Violetta Parra, chanteuse, poète et peintre, est une véritable icône de la culture chilienne. Souvent comparée à Dylan, elle marque la culture chilienne de ses choix esthétiques et de ses amours, comme celles de Piaf, vouées à l’échec. Le film reste hanté par la présence des éléments naturels, la forêt squelettique, les maisons de pierre accrochées au flanc des montagnes, le minéral en paysage et comme inspiration des couleurs du film. Parfois le feu des désirs, des passions brûlent le cadre comme les débordements des cœurs trop sensibles.
Francisca Gavilan, compose un personnage hors nature, aussi forte et rongée que son art. Elle retransmet toute la déchéance, l’emballement dans les premiers temps, le cœur qui explose avec son amour des derniers jours qui la conduit peut-être à l’acte extrême. Andrés Wood choisit une forme jouant de l’onirisme et du documentaire pour donner vie à son sujet. Les dialogues, à l’image des personnages, claquent sans fioriture, bruts, parfois violents, saisissant le spectateur dans son âme et sa chair. Comme ce moment où un enfant court dans la rue, le corps d’un bébé dans les bras, autour de lui déjà le minéral de la tombe. En parallèle, en voyage en Pologne, Violeta reçoit la mort de sa fille en pleine face, ultime meurtrissure pour une mère. L’intervieweur lui demande si elle est rentrée chez elle. « Non, je suis restée deux ans en Pologne. »
Fuite, refus, abandon, l’art qui dépasse tout, même la mort des êtres chers. Le film nous livre comme de précieux cadeaux de nombreux moments de cette trempe. Ce dernier exemple lui est sans doute inspiré par la douleur des mineurs. Elle compose un chant de révolte et gagne son indépendance et son premier cri de femme engagée. La scène de fin résume à elle seule tout le parcours de cette femme qui ne sera comprise complètement que bien plus tard. La narration, un peu trop dispersée, jouant sur plusieurs époques et lieux nous égare quelquefois et c’est bien dommage. Nous semblons perdus dans l’espace et le temps, ne sachant plus parfois de qui nous parlons. Violeta enfant, adulte, mère, amante, l’accent est surtout mis sur la chanteuse, un peu sur la tisseuse et la peintre qui inspira de nombreux autres, notamment Cocteau. Nous retrouvons la même figure meurtrie tout entière consacrée à son art comme Frida Kahlo. Les deux films possèdent cette même force de nous captiver sur des personnages peu connus de nos cultures. Nous comprenons comment l’art s’empare de cette gamine pour lui souffler un don qu’elle apprend en autodidacte. Cette idée, qu’il est avant tout et nous en somme convaincus, l’expression du vivant, de la douleur, de l’expérience, du voyage entrepris sur les routes de l’âme et du monde. Nous sommes loin de son apprentissage dans les écoles, à copier d’autres artistes pour finir par devenir de gentils faiseurs. C’est un film poignant, grâce à son actrice et ses seconds rôles, notamment la petite Violeta criante de justesse dans un jeu minimaliste qui renforce encore cette figure qui ne demandait qu’à être comprise au travers de son art. Il faut juste que le spectateur ne se laisse pas trop perturber par les décalages de temps et de lieu. Patrick Van Langhenhoven
Bonus : Entretien croisé entre Angel Parra et Andrès Wood (14') Dans les coulisses du tournage - Bandes-annonces