Il était une fois cinq adolescents qui venaient de laisser derrière eux l’enfance et, aux portes de l’âge adulte, tentaient le dernier slalom de Newton Haven. Le deal, suivre la longue lignée de pubs, de pinte en pinte jusqu’au dernier, The World’s End (La Fin du Monde). Pour une raison demeurée secrète, nos ados, bien imprégnés de la spécialité alcoolisée locale, échouent à la porte de la fin du monde. Un peu plus de vingt ans plus tard, et toujours le cerveau d’un ado, Gary King, le roi de la bande, réussit à convaincre ses vieux potes d’achever enfin l’épreuve. La longue quête du Saint Graal commence sous de bons auspices mais une découverte extraordinaire risque bien de reproduire l’échec d’autrefois. Qu’importe, s’il faut anéantir des hordes de petits hommes verts venus d’ailleurs. Ho hisse et ho, nous irons au The World’s End, coûte que coûte.
Avis de Patrick Van Langhenhoven
Après les zombies Shaun of the Dead et le film d’action Hot Fuzz, Edgar Wright achève sa trilogie cornetto (un gag récurrent lié à cette marque) avec brio avec les extraterrestres. Le dernier pub avant la fin du monde joue sur les univers décalés et l’humour à l’anglaise pour nous parler de la quête du Graal. Les petits hommes verts sont aussi le prétexte pour aborder ces quarantenaires qui ne veulent plus vieillir et l’uniformisation de nos sociétés. Sous ses allures de grosse comédie qui pique aux yeux tellement on rit, le film écorche quelques vérités. Dans l’esprit de Paul et des profanateurs de sépulture, c’est tout un hommage à la SF des 50 et 80. Le film commence comme une comédie sur un adulte à l’âme d’adolescent, elle s’achève dans un délire inventif, mélangeant film de kung-fu et science-fiction, que du bonheur.
Avis d'Eve BROUSSE
Retour à la comédie pastiche pour Edgar Wright, qui avait délaissé pour un temps son pays natal pour s’affairer outre-Atlantique (avec la déconvenue de Scott Pilgrim). Pour boucler la boucle comme il se doit, le réalisateur s’attaque aujourd’hui à la science fiction, après avoir atomisé successivement le cinéma d’horreur/épouvante et le polar musclé. Le dernier bar avant la fin du monde, version éthylique de Body Snatchers, est l’occasion pour Wright de revisiter le genre avec tact et dérision mais pas que. Comme à son habitude, le réalisateur ne se limite pas à la simple gaudriole et injecte différents degrés de lecture dans son récit qui forcent la réflexion.
C’en est fini de faire les 400 coups, Garry et ses amis sont quadras, mariés, pour certains pères de famille et responsables, enfin presque… Garry est mal dans sa peau, nostalgique et secrètement plein de remords. Pour lui donc, ce barathon n’a rien d’un circuit de biture traditionnel mais relève davantage de la quête identitaire. Celle d’un homme qui a manifestement occulté les 20 ans passés et qui cherche à retrouver ses sensations de jeunesse et à reconstituer sa bande d’invincibles. Derrière le personnage de Garry, à la fois vulnérable et inébranlable, Wright dresse un portrait catégorique de l’adulescent d’aujourd’hui pour l’étendre ensuite à l’humanité en général, inconséquente, ivrogne, autodestructrice, malpolie et va même jusqu’à évoquer une solution. En effet, la bande d’arrivistes va vite découvrir que leur Newton Haven adorée est envahie par un étrange mal qui prend possession des personnes pour les rendre irréprochables, disciplinées et surtout immortelles. Nous découvrons ensuite que cette invasion est menée par une force suprême, le réseau, sorte de métaphore de notre société économique qui a la main mise sur la liberté de penser et d’agir. Dans le même temps, on a droit à un clin d’œil à la standardisation de notre mode de vie (franchises de pubs) et à la dernière préoccupation planétaire : l’énergie renouvelable (corps broyés pour faire du compost). Sans oublier une référence appuyée à la « fin du monde » qui était censée arriver fin 2012 et bousiller le champ magnétique de la Terre. Le tout pour conclure sur la ténacité et l’entêtement humain qui aura raison de ses envahisseurs.
Une intrigue pour le moins riche (coécrite par Wright et Pegg), soutenue par des comédiens hors pairs qui prennent un plaisir manifeste à suivre Simon Pegg dans ses pérégrinations. Mené tambour bâtant, le récit enchaine dans une hystérie légèrement excessive les scènes de baston incroyables (avec démembrements de robots à la clé), les vannes (l’humour anglais et le bagou de Pegg auront raison de vous) et les nombreux rebondissements (plus ou moins improbables). Moins inspirée que la référence Shaun of the Dead, la mise en scène nous sert tout de même quelques séquences loufoques et un bel enchainement lors des règlements de comptes. Le tout monté sur une bande originale qui rend un bel hommage à la BritPop des 90’s à l’image de cette scène où les cinq barathoniens remontent la rue vers le prochain bar sur Alabama song (Whisky bar) des Doors. On aurait presque envie de les suivre.
Côté interprétation, Simon Pegg souffle le froid et le chaud à la perfection pour que, malgré la blague monumentale, certaines scènes plus sérieuses conservent tout leur retentissement. Pour autant, on sent que l’amitié est véritablement au centre de cette grosse farce où chacun joue sa partition en cabotinant juste ce qu’il faut. Film de SF éthylique qui cherche un peu sa fin, Le dernier pub avant la fin du monde brille surtout par cette constante ambiguïté qui flotte tout le long : sont-ils vraiment envahis par les robots-extraterrestres ou tout ça n’est qu’une hallucination générale ? Sympathique façon de boucler en beauté cette trilogie aux trois saveurs.
Bonus:
uniquement en BR
- Les scènes coupées
- Le making of (la fin du Barathon)
- Le film commenté