Un château en Italie, présenté à Cannes en compétition officielle, met en scène les aléas d'une famille bourgeoise italienne contrainte de vendre la propriété familiale. La vente de ce château n'est bien sûr qu'un prétexte permettant à la réalisatrice de dresser un portrait à la fois nostalgique et loufoque sur cette fratrie.
Une fois encore, le long métrage de Valeria Bruni Tedeschi est bercé par son passé comme l'ont été ses deux précédents films, Il est plus facile pour un chameau (prix Louis Delluc du premier film en 2003) et Actrices (2007) qui comportaient déjà les thèmes chers à la réalisatrice : la religion, la famille, la maternité, le tout ancré dans le monde du théâtre et du cinéma.
Alors qu'elle évoquait la mort de son père dans son premier film, le fantôme de ce même père plane sur le château et occupe tous les esprits et notamment celui du frère mourant...
Il est difficile d'occulter la part d'autofiction très forte du film, les liens entre la vie personnelle de Valeria Bruni Tedeschi et les personnages qu'elle met en scène sont flagrants et parfois même trop appuyés mais, Un château de famille est avant tout un portrait d'une famille aristocrate certes, mais avec les mêmes problèmes que beaucoup de gens.
Cette famille disparaît peu à peu, déracinée d'Italie, à l'image de la vieille entreprise du père aujourd'hui fermée ou encore du marronnier centenaire de la propriété qui lui aussi « quitte » le château. La question de l'héritage marque l'ensemble du métrage, que vaut-il mieux laisser à nos enfants ? Des tableaux de Bruegel ? De l'argent à foison ? Ou simplement des valeurs d'amour et de partage... comme ce qu'essaye tant bien que mal de conserver et transmettre Louise, l’héroïne du film.
Ce personnage, interprété par Valeria Bruni-Tedeschi elle-même, est celui d'une quarantenaire angoissée et ancienne actrice en mal de maternité qui trouve refuge dans la religion pour y chercher la foi et pourquoi pas une sorte de miracle qui lui permettra d'avoir cet enfant tant désiré. A la fois hautaine et agaçante (les deux allants souvent de pair), son personnage névrosé réussit tout de même à nous émouvoir. Nous devinons facilement qu'il est vital pour cette femme, qui accorde extrêmement d'importance aux êtres qui lui sont chers (elle voue un amour inconditionnel à son frère et trouve nécessaire de rencontrer rapidement les parents de son jeune amant) de fonder une famille.
Sa rencontre avec Nathan (Louis Garrel, qui, rappelons-le, a partagé la vie de la réalisatrice durant cinq années), un jeune acteur perdu et à l'exact opposé des valeurs et envies de Louise – il le lui dira lui-même, « Nous n'avons rien à faire ensemble » - entraîne un chamboulement chez elle. Nathan tombe sous le charme de cette femme qu'il avait vue dans un film et fait tout pour la séduire. Elle finit par craquer et succombe à son jeune amant entrevoyant enfin la possibilité être enceinte (quitte à lui forcer « la main »).
Le
frère de Louise, atteint de la maladie du
sida, interprété par l'excellent Filippo Timi, se raccroche
lui aussi aux valeurs familiales et surtout au vieux château de
son père, refusant que l'on souille sa mémoire en le vendant.
Enfin, la mère froide mais aimante, dernier symbole de cette
famille, jadis prospère tente de feindre que tout va pour le mieux,
s'accrochant au passé.
Entre tous ces personnages, la réalisatrice oscille entre réalité et fiction, l'histoire est construite sous forme de scénettes où les personnages se croisent et s'entrecroisent jusqu'à finalement s'unir autour de la mort du frère. L'histoire est à la fois classique dans sa mise en scène et moderne dans la manière de traiter les sujets graves (la maladie, l'argent, la stérilité...) qui sont en filigrane durant tout le film. Le tout donne un ton enlevé et souvent drôle notamment grâce au couple Louise / Nathan qui apporte fraîcheur et justesse.
Malheureusement, la réalisatrice ne semble pas être allée au bout de ce qu'elle voulait dire, certains thèmes restent sous exploités, notamment la question des choix de notre existence qui, si ils sont souvent évoqués par le personnage de Nathan restent en suspens tout comme ce même personnage, si attachant soit-il, est assez peu développé.
La trame narrative du film, qui semblait jusqu'alors coller avec l'image du puzzle familial, perd sa cohérence dans la dernière demi-heure, se noyant dans de la redite et dans l'émotion facile qui altèrent le propos et surtout, donnent l'impression d'une œuvre inachevée, comme un début d'idée qu'on ne saurait formuler, une psychanalyse tuée dans l'oeuf.
Malgré cela, Un château en Italie, reste une belle surprise, un film enlevé et intéressant si l'on laisse légèrement de côté l'écriture (un peu trop) journal intime de la réalisatrice pour n'y voir qu'une chronique familiale comme tant d'autres, bien jouée et bien filmée.
Sarah Lehu