Wade Vogel est un homme de la terre, un paysan, accroché aux valeurs sûres, le vent caressant la plaine, la graine qui germe, le feuillage qui chante ou le soleil jouant des couleurs de la vie au couchant ou au levant. La vie et la famille rythment les jours qui passent avec la ferme et les champs à fertiliser. Quand le monde bascule avec la nouvelle pandémie, le Necroambulist, il vous transforme en un mort-vivant avec un fort penchant au cannibalisme. Vos congénères deviennent des garde-manger et toute trace d’humanité, d’amour, vous quitte, vous vous trouvez débordé par ce besoin impératif de survivre dans la mort.
Le cinéma nous l’avait prédit, aussitôt mordu, aussitôt mangeur de chair humaine. Rien ne se déroule comme cela, le germe vous laisse un répit avant le grand basculement, la métamorphose finale. Lorsque Maggie, sa fille, se fait infester, Wade accepte l’évidence, la ramène à la maison pour les derniers jours de tendresse avant la fin. Comme le crabe dévoreur, les derniers instants deviennent des perles précieuses à accrocher aux souvenirs du temps présent. Contrairement à ce que chante le poète, avec le temps, tout ne s’en va pas, mais revient en force. Remariée, Maggie est tout ce qu’il reste de cet amour ancien qui s’ouvre de nouveau à la douleur. Wade refuse l’évidence, la mort ne peut lui jouer ce tour, l’éternité existe, mais il n’y aura peut-être jamais de lendemains qui chantent.
Un film de Zombie avec Arnold Schwarzenegger, nous nous attendions à un long chemin de violence tailladant dans la mort pour retrouver le dernier amour de sa vie, sa fille. Première bonne surprise, c’est un Wade Vogel taiseux, tout en finesse, loin du baroudeur de service d’autrefois. C’est l’homme de la terre, il aime, mais ne le dit pas. Maggie représente l’avenir, ce qui nous rend éternel, nos enfants prolongent notre trace sur terre. Plus que cela, c’est le temps de l’amour. Certes il aime sa nouvelle femme et son fils plus jeune, mais le premier ne s’efface jamais. Le choix d’un paysan, d’un homme de la terre, devient symbolique et intéressant. C’est la vie, la graine semée, la nourriture. Face à lui se présente la mort, les chairs nécrosées sur ce qu’il possède de plus cher.
Une terre stérile, elle ne donnera plus jamais rien, condamnée à la mort. Le sujet se situe là, dans ces derniers moments avant que ceux que nous aimons ne disparaissent à jamais. Comment supporter ces derniers instants, leur survivre et continuer à arpenter le monde ? Le Necroambulist se voit, pourrit les chairs, d’où le métier de fermier et le rapport à la terre. Je pense que le zombie, comme le cinéma populaire, colle aux inquiétudes de notre société. Il remplace l’heroic fantasy et la science-fiction avec un monde qui ne peut plus postuler sur son avenir. Aujourd’hui la crise s’éloigne et la SF revient en force, avec une thématique de voyage vers ailleurs. Depuis La nuit des morts-vivants, ce cinéma évolue dans la critique de notre société de consommation.
Il passe d’un être sans avenir, errant à l’horizon bouché, comme notre société avec la crise. Il prend un autre aspect, on peut en guérir, il représente une maladie comme le cancer où la fin est annoncée. Abigail Breslin vole souvent la vedette à Arnold Schwarzenegger, magnifique dans le rôle de cette jeune fille comprenant l’échéance finale et l’acceptant. C’est la famille éclatée, qui ne se reformera pas. Elle nous ramène à la réalité actuelle, les familles recomposées, ou monoparentales. L’Amérique abandonnerait-elle le vieux rêve d’une famille idéale et complète ? Pour son premier film, Henry Hobson prend le temps, installe l’ambiance, joue sur le non-dit et les séquences où le père et la fille se confrontent à la venue de la mort.
C’est bien les derniers beaux jours qui l’intéressent, tout le reste représente la toile de fond. Le film devient intimiste et se centre uniquement sur le père et la fille, pas de centre de quarantaine, de mouroirs finaux. Nous retrouvons souvent des ambiances nocturnes ou crépusculaires, surtout sur la seconde partie. Tout repose sur le jeu des acteurs. Ils nous entrainent à l’ultime frontière avant le néant. C’est un nouveau regard sur les zombies annonçant une transformation du genre, à suivre.
Patrick Van Langhenhoven
Bonus:
Les coulisses du tournage
Interviews
Bandes-annonces
Titre original : Maggie
Réalisation : Henry Hobson
Scénario : John Scott 3
Direction artistique : Gabor Norman
Décors : Julie Ziah
Costumes : Claire Breaux
Photographie : Lukas Ettlin
Montage : Jane Rizzo
Musique : David Wingo
Production : Matthew Baer, Colin Bates, Trevor Kaufman, Pierre-Ange Le Pogam, Arnold Schwarzenegger et Joey Tufaro
Sociétés de production : Inferno Entertainment ; Gold Star Films, Lotus Entertainment, Silver Lining Media Group et Silver Reel (coproductions)
Société de distribution : Lotus Entertainment
Pays d'origine : États-Unis
Langue originale : anglais
Format : couleur
Genre : film d'horreur post-apocalyptique
Distribution
Arnold Schwarzenegger : Wade
Abigail Breslin : Maggie
Joely Richardson : Caroline
Aiden Flowers : Bobby
Carsen Flowers : Molly
J. D. Evermore : Holt
Raeden Greer : Allie
Mattie Liptak (VF : Maxime Baudouin) : Mason