Valentin, jeune peintre en rupture d’inspiration, reçoit la visite de sa grand-mère Nina. Dès sa descente sur le quai de la gare, dans le silence de l’attente, le manque de l’absence, nous sentons que ces deux-là partagent les secrets de leur âme. Pourtant, il reste un secret que la vieille émigrée juive n’a jamais partagé. Une vieille blessure profonde, elle remonte à la guerre et à ce surnom qu’elle fuit, la Duchesse de Varsovie. Valentin dévoile son manque d’inspiration, la toile blanche sur laquelle le pinceau ne trace plus aucune folie de son cœur.
Ils entament une longue balade au sein d’un Paris où, en toile de fond, la peinture devient le décor de leurs émois. Peu à peu s’installe le temps de la dernière porte secrète à franchir, ouvrir le fond de l’âme pour que les ténèbres disparaissent. Nina finit par dévoiler le dernier livre des secrets, les années sombres où les bottes de la meute folle arpentaient le pavé de Varsovie. Du petit village perdu dans la banlieue de Varsovie défile la souffrance et l’horreur d’un monde où l’humanité avait fui en partie.
« Plus le sujet est grave, plus il faut le traiter avec légèreté » Joseph Morder.
Entre le dernier Resnais, Aimer boire et chanter et le Perceval de Rohmer dans le principe d’un décor de toile peinte ou épurée le film rappelle bien entendu le jeune peintre entre un Paris des comédies musicales d’Hollywood et les impressionnistes. Les toiles sont le travail de l’artiste Juliette Schwartz. La délicatesse du décor, son côté aérien, presque fantomatique, tranche avec la révélation de la fin. La balade se veut bucolique, errance poétique et philosophique de deux êtres en quête de leurs âmes. Paris fantasmé plus que carte postale, c’est l’image rêvée des deux personnages qui les emporte et les pousse à se dévoiler. Ils connaissent le prix du rejet, lui dans son homosexualité, elle dans sa judéité. La parole commence par être légère comme un nuage sous un soleil d’été que le vent pousse.
Elle prend des couleurs et un ton plus sombre pour devenir une confession où le décor explose pour se transformer en ténèbres. Sur un fond noir, Nina raconte les années sombres, les trains emportant les vivants au pays du diable. Défilent les camps, les riens auxquels on s’accroche pour tenir, survivre. L’amitié vous tient debout quand tout s’écroule autour de vous. La poésie évolue, touche le fond de l’humanité pour libérer l’âme de cette noirceur qui la hantait. Valentin retrouve le goût de peindre et Nina, apaisée, peut regarder au loin le ciel bleu sans peur.
Dans ce chant de mort, les mots, les phrases anodines, « je m’endors toujours dans les trains » par exemple, prennent une tout autre signification. Nous comprenons combien ils obscurcissaient le présent. L’artificiel peut surprendre au départ, il s’efface derrière les mots. Le choix de deux acteurs uniques dans un dialogue aboutissant au monologue final et au silence est très astucieux. C’est bien la parole qui devient le centre du récit. Elle nous emmène tout doucement à la révélation de l’innommable, une thématique récurrente chez le réalisateur. Dans sa forme le film est à la fois très moderne et classique par certains aspects. Joseph Morder réussit un beau témoignage sur la Shoa à voir absolument.
Patrick Van Langhenhoven
Bonus :
Entretiens et avant-première
Dans les coulisses de "La Duchesse de Varsovie"
Commentaire audio du réalisateur Joseph Morder
Galerie de photos
Bio filmographie
Bande-annonce du film
Réalisation : Joseph Morder
Scénario : Mariette Désert, Harold Manning, Joseph Morder et Cécile Vargaftig
Musique : Jacques Davidovici
Photographie : Benjamin Chartier
Montage : Isabelle Rathery
Producteur : Céline Maugis
Production : La Vie est Belle Films Associés
Distribution : Epicentre Films et Caravan Pass
Pays d’origine : France
Genre : Comédie dramatique
Durée : 86 minutes
Dates de sortie : France : 25 février 2015
Distribution
Alexandra Stewart : Nina
Andy Gillet : Valentin
Rosette : Alexandra, actrice du film muet
Françoise Michaud : Elizabeth, actrice du film muet
Wojtek Kulpinski : le chauffeur de taxi
Kamel Benac : René
Muriel Reuter : l'accusatrice
Mickaël Médard : l'homme de la boîte de nuit
Joseph Morder : Serge
Robi Morder : Gaston