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affiche La vénus à la fourrure

La vénus à la fourrure

___

Un film de Roman Polanski ,
Avec Emmanuelle Seigner, Mathieu Amalric ,

Genre : Comédie dramatique
Durée : 1H33
France

En Bref

Une longue allée d’arbres et la tempête furibonde gronde et frappe à la porte d’un théâtre perdu dans un no man’s land des salles oubliées. Sur le plateau, le metteur en scène peste contre les actrices sans talent. Elles ânonnent le texte, le blessent, le déchirent, jeunes filles vulgaires sans noblesse. Entre une femme qui s’avance en se déhanchant, prostituée antique à la voix vulgaire, mâchouillant son chewing-gum. Une de plus, pense le  créateur de la pièce.

Elle arrive, malgré le refus insistant de l’auteur à se lancer dans la scène d’ouverture. Miracle, métamorphose du vilain petit canard, le ton change, la voix devient celle de Vanda, la femme dominatrice, séductrice qui piège les hommes dans ses griffes. Thomas tombe sous le charme et s’engage alors un jeu pervers semblable au thème de la pièce. Une danse cruelle où le texte de Sacher-Masoch devient le point d’appui d’un enjeu plus grand. Le combat entre l’homme et la femme, la comédienne et le créateur, le vulgaire et le sublimé, le mythe et l’ordinaire, peut commencer. Ils trouvent tous leur place dans cette fable où la femme passe d’objet à déesse.

Oublions le sadomasochisme, le thème est beaucoup plus vaste, c’est bien la place de la femme dans nos sociétés. Cet étrange objet du désir nous met dans tous nos états et devient le culte de toutes nos adorations. Thomas finit par ne plus savoir quel est son sexe, piètre pantin costumé en son héroïne. Avec brio, après un premier film à trois personnages qui le fait reconnaître comme le réalisateur phare de la jeune vague polonaise au début de sa carrière, Polanski pousse encore plus loin son envie du huis-clos après un jeu à quatre acteurs dans Carnage. Il achève par un duo qui, comme dans ce dernier, commence par des politesses et se déchire au final. La vérité se montre bien plus grande, il ne s’agit ni plus ni moins que du rapport entre l’homme et la femme. La mise en scène brillante s’appuie sur le lieu, les comédiens, pour respirer, relancer l’action et piéger le spectateur. 


Une longue allée d’arbres et la tempête furibonde gronde et frappe à la porte d’un théâtre perdu dans un no man’s land des salles oubliées. Sur le plateau, le metteur en scène peste contre les actrices sans talent. Elles ânonnent le texte, le blessent, le déchirent, jeunes filles vulgaires sans noblesse. Entre une femme qui s’avance en se déhanchant, prostituée antique à la voix vulgaire, mâchouillant son chewing-gum. Une de plus, pense le  créateur de la pièce.

Elle arrive, malgré le refus insistant de l’auteur à se lancer dans la scène d’ouverture. Miracle, métamorphose du vilain petit canard, le ton change, la voix devient celle de Vanda, la femme dominatrice, séductrice qui piège les hommes dans ses griffes. Thomas tombe sous le charme et s’engage alors un jeu pervers semblable au thème de la pièce. Une danse cruelle où le texte de Sacher-Masoch devient le point d’appui d’un enjeu plus grand. Le combat entre l’homme et la femme, la comédienne et le créateur, le vulgaire et le sublimé, le mythe et l’ordinaire, peut commencer. Ils trouvent tous leur place dans cette fable où la femme passe d’objet à déesse.

Oublions le sadomasochisme, le thème est beaucoup plus vaste, c’est bien la place de la femme dans nos sociétés. Cet étrange objet du désir nous met dans tous nos états et devient le culte de toutes nos adorations. Thomas finit par ne plus savoir quel est son sexe, piètre pantin costumé en son héroïne. Avec brio, après un premier film à trois personnages qui le fait reconnaître comme le réalisateur phare de la jeune vague polonaise au début de sa carrière, Polanski pousse encore plus loin son envie du huis-clos après un jeu à quatre acteurs dans Carnage. Il achève par un duo qui, comme dans ce dernier, commence par des politesses et se déchire au final. La vérité se montre bien plus grande, il ne s’agit ni plus ni moins que du rapport entre l’homme et la femme. La mise en scène brillante s’appuie sur le lieu, les comédiens, pour respirer, relancer l’action et piéger le spectateur. 

