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affiche Razzia

Razzia

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Un film de Nabil Ayouch ,
Avec Maryam Touzani, Arieh Worthalter, Abdelilah Rachid,

Genre : Drame psychologique
Durée : 1h59
Maroc

En Bref

Notre histoire prend racine dans les montagnes de l’Atlas, dans une petite école et son professeur à l’image de la nouvelle L’hôte d’Albert Camus. Abdallah enseigne dans la langue berbère à des petits écoliers prometteurs les bases d’un savoir pour grandir plus tard. Les sciences et une partie des cours ont lieu sur fond de montagne et de torrents limpides. Il est amoureux d’une jeune veuve et la vie coule comme un ruisseau vers la mer. L’arrivée d’un fonctionnaire du ministère et l’imposition de la langue arabe bousculent l’idéologie d’Abdallah. Il ne supporte pas de voir ses enfants souffrir face à l’incompréhension des gens de la ville. Il refuse le combat et abandonne tout pour se réfugier à Casablanca comme un ermite. Yto, la veuve, n’abandonne pas la lutte et part un peu plus tard avec son fils Ilyas en quête de cet amour perdu.

Quelques années plus tard, c’est la montée de l’islamisme et de ses règles les plus dures au sein de la société. Dans la rue, la révolte gronde et enfle comme un fleuve en colère, incapable de rejoindre la mer. C’est ici que notre histoire retrouve le fil des cœurs perdus, des blessures d’une jeunesse avide d’autre chose que l’obscurantisme. C’est ici, au cœur de Casablanca, avec le film en toile de fond, que se tissent les destins de plusieurs personnages. Ilyas, jeune élève timide, devenu adulte, fils de la veuve, travaille pour Joe. Il est patron d’un restaurant réputé, dernier Juif à croire encore que le monde n’a pas changé. Joe cherche l’amour et l’espérance dans cette société qui bouge. Inès, jeune fille de bonne famille, n’accepte pas que la jeune servante épouse Omar.

Mariage arrangé, forcé, c’est une injustice pour Inès qui aime d’un amour interdit son amie. Hakim, musicien en quête de célébrité, tente de trouver la reconnaissance d’un père qui le rejette en silence. Il vit dans l’ombre de Freddie Mercury et compose des chants de révolte moderne. Salima danse sur la vie et cherche dans les yeux de son mari l’espoir d’une vie à deux partagée. C’est au cœur d’une nuit torride, emportée par la foule qui gronde et hurle son refus de l’obscurantisme, que toutes ces existences fragiles au bord de la falaise du monde tomberont dans le vide pour se relever ou s’effacer et mourir dans le cœur des étoiles. Ces étoiles impassibles, petites lucioles accrochées au-dessus des cimes de l’Atlas, veillent sur les âmes des vivants.


Après le choc des Chevaux de dieu, Much Loved, Nabil Ayouch continue de dénoncer une certaine forme de la société marocaine. Nous retrouvons toujours l’impact de la religion, détruisant par son obscurantisme archaïque, un monde plein de promesses. Il nous propose un film choral sur des morceaux de vie jetés aux vents des saisons de l’oubli. Des bidonvilles de la Médina aux quartiers huppés de Casablanca, tous ses personnages possèdent la même envie d’un monde plus juste et meilleur pour s’accomplir. Il commence par ce professeur qu’Albert Camus n’aurait pas renié. Il enseigne au cœur des montagnes les bases d’un savoir à de jeunes Berbères souvent oubliés par le gouvernement. C’est l’enseignement humaniste prenant l’espace pour champ de découverte, du ruisseau aux étoiles, dans la nuit profonde des cimes enneigées. Face à une nouvelle loi obligeant à pratiquer l’enseignement en langue arabe, il préfère la fuite à la lutte. Cet homme nourri de poésie est-il un lâche ? C’est la question que se pose le spectateur devant son refus de combattre. Il sait peut-être que ce dernier est déjà perdu d’avance et préfère l’oubli. Yto, la jeune veuve qu’il aime, grave sa lutte sur son corps et part pour le retrouver à Casablanca.

Elle représente ces familles, ces femmes quittant la campagne pour la ville. Elle réussit à construire une autre vie, pendant que certaines se perdent et finissent par se prostituer. C’est toute la société que le réalisateur examine sans concession. Dans la rue, la foule manifeste pour ou contre. C’est la colère qui guide leurs pas et non le dialogue. Ilyas est un de ces jeunes berbères en manque d’instruction, tentant de faire sa place dans ce monde de folie. Hakim est un enfant des bidonvilles qui essaye de s’élever par la musique. En toile de fond, le film traite de l’homosexualité et de ces jeunes gays que l’on rase comme autrefois certaines femmes fautives chez nous. Pendant ce temps, Salima, un des plus beaux portraits, danse pour oublier, ne pas laisser la vie la guider mais devenir son propre guide. Dans cette galerie nombreuse, elle est cette jeune femme mariée qui essaye de rattraper une vie perdue. C’est quand elle comprendra, comme le professeur, que le combat est perdu qu’elle choisira une autre vie.

Nabil Ayouch et sa coscénariste, Maryam Touzani, aiment les portraits de femmes fortes et solides qui ne laissent pas le destin s’écrire sur le sable. Inès, petite-bourgeoise amoureuse d’une autre femme, est prête à se noyer dans le monde, quitte à en mourir. C’est une figure toute en finesse qui explose et finit par comprendre où est sa place. Le dernier portrait de cette galerie, le restaurateur juif, croit encore, à l’inverse de son père, qu’il est possible de vivre dans ce monde qui se transforme. Ils se débattent comme ils peuvent face à la tempête qui gronde et modifie tout sur son passage. La poésie, l’espace avec son horizon infini du début du film finissent par disparaître pour laisser place à la ville et ses bidonvilles, prisons des cœurs. Le film s’achève pourtant sur une image symbolique, la mer des origines et la naissance pour promesse.

Patrick Van Langhenhoven

Note du support : n/a
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    Titre français : Razzia

    Réalisation : Nabil Ayouch

    Scénario : Nabil Ayouch et Maryam Touzani

    Photographie : Virginie Surdej

    Son : Zacharie Naciri

    Montage : Sophie Reine

    Pays d'origine : Maroc-France-Belgique

    Format : Couleurs - DCP

    Genre : drame

    Durée : 119 minutes

    Date de sortie : 14 mars 2018

Distribution

    Maryam Touzani : Salima

    Arieh Worthalter : Joe

    Amine Ennaji : Abdallah

    Abdelilah Rachid : Hakim

    Dounia Binebine : Inès

    Abdellah Didane : Ilyas

    Kamal El Amri : Hamza

    Lyna Bennani : Ghita