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affiche Vice

Vice

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Un film de Adam McKay ,
Avec Christian Bale, Amy Adams, Steve Carell,

Genre : Biographique
Durée : 2h12
États-Unis

En Bref

C’est l’histoire d’un type qui ne pensait qu’à faire la bringue. Lynne, sa femme, rêvait de tout autre chose pour leur couple. Le contrat était simple, devenir le maitre du monde ou se séparer. C’est ainsi que Dick Cheney gravit les échelons de l’une des nations les plus puissantes pour s’élever, faucon au-dessus des moutons. Il commence par travailler pour Donald Rumsfeld. Il apprend à ses côtés le jeu d’échecs d’une politique aux rouages machiavéliques. Il monte les échelons, devient secrétaire à la Défense, chef de cabinet à la Défense, et vice-président aux pouvoirs étendus. L’homme du Wyoming, le pays des cow-boys, dirige la nation la plus puissante dans l’ombre d’un président fantoche, George W Bush. Dans la tempête du 11 septembre, en l’absence de celui-ci, il prendra des décisions dont nous payons encore la note. C’est avec ironie et sarcasme qu’Adam McKay nous narre son ascension.


La scène d’ouverture nous montre un pays sous le choc du 11 septembre 2001. Réfugié dans un bunker en l’absence du Président, Dick Cheney, sous l’œil de la cellule de crise, prend des décisions à la place du chef de l’Etat. Nous allons remonter le courant pour comprendre les rouages subtils conduisant un étudiant, plus porté sur la fête que sur ses études, dans les eaux troubles du pays le plus puissant du monde. Cette première image, la plus marquante, nous sert de tête de chapitre, comme la pêche à la mouche. Dick Cheney maitrise l’art d’attraper les gros poissons. Il faut savoir être patient, maitriser le leurre avec adresse et remonter sa proie au bon moment. C’est cette métaphore piscicole que développe Adam McKay pour mieux faire comprendre comment Cheney transforme le poste de Vice Président. Il utilise l’ironie, le sarcasme, et les images choc pour plonger jusqu’au cœur de son sujet. Il n’hésite pas, dans un montage vif, à faire se télescoper une décision dans l’ombre et les images violentes de ses conséquences.

Nous comprenons toute la subtilité, le jeu pervers de Dick Cheney porté par des idées peut-être issues de l’esprit des pionniers du Wyoming. Chaque décision à ce niveau de l’Etat est lourde de conséquences. Nous en subissons encore les répercussions, comme les cercles du caillou jeté dans la mare. Il se construit seul dans la meute des fauves. Il est certain que ses années auprès de Donald Rumsfeld lui apporteront beaucoup. Autre séquence choc, le jeune bleu demande au big boss, lors du bombardement sur le Cambodge : « Quelles sont nos convictions ? », Rumsfeld réplique : « Elle est bien bonne, celle-là ! Quelles sont nos convictions ! »  À la fin, suite au 11 septembre, il sacrifie son mentor à la meute. Il bénéficie d’un concours de circonstances favorable à ses ambitions comme l’incompétence d’un Président. Ce dernier se repose sur ses avis et lui laisse le champ libre. Le fin pêcheur a su ferrer le plus gros poisson de la rivière. Derrière le ton sarcastique, ironique, défile un monde sans pitié. Il abandonne jusqu’à sa fille, homosexuelle, quand elle ne sert plus ses intérêts.

C’est peut-être la petite part d’humanité de son personnage qu’il efface en un coup. Quel but cherchent à atteindre ces hommes et ces femmes qui nous gouvernent, la gloire, la puissance, l’argent ? C’est pour nous la question centrale du film. L’idéologie, bâtir un monde nouveau semblent bien loin des préoccupations premières. Nous apprendrons qu’après l’invasion de l’Irak, la valeur de l’action d’Halliburton, multinationale parapétrolière dont il était le PDG, explose. Vice nous montre aussi l’influence de sa femme Lynne, toujours tapie dans l’ombre. C’est elle qui le lance dans la course mais il finit par s’en émanciper pour jouer une partition complice à deux. Christian Bale se métamorphose pour composer un personnage plus vrai que nature. Les seconds rôles d’Amy Adams, Lynne à Steve Carell en Donald Rumsfeld sont tout aussi bluffants. À l’heure de la présidence de Donald Trump, ce retour en arrière nous en dit long sur le système d’un des pays les plus puissants du monde. Nous remarquerons, heureusement ou malheureusement pour nous, qu’il n’a pas son Dick Cheney. Il vous faudra rester jusqu'à la fin du générique, c’est avec ironie sur son parti pris qu’Adam McKay répond par avance à ses détracteurs qui ne manqueront pas. 

