Le Dr Bennet Omalu, neuropathologiste de médecine légale cherche sa part de rêve en Amérique. Concentré sur son travail, il ne traite pas les morts comme de simples patients, mais comme des âmes en instance de franchir la porte de l’au-delà. Il leur parle, dialogue avec eux, en quête de la cause de leur mort. Le cadavre d’un ancien joueur de football américain l’entraine sur une étrange découverte. Sa ténacité, son professionnalisme le poussent jusqu’au bout de sa quête. C’est ainsi qu’il découvre une nouvelle cause de mortalité due à l’excès de chocs sur le terrain, encéphalopathies traumatiques chroniques (CTE).
C’est un sport de fauves réservé à des montagnes de muscles, de chairs qui s'entrechoquent. Premier constat, l’être humain ne possède pas de protection contre les chocs au cerveau. Baignant dans un liquide, le cerveau cogne contre la boîte crânienne. À ce jeu, on finit toujours par tirer sa place directe pour le pays des morts. Le jeu en valait-il la chandelle ? Une fois éteinte, il ne reste que la nuit. Bennet pense agir en homme de bien en dénonçant cette pratique conduisant le joueur à la perte de mémoire, la folie dans le meilleur des cas, le suicide dans le pire. Il croyait bien faire, en quelque sorte, prévenir de la peste du joueur, éviter les morts à venir.
C'est sans compter avec la national league du football opposant Goliath contre David, la science contre le peuple. Comme on le disait dans la Rome antique, « donnez-leur du pain et des jeux ! » Les morts on s'en fout ! Ils ne comptent pas dans la liesse du match du samedi soir. Le peuple pleurera ses héros, leur dressera des statues, oubliant la cause de leur décès. Ils oublient que c'est au nom du sport et des coups qu'ils peuvent mourir. C’est le combat de l’impossible, mais il faut toujours croire en la force de la vérité. Son nom, Omalu, l'homme qui connaît la vérité et s'avance pour la dire le prédestinait à ce combat.
Derrière le combat du pot de terre contre le pot de fer se cache un regard sur le rêve américain. Omalu quitte son Nigéria natal pour trouver en Amérique de quoi réaliser son utopie personnelle. Pour lui, comme il le dira à sa compagne, elle représente le Paradis sur terre. Bien installé, après de brillantes études de neurologiste, il est en passe de construire une famille et de s’intégrer dans la société. À aucun moment cet homme, qui n’a pas perdu les valeurs essentielles de l’humanisme, ne recule devant la tâche. C’est la confrontation de l’Amérique de l’argent où l’homme n’a plus sa place, contre le rêve des Pères fondateurs.
C’est le serment d’Hippocrate contre les enjeux de la société rapportant gros. « Vous avez donné un nom à leur croquemitaine. Ce n'est pas de la médecine, je ne sais pas ce que c'est. C'est du business. » Derrière ce dialogue se cache une part essentielle du récit et de notre société actuelle. De plus en plus, l’humain est relégué dans les limbes, la vie se calcule dans le chiffre des pertes et profits. À ce jeu, l’humanité gagne beaucoup d’argent mais perd son âme. Le cinéma américain est friand de ce genre de thématiques rappelant le serment de ses origines, ce sur quoi l’homme américain fonda la nation. C’est dommage que le discours soit assez convenu et ne creuse pas assez les quelques pistes qu’il soulève. Il lui manque aussi un peu d’énergie, ce qui en fait plus un film social qu’un thriller.
Il se concentre sur le personnage d’Omalu et sa confrontation à sa nature profonde. Lorsqu’on lui refuse les crédits pour les analyses, il n’hésite pas à prendre sur ses propres deniers. De la même façon, lorsqu’il annonce au plus grand professeur de neurologie sa découverte, ce dernier fait passer la vie avant les enjeux politiques en publiant les résultats des analyses d’Omalu. Peut-être que Seul contre tous gagnerait à suivre la piste sociale en s’écartant du thriller. Il reste malgré tout intéressant pour ce regard qu’il renvoie à notre société sur la place de l’humain et du financier. Ce n’est pas l’argent qui bâtit les rêves, même s’il y contribue.
Patrick Van Langhenhoven
Bonus:
Titre original : Concussion
Titre français : Seul contre tous
Titre québécois : Commotion
Réalisation : Peter Landesman
Scénario : Peter Landesman, d'après l'article Game Brain de Jeanne Marie Laskas1
Direction artistique : David Crank
Décors : Tom Frohling
Costumes : Dayna Pink
Photographie : Salvatore Totino
Montage : William Goldenberg
Musique : James Newton Howard
Production : Elizabeth Cantillon, Giannina Facio, Ridley Scott2, Larry Shuman et David Wolthoff
Sociétés de production : Scott Free Productions, The Shuman Company et Village Roadshow Pictures
Sociétés de distribution : Columbia Pictures (États-Unis), Sony Pictures Releasing France (France)
Budget : 35 millions de dollars
Pays d’origine : États-Unis
Langue originale : anglais
Format : couleur
Genre : drame sportif
Durée : 122 minutes
Dates de sortie3 : 9 mars 2016
Distribution
Will Smith (VQ : Pierre Auger) : le Dr. Bennet Omalu
Adewale Akinnuoye-Agbaje (VQ : Fayolle Jean): Dave Duerson
Alec Baldwin (VQ : Marc Bellier) : le Dr. Julian Bailes
Gugu Mbatha-Raw (VQ : Pascale Montreuil) : Prema Mutiso
Eddie Marsan (VQ : Carl Béchard) : le Dr. Steven DeKosky
Stephen Moyer (VQ : Gilbert Lachance) : le Dr. Ron Hamilton
Luke Wilson (VQ : Antoine Durand) : Roger Goodell
David Morse (VQ : Benoit Rousseau) : Mike Webster
Matt Willig (VQ : Patrick Chouinard) : Justin Strzelczyk
Albert Brooks (VQ : Jean-Marie Moncelet) : le Dr. Cyril Wecht
Bitsie Tulloch : Keana Strzelczyk
Richard T. Jones (VQ : Martin Desgagné) : Andre Waters
Mike O'Malley (VQ : Thiéry Dubé): Daniel Sullivan
Arliss Howard (VQ : Frédéric Desager) : le Dr. Joseph Maroon
Paul Reiser (VQ : Jean-Luc Montminy) : le Dr. Elliot Pellman
Hill Harper (VQ : Martin Watier) : Christopher Jones
Eme Ikwuakor : Amobi Okoye