Le sadomasochisme, vénération de l’autre au travers  de sa domination dans un jeu pervers où la fourrure et le cuir deviennent les emblèmes de la déviance. Est-ce un jeu ou un comportement obscur, éructé, éjaculé du fond des ténèbres de l’âme ? Sur le sujet, Polanski, comme l’auteur de la pièce, s’amuse et le tourne en dérision. Le centre du récit, c’est le jeu de séduction entre le metteur en scène et sa comédienne. Au début, il semble mener le jeu, lui dicter ses désirs, ses choix. Peu à peu, elle commence par refaire la lumière, replanter le décor, et au final, lui proposer sa version. Il trouve en elle la muse pour incarner les mots de son imaginaire, donner forme à ses fantasmes. C’est bien tout ce désir transformé en jeu de soumission, consentie ou non, de rapport à l’autre, de miroir, qu’explore le film.

L’actrice, dans cette frontière entre réalité, imaginaire et fantasme, répond à une volonté du metteur en scène. « A poil sur scène ? Pas de problème. Je vous fais ça gratuitement ». Plus loin, nous trouvons cette phrase : « Le sadomasochisme, je connais, je travaille dans le théâtre ! » Revenons à cette mise à nu. Si dans le physique c’est bien elle qui ôte ses vêtements, dans l’aspect moral, c’est lui qui se retrouve mis à nu. Le film joue sans cesse de cette finesse, cette frontière entre le vulgaire, l’apparence et quelque chose de bien plus profond. Quand nous lui posons la question sur le nombre de caméras, Roman Polanski répond : « Une seule caméra. Il n’existe qu’un seul meilleur angle. »

Vanda représente toutes les femmes, elle est l’esprit des femmes, c’est à cela que se confronte Thomas et, forcément, il a perdu d’avance. Au final, ficelé sur son cactus phallus piquant, il assiste à la bacchanale de la femme, redevenue déesse mère, prostituée des temples, fille de Dionysos. Comme Thomas est aussi l’incarnation d’une partie des hommes, ceux qui tentent sournoisement de se hisser au-dessus de la mère. Polanski décompose le personnage, le jette à terre à travers l’ironie et le rire. Ce n’est pas la première fois. Dans Le locataire, Lunes de fiel, Rosemary’s Baby, nous trouvons cet aspect nihiliste, vidant le personnage de sa substance. Nous pouvons aussi faire référence au Bal des Vampires, Le couteau dans l’eau, Tess, La neuvième porte, Chinatown, The Ghost Writer, Le pianiste, bref une grande partie de la filmographie de l’auteur se retrouve dans ce film.

Il se défend du choix de Mathieu Amalric pour sa ressemblance avec lui, que Steven Spielberg lui avait déjà fait remarquer. C’est peut-être que Mathieu accentue celle-ci, comme il le dit. Il y aurait encore beaucoup à dire sur La Vénus à la fourrure, peut-être l’occasion d’en faire l’une de nos news, approfondie. Nous terminerons par la prestation des deux acteurs. Emmanuelle Seigner,  sublime dans l’un de ses meilleurs rôles passe du vulgaire au sombre et d’autres registres dont seule la femme a le secret. Mathieu Almaric joue plus sur le demi-ton, de petits riens qui subjuguent et donnent à son personnage plus de tonalité. La scène où, pathétique, déguisé en Vanda, il tente d’interpréter un rôle dont il est si loin. C’est donc avec impatience que nous attendons le prochain film de Polanski sur l’affaire Dreyfus. En attendant, savourons une fois de plus ce tour de force, cette leçon de cinéma sur le huis clos qui explose les dimensions.

Patrick Van Langhenhoven     

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