Leur relation commence comme toute histoire d’amour, par la séduction, le jeu des approches et des regards, des mains qui se frôlent des corps finissant par s’épouser. Scott s’installe chez Liberace, qui le couvre de cadeaux, de bijoux et de baisers comme un amoureux prisonnier de sa muse. Le fin finira dans la violence d’un amour qui aura tout donné, tout consumé pour finir par exploser.
Il résume toute la filmographie de ce réalisateur qui souvent choisissait de se remettre en question. Mensonge et vérité frappent nos esprits, comme le miroir et son reflet. Une thématique que nous retrouvons couramment dans le cinéma de Soderbergh au premier film prémonitoire Sexe Mensonges et Vidéo. Au strass, paillettes, clinquant des costumes et des décors où évoluent les personnages, répondent les sentiments qui les animent, les extasient, et les déchirent. Tout est apparence et sens de la démesure, du show comme un spectacle où la vie est mise ne scène à travers la musique. Il met en scène sa vie comme ses spectacles. Liberace aimait les pianistes showmen comme Paderewski ou Liszt. Ses concerts mélangeaient allégrement le classique, le jazz, le boogie et les mélodies des crooners, dans un sens de la scène extraordinaire.
Le cinéma de Soderbergh est fait de grand spectacle Solaris, Ocean’s Eleven, de film plus intimistes, Magic Mike, Kafka, voire de films expérimentaux. Le cinéma est-il mensonge ou vérité ? Tout ce décor, cette envie de la démesure cachent autre chose chez Liberace. Comme Piaf, c’est un homme qui aime sans compter, sans calculer, emporté par son sentiment qui finit par l’engloutir. La caméra du réalisateur, au-delà du clinquant, saisit l’intimité de cette histoire d’amour, le jeu de la séduction et la vie de couple capable de tout partager. Comme cette scène où le postiche de Liberace pourrait dévoiler un homme diminué, vieux.
Il explore aussi cette quête de l’ultime jeunesse. Scott dira, lors de leur séparation, c’est parce qu’il est plus jeune ? C’est aussi la question de l’immortalité, de l’éternité la réponse nous sera donnée par la scène finale. Il y a aussi la volonté de convertir le jeune garçon en double. Liberace n’hésitera pas à lui faire refaire le visage, presque à son apparence, pendant que lui se fait rajeunir. L’aspect gay, proche dans son jeu de la grande folle, ne possède rien de choquant et ne vient pas transformer le sujet du film, l’histoire d’amour. Au contraire, elle oppose le clinquant du mensonge à la vérité des personnages. Si le décor est celui du cinéma, les sentiments demeurent vrais comme dans le cinéma de Soderbergh. Nous croyons à ce que nous voyons sur l’écran, même si comme dans Solaris ils se trouvent dans une situation de fiction. Nous en revenons donc sans cesse à notre thématique du début, où commence la vérité, où finit le mensonge ou vice versa ? D’ailleurs, il ne choisit pas la biographie classique de l’enfance à la mort, même si elles sont évoquées pour placer le personnage. Il se concentre sur une période de cinq ans, celle de la naissance d’un couple à son achèvement.
Dans sa mise en scène, il place d’abord le spectateur comme témoin, puis dans la descente aux enfers de Scott, la drogue et la jalousie. La caméra passe à l’épaule, se rapproche comme pour saisir l’essence de cette rupture, de cette déchéance, en finissant même de façon onirique ce qui renforce le récit. Un mot de la prestation exceptionnelle de Michael Douglas donnant tout son sens à ce personnage aussi bien dans le bling bling que dans les moments plus intimes. Il joue la partition jusqu'à nous faire croire en sa virtuosité de pianiste, lui qui n’en joue pas. Matt Damon se place dans le même registre de transformation et s’approprie un rôle dans les moindres détails. Liberace est une incarnation du rêve américain, il mène la vie qu’il s’est tracé à une époque où l’homosexualité était stigmatisé et synonyme de mise au ban de la société. Soderbergh l’illustre avec Rock Hudson l’avouant à un moment crucial du film. Ma vie avec Liberace un grand film nous en dit bien plus sur notre société que nous le pensons, à découvrir sur vos écrans.
Patrick Van Langhenhoven
Bonus :
Making of
Featurettes
Bandes-annonces
Casting
Boyd Holbrook (V. F. : Rémi Caillebot) : Cary James