Tout commence avec une famille tranquille, la mère passe son temps à peindre et la fille, clouée dans un fauteuil depuis sa naissance, profite du temps qui passe. Comme dans toute bonne famille, on se chamaille de temps en temps, on a le spleen qui démange et les arcs-en- ciel de la réconciliation qui enchantent. Un étrange cadeau, livré par un petit gars qui drague ouvertement la jeune fille en fauteuil risque de perturber cette vie de reclus dans le vieux manoir. C’est une jolie poupée aux cheveux de feu et au sourire rêvé des anges. Le lendemain, horreur, Nica découvre le corps de sa mère baignant dans une mare de sang. Pas de coupable en vue, la pauvre glisse et se fracasse en bas dans le hall d’entrée, comme une poupée désarticulée. La sœur et sa petite fille, Alice, rejoignent la pauvrette éplorée pour mettre en terre leur génitrice. Tout le monde se retrouve dans la maison pour partager sa peine et tenter de reprendre le cours de la vie. Alice, la petite, se retrouve avec une jolie poupée, nouveau compagnon de jeu et de confidences. Elle ignore que le cauchemar ne fait que commencer. L’horreur entre dans la maison. La créature de celluloïd n’est pas du tout sympathique. La nuit promet d’être longue et remplie d’effroi à cause, non pas des chouettes extérieures, mais des cris de mort et de douleur. Pourquoi Chucky, avec dans son corps l’esprit d’un serial killer assoiffé de sang et de haine, intéresse-t-elle cette famille ? Quel lien la relie à la première victime et aux suivantes, pourquoi tant d’acharnement ? Quels comptes souhaite-t-elle régler dans le grand livre de l’enfer ?
« Tu veux jouer avec moi ? »
« Tu veux jouer avec moi ? »
Les deux derniers volets de Chucky, s’appuyaient plus sur la comédie horrifique, loin de Jeux d’enfants qui en 1988, traumatisa bien des jolies têtes blondes. La malédiction de Chucky, directement destinée à la vidéo, s’inscrit dans un retour aux sources qui relança un genre où les Jason, Vendredi 13 et Halloween, n’apportaient plus grand-chose au rayon des frayeurs dans les années 80. Le choix du manoir gothique renoue avec la tradition du film fantastique. Le début s’appuie sur le non-dit, les ambiances, plus que sur les effets trash. C’est presque un jeu de cache-cache avec le spectateur, qui attend le premier sang versé. Il est nettement moins autoréférentiel que les deux épisodes précédents. Le nouveau look de la sale gamine en images virtuelles est plutôt sympa. Le réalisateur remonte aux sources en proposant un pourquoi et un comment à l’histoire de cette garce de poupée qui vous tient la dragée haute. Sous ses allures de déjà-vu, le scénario réserve quelques surprises qui devraient ravir les fans.
Don Mancini, présent depuis le début de la franchise en tant que scénariste ou réalisateur, connaît son sujet. L’humour macabre apparaît sous forme de second de degré assez jouissif, prenant le spectateur pour complice. Il sait ce qui attend cette petite famille dès que Chucky apparaît dans son carton. Le réalisateur utilise cette connaissance pour justement s’amuser avec le public de ce qui suit. Nous retrouvons les aspects menaçants de la mise en scène, rideau qui bouge, bruits de pas dans le couloir, course poursuite et gros couteau au final. Elle garde son coté vachard de vrai saloperie, ne faisant aucune concession à ses victimes. Brad Dourif, la voix de Chucky revient en chair et en os. Il n’était apparu que dans le premier volet Jeux d’enfants. Dans l’ensemble, si La malédiction de Chucky peine parfois par ses défauts, grâce à son potentiel de sympathie et son retour aux fondamentaux, elle gagne à être vue.
Patrick Van Langhenhoven
Bonus : Scènes coupées, Bêtisier, "Jouer à la poupée" : making of , "Poupée vivante" : donner vie à Chucky , "Poupée vaudou" : l'héritage de Chucky, Storyboards comparés