Luc Besson revient à la réalisation avec cette comédie noire tirée du livre de Tonino Benacquista, fameux scénariste qui collabore principalement avec Jacques Audiard.
Le résultat : un mélange jouissif des Affranchis, de Scarface et de Bienvenue chez les Ch'tis. Les dialogues, quant à eux, rappellent les films de Tarantino (Pulp Fiction, Reservoir Dogs) ou ceux de Guy Ritchie (Arnaques, crimes et botanique, Snatch). Le film revisite le film de mafia à la sauce normande en racontant l'histoire de cette famille qui débarque à Cholong-Sur-Avre, paisible bourgade du nord-ouest de la France. En effet, Giovani Manzoni a vendu tous ses copains au FBI et se retrouve dans un programme de protection du FBI afin d'éviter les représailles de son ancien clan.
Luc Besson casse les codes du film noir avec cette comédie enlevée, où violence et rires se mêlent sans dissonance.
La désacralisation du mythe du gangster passe par son ancrage dans le quotidien français des années 1990 (la décennie où Scorsese, ici producteur exécutif, modifiait à jamais l'image du gangster), dans une posture proche des frères Coen. Si le personnage principal essaye de nous convaincre par le biais de ses mémoires qu'il est avant tout un homme bon, l'ensemble du film démontre le contraire pour mettre en avant ses tendances psychopathiques.
Tendances largement partagées par sa femme et ses deux enfants chéris, l'aînée étant une suicidaire agressive et son cadet un calculateur froid et sans pitié. Et ce sont les habitants de ce village paisible qui vont en pâtir, des plus hautes institutions jusqu'au voisin proche.
Cet équilibre bouleversé sert aussi à accentuer la chronique de cette famille insolite. Déracinés malgré eux, ayant des problèmes d'empathie et victimes du racisme ordinaire, ils sont systématiquement en décalage avec les autres.
Ce décalage ne disparaitra qu'à une occasion du film, celle du ciné-club. Robert De Niro, sacralisé par Martin Scorsese comme gangster ultime et Michelle Pfeiffer, icône de la femme de mafieux depuis Scarface, répondent dans cette scène à un discours métatextuel jouissif et à propos, où le personnage va regagner sa place dans l'imaginaire collectif. Tommy Lee Jones, archétype de l'agent du FBI, fera tout pour contenir Giovani jusqu'à cette scène, où De Niro se retrouve confronté à son doppleganger.
À la suite de cette révélation (qui se passe dans un cinéma, rappelons-le), la famille éclatée va se retrouver dans les armes et le sang pour une fusillade finale d'anthologie, Luc Besson retrouve ici toute la verve de sa mise en scène, et renoue avec les scènes qui ont fait le succès de son cinéma. Les scènes de bravoure rappellent les meilleures séquences deLéon ou de Nikita. Du village, il ne restera que charpie et décombres, après cette longue scène de destruction qui permet à la famille d'exorciser les conflits qui l’animaient… Pour mieux recommencer ailleurs, comme le signale Giovani Manzoni !
Reda B
Bonus:
Making of : Les 10 règles pour devenir un bon mafieux (22')
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