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affiche Rodin

Rodin

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Un film de Jacques Doillon ,
Avec Vincent Lindon, Izïa Higelin, Séverine Caneele,

Genre : Drame psychologique
Durée : 1h59
France

En Bref

Nous sommes en 1880, Rodin est enfin reconnu par l’Etat qui lui commande une œuvre magistrale, La porte de l’Enfer. Après la photographie, ce nouvel art qui ouvre le monde vers l’extérieur et à s’emparer du vivant dans sa réalité, avec plus tard le cinéma. Monet révolutionne la peinture en la sortant des ateliers pour la conduire vers la lumière et le vivant. Nous le saisissons à ce moment où il bouscule la sculpture et devient le précurseur de la modernité. Dans les pas des impressionnistes, il accroche la vérité du modèle et s’inspire de la lumière pour en modeler la forme. C’est la statue de Balzac qu’il achève qui marque l’aboutissement de toute sa quête.

Les commanditaires sont frappés par le gros cou du maitre de La comédie humaine et son ventre. Ils demandent quelques rectifications que Rodin se refuse à concéder. Nous suivons le cheminement de la création dans la ferveur avec la terre et la matière malaxée, pénétrer pour enfanter l’œuvre. C’est dans le mouvement improbable, la recherche de la forme que l’alchimie, la magie du renouveau transcendent le passé pour transformer l’avenir. C’est un Rodin amoureux des femmes, sculpteur passionné, envoûté par son art que nous découvrons. La rencontre avec Camille Claudel, deux forces vives tout aussi passionnées, débouche sur l’art et l’amour partagés finissant par les dévorer. C’est la naissance d’un génie au sommet de son art où passe une comète nommée Camille.


Pour tenter de comprendre Rodin, essayons de remonter le temps. En 1839 apparaît un art nouveau, la photographie qui voit de nombreux peintres s’en emparer. Il répond à une question importante, tenter de saisir la réalité nue, vraie. Dans le même siècle, un groupe de jeunes peintres conduits par Monet révolutionne la peinture en la sortant des ateliers. Monet désirait saisir le réel dans « la mobilité de ses lumières changeantes ». La révolution artistique touche tous les genres, il en sera de même en littérature et en sculpture. Tous ces hommes assoiffés d’un temps nouveau se croisent et partagent leurs envies et leur expérience. C’est en 1835 qu’il découvre la sculpture avec Antoine-Louis Barye, puis Albert-Ernest Carrier-Belleuse, dessiner et pétrir la glaise attire cet élève médiocre. Commence un long parcours qui transforme peu à peu l’homme et le pousse à transformer son art en le dépassant.

Nous retrouvons, comme chez nos peintres, l’envie de saisir le vivant dans sa réalité et sa lumière. C’est le mélange entre le romantisme, l’impressionnisme, l’expression plastique de la sensualité, de l’érotisme, et peut-être de la douleur. Travailleur acharné comme Monet, force de la nature il remet la glaise des origines comme une matière noble. Jacques Doillon est un réalisateur de l’intime et souvent des figures en perdition, du rapport de classe et de la complexité des sentiments. C’est tout ce que nous retrouvons à travers ses longs plans-séquences pour mieux saisir l’espace de la réalité du vivant. Nous pouvons le raccrocher dans cette envie de ne pas trahir et saisir le réel au plus juste à la lignée des Claude Lelouch, Claude Sautet ou aujourd’hui Brizé, dans son propre style. Nous pouvons voir peut-être comme une filiation avec nos révolutionnaires de l’art et donc Rodin. Le Balzac est un exemple de son refus de trahir la vérité.

Doillon saisit aussi avec justesse la rudesse du travail du sculpteur, son acharnement, sa perfection. Une œuvre est le résultat de plusieurs années de travail, de reprises de plusieurs modèles, de retouches pour tenter d’atteindre l’ultime. La porte de l’enfer ne sera jamais finie de son vivant, mais en 1926. Dans cet amour de l’art où il pétrit la glaise, pénètre la terre, enfante l’œuvre, la femme n’est pas loin. Il rencontre la jeune Camille dans un atelier de jeunes sculptrices et reconnaît son talent. Une relation à fleur de peau se noue entre les deux où le sexe et l’art se mêlent. La jeune femme a un don mais l’artiste créatrice ne possède aucune place à l’époque. Elle peint et sculpte pour s’occuper et n’est capable de rien d’autre alors qu’on veut la cantonner dans la sculpture en tant que loisir. Et cela participe peut-être de sa chute, plus tard, dans la folie. C’est bien une question que nous pouvons nous poser. Jacques Doillon n’oublie pas les rapports particuliers avec Rose, effacée, qu’il l’épousera sur la fin de sa vie. Il attrape ainsi toute la complexité de Rodin, servie par la composition exceptionnelle de Vincent Lindon.

C’est peut-être après La loi du marché une seconde palme du meilleur acteur. Il ne cherche pas à singer Rodin, mais dans le physique garde deux éléments représentatifs, la barbe et la force de la nature face à l’œuvre à pétrir. C’est dans la gestuelle qu’il rend la figure de Rodin crédible et dans son cheminement intérieur. Un rôle qu’il quitte à regret première fois. Une fois de plus, dans ce portrait intime, Jacques Doillon embrasse avec justesse toutes les thématiques développées plus haut.

Patrick Van Langhenhoven

Note du support : n/a
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Edition :


    •       Titre : Rodin

    •       Réalisation : Jacques Doillon

    •       Scénario : Jacques Doillon

    •       Photographie : Christophe Beaucarne

    •       Musique : Philippe Sarde

    •       Pays d'origine : France

    •       Genre : drame

    •       Date de sortie : 24 mai 2017 ( France)

    •       Costumes : Pascaline Chavanne

Distribution

    •       Vincent Lindon : Auguste Rodin

    •       Izïa Higelin : Camille Claudel

    •       Séverine Caneele : Rose Beuret, femme de Rodin

    •       Edward Akrout : Edward Steichen

    •       Maxence Tual : Eugène Blot

    •       Patricia Mazuy : Aurélie de Faucamberge

    •       Pascal Casanova : Ambroise Vollard

    •       Guylène Péan : Juliette Drouet

    •       Arthur Nauzyciel : Cézanne

    •       Anthony Bajon : Auguste Beuret (fils de Rodin non reconnu)

    •       Régis Royer

    •       Serge Bagdassarian