Nymphomaniac s’ouvre sur une puissante musique métal, Lars Von Trier nous plonge directement dans l’atmosphère obscure qui tiendra pendant tout le film.
Nymphomaniac est l’histoire du parcours érotique d’une femme, de sa naissance jusqu’à l’âge de 50 ans, racontée par le personnage principal, Joe, qui s’est autodiagnostiquée nymphomane.
Par une froide soirée d’hiver, un homme, Seligman, découvre Joe dans une ruelle, rouée de coups. Après l’avoir ramenée chez lui, il soigne ses blessures et l’interroge sur sa vie. Joe lui raconte alors, en huit chapitres successifs, le récit de sa vie, riche en associations et en incidents de parcours.
Sans le prononcer, Joe fait comprendre à Seligman qu’elle est ce qu’on appelle une nymphomane. Elle nous raconte toutes les étapes qui l’ont engagée à mener cette vie. Très jeune, Joe a ressenti un besoin d’exprimer et de ressentir une sexualité. On découvre ses premiers désirs enfantins, la perte violente de sa virginité qu’elle réfutait à tout prix et le commencement véritable de la nymphomanie par le jeu érotique et sexuel auquel elle va se livrer avec son amie « B » ; ou comment la mise à prix d’un sachet de chocolat se transforme en un jeu pervers dans un train...
Lars Von Trier choisi de développer dans ce premier chapitre très métaphorisé, un aspect érotisé de la nymphomanie. Il opère un rapprochement entre la pêche et la nymphomanie. Tel un pêcheur qui va guetter ses proies, hameçonne sa canne et aguiche le poisson suivant trois phases plus ou moins intenses selon l’approche de la proie, la nymphomanie fonctionne de la même manière. On attire sa proie par un regard, si cela ne fonctionne pas on entre dans un processus de dénégation, de tristesse et de victimisation qui éveille un sentiment d’empathie à l’autre et qui l’attire finalement à soi, et si cela ne fonctionne toujours pas, on passe à la troisième phase qui est la tromperie, flouer les désirs de l’autre et le perdre pour en venir à soi, le titiller jusqu’à ce qu’il se donne à soi.
Lars Von Trier dresse un portrait humain de Joe. Il ne se contente pas de la montrer en tant que nymphomane, mais nous explique par l’intermédiaire de Seligman, personnage soutien, à qui elle va se confier, comment elle ressent sa nymphomanie. Si elle est comme cela, c’est par désir, et non par nécessité. Elle ne conçoit pas encore que c’est un mal auquel elle va devoir faire face. Elle prend du plaisir et se satisfait dans cette situation. La seule chose qui la blesse, c’est le mal qu’elle fait aux autres. Les stratagèmes et les manipulations auxquels elle va se donner pour arriver à ses fins et qui font du mal à ceux qui se prennent dans son filet.
Ce premier chapitre, assez soft, est donc une découverte intéressante de ce qu’est la nymphomanie par rapport à l’angle choisi par Lars Von Trier. Mais la fin nous laisse présager que le deuxième chapitre sera plus cru.
Anaïs Ferrah
Nymphomaniac – volume 1, le nouveau film du provocant génie Lars Von Trier est enfin sorti sur nos écrans après des mois de rumeurs et de campagne érotico-commerciale à son sujet. Malheureusement, le public devra se contenter de deux films de 2 heures chacun plutôt que de la version unique de 5h30 initialement voulue par le réalisateur danois. Il est toujours regrettable de voir une oeuvre dont le montage a été dicté par la loi du «final cut » d'un producteur plutôt dans la version souhaitée par son créateur, mais prenons le film tel qu'il nous est présenté et forgeons- nous, spectateur, notre propre opinion sur ce nouvel ovni danois. Lars Von Trier qui s'est fait connaître du grand public comme l'un des fondateurs du Dogme 95 (Les idiots en 1998) a su s'éloigner petit à petit des contraintes de ce mouvement pour imposer son style inventif et esthétique. Ses films ont souvent pour thème l'individu face au drame, ses films sont néanmoins tous différents (il s'essaye même à la comédie musicale avec Dancer in the Dark, palme d'or en 2000) et reflètent souvent l'état psychologique du réalisateur. L'on se souvient encore de l'horrifique Antichrist (2009) réaliser par un Lars Von Trier aux idées noires... Mais quand est-il de Nymphomaniac ?
