Ça commence par une pauvrette menacée par un sacripant embusqué dans la forêt pour voler les braves gens. Comme Zorro, Robin surgit au bon moment pour sauver la belle… et la délester de ses deniers. L’imbécile de service complice avec le braqueur des sous-bois finit par se partager la coquette somme. Et c’est pas fini ! Nous aurons droit au vol de l’obole d’un mendiant aveugle et autant de bassesses à venir qui ne rehaussent pas la cote du héros en collant.
Dans un Moyen-Age imagé, notre ami des pauvres devient un abruti de première, aidé par Tuck, un pauvre gars qui se sent sous-estimé. Leur rêve : un dernier coup pour amasser assez de piécettes tintinnabulantes pour racheter le clandé d’une autre fripouille. Ils vivront de putes et d’eau fraiche et de beaucoup d’écus. Pour réaliser leur coup, ils s’associent avec le gang de Sherwood, des types qui braquent les seigneurs pour redistribuer aux pauvres hères dans la misère. C’est dans cette bauge de la forêt perdue que Robin, le vaillant tricheur, rencontre Marianne, une nénette à la coiffure en choucroute comme une femme de président. Le coup de foudre est loin de faire l’unanimité. Notre héros préfère la souillon de loin et dans les rêves d’un autre.
En un mot elle est moche comme un pou sur la tête d’un chauve. Le chef du gang pue de la gueule, ce qui l’oblige à tourner sa figure face au soleil ou se prendre dans la tronche la puanteur d’un égout au sortir de la cité. Il manque le Shérif, un méchant sans scrupule qui profite de ce niais de petit roi en l’envoyant jouer avec ses moutons pendant que lui s’occupe avec force et fracas du royaume. L’histoire se réduit à pas grand-chose tout en cherchant à tirer de notre escarcelle moult rires !
La franche rigolade est loin d’être au rendez-vous. Devant ce spectacle désobligeant nous attendons la fin comme une délivrance suprême. C’est un retour dans le temps aux années 70 quand la beauferie s’élevait au rang d’art et finissait par ne plus amuser personne. Les gags sortis de la naphtaline, s’alignent à la kermesse de la comédie désolante, le type qui pue de la gueule, la fille moche, le discriminé sans raison, etc. Avec Les Gamins une première comédie avec ses défauts et ses qualités, Max Boublil semblait sur la bonne voie. Ce n’est pas avec Robin des Bois la véritable histoire qu’il marquera l’essai, au contraire.
Le film d’ailleurs aurait pu prendre un autre héros, les mauvais gags marcheraient tout aussi mal. La parodie dit bien son nom elle sert de prétexte à détourner la légende pour s’en amuser, par exemple les films d’horreur avec Scary Movie des Frères Wayans, Frankenstein Junior de Mel Brooks, l’espionnage à la James Bond Austin Powers de Jay Roach. C’est ainsi que nous nous souvenons de Sacré Robin et Quand tout était pourri de Mel Brooks, une apparition dans Le sens de la vie des Monty Python, Shrek, Les sept voleurs de Chicago avec Frank Sinatra et Dean Martin Bandits, bandits de Terry Gilliam. La parodie demande de la finesse, de la subtilité, du gag bien pensé en liaison avec son sujet et son époque. C’est souvent le prétexte à critiquer une société à travers la parodie historique, Coluche, Vous n'aurez pas l'Alsace et la Lorraine, Jean Yanne, Deux heures moins le quart avant Jésus-Christ et Liberté, égalité, choucroute.
Pour en finir avec Robin des Bois, le mythe de nombreuses fois adapté depuis 1912 au cinéma connaît ses heures de gloire avec Douglas Fairbanks en 1922, Errol Flynn en 1938. Plus proche de nous, c’est en 1976 : La Rose et la Flèche, Sean Connery et Audrey Hepburn, 1991 : Robin des Bois, prince des voleurs de Kevin Reynolds, avec Kevin Costner, en 2010 : Robin des Bois de Ridley Scott, avec Russell Crowe et Cate Blanchett. Cette nouvelle version n’amuse personne, l’esprit potache de la nouvelle génération est remplacé par le bas de gamme de l’esprit beauf des années 70.
Où s’en va la comédie française ? Quand elle ne singe pas l’américaine en nettement moins bon, elle se cherche un nouveau souffle dans les tiroirs du passé. Elle oublie de remettre son travail sur l’établi, de peaufiner son style trash ou en finesse, qu’importe. Elle bâcle la tâche et accouche d’un scénario bien souvent inabouti, parcouru par une idée, dans le meilleur des cas, et le néant le plus souvent. Heureusement, il existe encore des comédies à la française qui font ses beaux jours s’inscrivant dans son âge d’or pour reprendre avec brio le flambeau, mais c’est un autre film.
Patrick Van Langhenhoven
aucun
Titre original : Robin des bois, la véritable histoire
Titre québécois :
Réalisation : Anthony Marciano
Scénario : Anthony Marciano et Max Boublil
Direction artistique : Krisztina Szilágyi
Décors :
Costumes : Frédéric Tournant (costumes créés par Olivier Bériot)
Montage :
Musique :
Photographie :
Son : Christian Monheim
Maquilleur : Rita Horvath
Production :
Sociétés de production : Adama Pictures, Mars Films, M6 Films, UMedia
Sociétés de distribution : France Mars Distribution
Budget :
Pays d’origine : France
Langue originale : français
Format : couleur - 2,35:1 - son Dolby numérique
Genre : comédie
Durée : 1h27
Distribution
Max Boublil : Robin des Bois2,1
Gérard Darmon : le Shérif de Nottingham2
Ary Abittan : Petit Jean
Patrick Timsit : Alfred
Malik Bentalha : Frère Tuck
Géraldine Nakache : Marianne
Jaouen Gouévic : Raoul
Benjamin Blanchy : l'employé de Robin3
Antoine Khorsand : Petit Prince3
Eric et Quentin : Gaston et Firmin
M. Pokora: Robin des Bois (Caméo)