Patrick Van Langhenhoven

 Adam Mc Kay a fait ses classes auprès de Michael Moore. On comprend donc d’où lui vient son style punchy. Il nous replonge dans une histoire récente que, malgré tout, nous avons tendance à considérer comme déjà ancienne, tant nous souhaitons effacer les traumatismes qui émaillent notre contexte géopolitique. Et tel un mécanicien zélé, il dévoile les rouages qui peuvent conduire des pays au bord du gouffre, en inventant par exemple de fausses informations (les armes de destruction massive) qui mèneront tout simplement à la guerre en Irak. Chapeau l’artiste dirait-on si l’on partageait le cynisme de Cheney et son entourage. Le rythme du film et sa construction en images choc comme il a été dit plus haut secouent le spectateur qui a bien du mal à encaisser ce déluge de coups tordus dont le fric et l’appétit du pouvoir sont les guides puissants.

En plus d’être un bon film, Vice (on appréciera le jeu de mots qui marche aussi bien en américain qu’en français) a des vertus pédagogiques qui nous replongent dans notre passé récent tout en réveillant notre conscience de citoyen.

Françoise Poul

Note du support : n/a
Support vidéo :
Langues Audio :
Sous-titres :
Edition :


    Titre original et français : Vice

    Titre de travail : Backseat

    Réalisation et scénario : Adam McKay

    Photographie : Greig Fraser

    Décors : Patrice Vermette

    Direction artistique : Dean Wolcott

    Montage : Hank Corwin

    Musique : Nicholas Britell

    Production : Will Ferrell, Dede Gardner, Jeremy Kleiner, Adam McKay, Kevin J. Messick et Brad Pitt

    Producteurs délégués : Megan Ellison et Jeff G. Waxman

    Coproducteur : Jason George

    Sociétés de production : Annapurna Pictures, Plan B Entertainment et Gary Sanchez Productions

    Sociétés de distribution : Annapurna Pictures (États-Unis), Mars Distribution (France)

    Budget : 60 millions de dollars

    Langue originale : anglais

    Format : couleur — numérique — 2,39:1 — son Dolby Atmos / Dolby Digital / DTS

    Pays d'origine : États-Unis

    Genres : drame biographique, politique

    Durée : 132 minutes

    Dates de sortie : 13 février 2019

    Classification États-Unis : R

    France : Tous publics

Distribution

    Christian Bale (VF : Philippe Valmont ; VQ : Louis-Philippe Dandenault) : Dick Cheney

        Alex MacNicoll et Aidan Gail : Dick Cheney jeune

    Amy Adams (VF : Chloé Berthier ; VQ : Viviane Pacal) : Lynne Cheney, la femme de Dick

        Cailee Spaeny : Lynne Cheney jeune

    Steve Carell (VF : Maurice Decoster ; VQ : Gilbert Lachance) : Donald Rumsfeld, le 13e et 21e secrétaire à la Défense des États-Unis

    Sam Rockwell (VQ : François Trudel) : George W. Bush, le 43e Président des États-Unis

    Bill Pullman : Nelson Rockefeller, le 41e vice-président des États-Unis

    Alison Pill (VF : Lily Rubens) : Mary Cheney

        Colyse Harger : Mary Cheney jeune

    Lily Rabe : Liz Cheney

        Violet Hicks : Liz Cheney jeune

    Jesse Plemons (VQ : Maël Davan-Soulas) : Kurt, le narrateur

    Tyler Perry (VQ : Thiéry Dubé) : Colin Powell

    Justin Kirk : Lewis Libby

    Adam Bartley : Frank Luntz

    Lisa Gay Hamilton : Condoleezza Rice

    Eddie Marsan : Paul Wolfowitz

    Bill Camp : Gerald Ford

    Don McManus (VQ : Daniel Picard) : David Addington

    Stephen Adly Guirgis : George Tenet

    Matthew Jacobs : Antonin Scalia

    Adam Bartley : Frank Luntz

    Kirk Bovill : Henry Kissinger

    Jillian Armenante (VF : Anne Plumet) : Karen Hughes

    Fay Masterson : Edna Vincent

    Shea Whigham : Wayne Vincent

    Alfred Molina : le serveur

    Naomi Watts : la présentatrice de journal

    Joseph Beck : Karl Rove

    Paul Perri : Trent Lott

    Brandon Sklenar : Bobby Prentace