Dans ce film, nous suivons Joe, une quinquagénaire retrouvée inconsciente et salement amochée dans une ruelle par un vieux célibataire du nom de Seligman. Joe refuse d'être emmenée à l'hôpital mais accepte la tasse de thé que lui propose Seligman... allongé dans un petit lit, elle va alors se confier à cet homme et lui fait le récit de sa vie érotique, elle qui s'est auto-diagnostiquée nymphomane.Le film de Lars Von trier est donc divisé en 8 chapitres qui brossent le parcours sexuel de Joe (magistralement interprété par Charlotte Gainsbourg). Chacun de ces épisodes est commenté à la fois par Joe, qui porte un regard très noir sur sa personne et par Seligman, qui tente de rationnaliser les actes et pensées de cette femme.Soyons clair, le film n'est pas franchement joyeux et n'est certainement pas pour un public jeune (quel intérêt de sortir une version pudique interdite au moins de 12 ans lorsque l'on voit sur nos écrans des films bien moins bons mais beaucoup plus explicites ?). La première séquence du film est baignée d'une ambiance sombre (le visage tuméfié de Joe et le groupe allemand Rammstein en fond sonore n'aidant pas) qui pourrait nous rappeler le très esthétique mais très choquant Antechrist où Charlotte Gainsbourg y interprétait déjà une femme instable.
Pourtant la suite de Nymphomaniac est nettement plus jouissive et drôle (oui drôle) que la bande annonce ne le laissait présager. La construction en chapitres permet au film d'acquérir un dynamisme assez rare dans le cinéma actuel et qui permet au spectateur de supporter les scènes les plus dures parce qu'il sait pertinemment que dans peu de temps le film « sera passé à autre chose ». Sans rien perdre de son irréprochable sens de l'esthétique, Lars Von Trier pratique allègrement l'humour noir et les paraboles ironiques dans ce film contrebalancé par la détresse du personnage de Joe. A la manière des discours que Seligman tient à sa triste amie, Lars Von Trier semble lui aussi vouloir dédramatiser le sujet de son film. L'addiction sexuelle peut être drôle comme tragique et c'est avec ces deux sentiments qu'oscille constamment le film. L'histoire s'offre une mise en scène travaillée et audacieuse (jeux de surimpressions, montage vif)
Le casting du film est grandiose, le réalisateur comptant sur ses amis acteurs de toujours (Charlotte Gainsbourg, Willem Dafoe et Stellan Skarsgård entre autres) mais aussi sur de nouveaux visages venant pénétrer son monde : Uma Thurman (qui nous offre une prestation incroyable) ou encore Shia Lebeouf qui prouve une nouvelle fois qu'il a beaucoup à offrir au cinéma. Cette panoplie de stars va à l'encontre de la pensée simpliste des détracteurs du cinéma de Lars Von Trier uniquement capable de voir dans ces films du porno refoulé... Non, le film a beaucoup plus à offrir et mérite d'être vu comme une œuvre à part entière et pas comme le délire d'une sado-masochiste refoulée. Lars Von Trier n'a plus rien à prouver sur son talent et son audace, Nymphomaniac – volume 1 est à voir d'urgence car que l’on aime ou que l'on déteste le propos et la mise en image, il fait partie de ces films qui ne laissent pas indifférent.
Sarah Lehu
Bonus:
Interviews de Stacy Martin, Charlotte Gainsbourg, Shia LaBeouf et Stellan Skarsgård
Et plus encore...
la version Director's Cut
- le film "Nymph()maniac" en version Director's Cut contenant 85 minutes de plus)
- boîtier digipack avec fourreau
DVD 3 :
Entretien avec Stacy Martin (10')
Entretien avec Shia LaBeouf (9')
Entretien avec Charlotte Gainsbourg (12')
Entretien avec Stellan Skarsgård ((11')
Entretien avec le réalisateur Jørgen Leth (Five Obstructions), par Philippe Rouyer (10')
"Plus c'est long, plus c'est bon ?" : commentaire comparé par Philippe Rouyer (27')