain. Nous pourrions la faire remonter à cette idée biblique de La naissance d’une nation de Griffith.
La quête d’une famille idéale, le conte souvent emprunte le biais de celle-ci pour donner sa leçon de vie. Nous commencerons par Cendrillon, la famille perdue, disloquée, la reconnaissance paternelle remariée à une marâtre. C’est aussi les angoisses et les espoirs formant l’essentiel de la rivalité familiale: avilie, Cendrillon est sacrifiée par sa belle-mère au profit de ses demi-sœurs. Elle sera reconnue pour ses qualités par le prince, et promise à une vie idéale. Le petit chaperon rouge est une mise en garde très claire, dont la morale citée en quelques lignes par Perrault : « Les jeunes filles, belles, bien faites et gentilles, font très mal d’écouter toutes sortes de gens. » Dans ce sens, le loup, un peu trop cabotin, composé par Johnny Depp se rapproche de cette idée. Jack et le haricot magique se situe entre la mort du père chez Freud et la notion de s’accomplir chez Jung. Le conte Raiponce renvoie à l’incapacité pour une mère de laisser sortir son enfant, affronter le monde pour trouver sa voie.
En se coupant les cheveux, Raiponce coupe le cordon ombilical d’avec sa mère, accepte la castration et accède à une sexualité génitale et son propre accomplissement. C’est aussi l’éternelle jeunesse que les contes nous proposent, incarnée ici par le personnage de la sorcière. Elle désire retrouver son apparence originale, marquée par la laideur à cause de sa faute. Elle est condamnée par sa mère à devenir une vieille mégère aux doigts crochus. Ainsi, tous ces contes deviennent une leçon pour l’éducation des enfants et la réalisation d’une famille parfaite pour le couple de boulangers. D'ailleurs, ils se finissent tous par la phrase magique : « ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants ». Il est dommage que la dernière partie du film s’échappe de cette thématique pour se rapprocher du cinéma d’action dans un combat avec une géante. Meryl Streep reste assez convaincante en sorcière, mais l’intérêt est surtout dans la composition d’Emily Blunt (la boulangère) et d’Anna Kendrick (Cendrillon), et les deux jeunes enfants Lilla Crawford (Petit Chaperon rouge) et Daniel Huttlestone (Jack).
Certains verront un combat entre l’ancien et le moderne, Meryl Streep et Johnny Depp plus dans des images d’un cinéma d’autrefois et les jeunes acteurs plus modernes. Dans l’ensemble, Into the Woods : Promenons-nous dans les bois s’appuie sur une symbolique dans les couleurs, le jeu de la forêt, lieu sombre et mystérieux de l’éveil de la conscience, mais aussi de toutes nos peurs. Ici gît le premier arbre du monde, celui des légendes nordiques, et du premier souffle du monde, prenant racine dans la terre profonde et s’élançant vers le ciel, la représentation de l’humanité dans sa quête d’éveil. Visuellement, il s’inspire d’une imagerie à la Gustave Doré et la fin du XIXe siècle. Le film est donc une bonne surprise qui aurait gagné à travailler plus sa noirceur, son questionnement identitaire et une fin plus en adéquations avec les contes.
Patrick Van Langhenhoven
Bonus Uniquement en BR
Meryl Streep chante "She'll Be Back" de Stephen Sondheim
"Que se passe-t-il dans les bois ?"
"Une distribution en or"
"Promenons-nous dans les bois - De la scène à l'écran"
"Promenons-nous dans les bois - La magie des bois"
"Promenons-nous dans les bois - Les décors"
"Promenons-nous dans les bois - Les costumes"
Commentaires audio de Rob Marshall et John DeLuca (prod.)
Les chansons du film
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Titre original : Into the Woods
Titre français : Into the Woods : Promenons-nous dans les bois
Titre québécois : Dans les bois
Réalisation : Rob Marshall
Scénario : James Lapine d'après la comédie musicale de James Lapine et Stephen Sondheim
Direction artistique : Dennis Gassner
Décors : Andrew Bennett et Ben Collins
Costumes : Colleen Atwood
Photographie : Dion Beebe
Son : Blake Leyh
Montage : Wyatt Smith
Musique : Stephen Sondheim
Production : John DeLuca, Rob Marshall, Callum McDougall et Marc Platt
Sociétés de production : Lucamar Productions et Walt Disney Pictures
Société de distribution : Walt Disney Studios Motion Pictures (USA)
Budget : env. 50 000 000 USD
Pays d’origine : États-Unis
Langue originale : anglais
Format : Couleur - 35 mm / D-Cinema - 2,35:1 - son Datasat / Dolby Digital
Genre : Film musical
Durée : 124 minutes
Distribution
Meryl Streep : la Sorcière
Emily Blunt : la Femme du boulanger
James Corden : le Boulanger
Anna Kendrick : Cendrillon
Chris Pine : le Prince charmant de Cendrillon
Johnny Depp : le Loup
Lilla Crawford : le Petit Chaperon rouge
Daniel Huttlestone : Jack
Mackenzie Mauzy : Raiponce
Billy Magnussen : le Prince charmant de Raiponce
Tracey Ullman : la mère de Jack
Christine Baranski : Lady Trémaine, la belle-mère de Cendrillon
Lucy Punch : Lucinda
Tammy Blanchard : Florinda
Frances de la Tour : la femme du Géant
Annette Crosbie : la grand-mère du Petit Chaperon rouge
Joanna Riding : la mère de Cendrillon
Simon Russell Beale: le père du boulanger