Dans la cour de Babel résonnent toutes les langues, les jeunes étrangers ayant soif d’éducation et d’éveil trouvent dans notre système les moyens de réaliser leurs rêves. Ils écrivent en ouverture « bonjour » dans la langue du pays qu’ils viennent de quitter. C’est peut-être la naissance du vieux rêve de la Tour de Babel où toutes les langues deviennent compréhensibles. Libye, Chine, Irlande, Syrie, Sénégal, Maroc, autant de lieux, ils marquent le départ pour un monde nouveau. Ils viennent pour des raisons multiples, celles de l’exil volontaire ou forcé par le poids des situations violentes ou de la guerre, ou de lieux où la différence ne possède plus sa place. Ils arrivent en quête d’un avenir meilleur et de ce mirage ou cette réalité d’un pays où l’éducation est reine. Ils se retrouvent en classe d’accueil pour retrouver le rythme, l’espace de l’apprentissage, pour se construire. Dans La cour de Babel, on évoque et on partage sa différence. On rêve d’une société arc-en-ciel utopique qui pourtant ici prend racine et toute sa résonance. Ils retourneront ensuite mieux armés dans les chemins de la vie pour construire une cour de Babel à l’échelle du monde.
Julie Bertucelli est réalisatrice de documentaires, souvent sur la différence, l’exil, qu’elle reprend dans ses fictions comme Depuis qu’Otar est parti ou L’arbre. Elle et son équipe posent sa caméra dans une classe d’accueil d’élèves primoarrivants, implantée au collège de La Grange aux Belles, dans le Xe arrondissement de Paris, pendant l’année scolaire 2011-2012. Elle se fond dans le sujet, l’un et l’autre s’oublient pour porter un discours vrai. Pendant un an, elle capte des regards, des gestes, des cris de rage, de joie, la vérité sans falbalas. Elle touche juste et la parole devient miracle, nous marque au cœur. Comment ne pas être ému par ces enfants remplis de l’espoir qui nous a peut-être quittés. Comme pour Le chemin de l’école, c’est un film qui narre la soif d’apprendre, l’importance de se construire par l’instruction. La maitresse, Brigitte Cervoni, se montre d’une douceur et d’un accompagnement à l’éveil digne de ces professeurs du début de l’école laïque pour tous. La caméra devient invisible et saisit la justesse des émotions, des regards, une larme, un rire, un sourire. Elle s’éloigne aussi pour les photographier dans l’ensemble, dans leurs échanges parfois vifs. Julie Bertucelli ne quitte jamais la classe, sauf pour un voyage à Chartres pour un concours de vidéo d’école et pour marquer le temps.
Ce dernier est représenté par la cour de l’école, celle de Babel où les saisons habillent les arbres de fleurs ou des couleurs du temps qui passe. Nous commençons par découvrir le bonjour en différentes langues, les raisons de leurs venues en France et la difficulté d’apprendre une autre langue sans oublier la sienne. Par exemple, la maitresse souligne l’importance de parler français, mais aussi de garder sa langue d’origine. Le film devient une leçon sur l’immigration que certains nous montrent comme un fléau d’Attila qui anéantira notre pays. Nous comprenons toute la richesse que ces enfants nous apportent et toute celle que nous leur donnons. C’est bien cet échange, ce partage des différences qui construiront le futur, j’en suis convaincu. Dans ces classes d’accueil, les enseignants sont convaincus de la construction de ce citoyen universel rêvé par la Révolution.
Patrick Van Langhenhoven
Bonus :
Entretien avec Julie Bertuccelli (22'30")
Deux ans après, rencontre avec les élèves de la classe d'accueil (9'30")
DVD 2 :
Entretien avec Brigitte Cervoni (professeur de français de la classe d'accueil) (12')
Scènes coupées (45')
Courts métrages des élèves de la classe d'accueil :
- "L'enfant Lune" (9'45") et son making of (3'20")
- "Élèves d'ici venus d'ailleurs" (15')