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affiche Jobs

Jobs

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Un film de Joshua Michael Stern,
Avec Ashton Kutcher, Dermot Mulroney, Josh Gad,

Genre : Biographique
Durée : 2h07
États-Unis

En Bref

Steve Jobs, entrepreneur visionnaire, a révolutionné le monde de l’informatique, du téléphone mobile et de la musique numérique. Figure d’innovation et de génie marketing, le gérant d’Apple était également connu pour son comportement obsessionnel, manichéen et colérique, faisant de lui le client parfait pour un biopic passionnant. Décédé fin 2011, il n’aura donc pas fallu attendre bien longtemps avant de voir fleurir les projets mettant à l’honneur ce monument de l’électronique. En attendant Steve Jobs réalisé par Aaron Sorkin (scénariste de The Social Network), on découvre aujourd’hui Jobs, une biographie libre au scénario léger et décousu mais à l’interprétation poignante, qui choisit de décortiquer l’homme derrière l’icône, de l’abandon de ses études universitaires au formidable succès de sa société. Une ascension relatée non sans quelques fausses notes.

Premier lancé dans la course aux biopic (il était en préparation bien avant le décès de jobs), le film arrive avec une longueur d’avance sur son concurrent, seulement un an et demi après sa disparition. Pour ce faire, le scénario écrit par Matt Whiteley s’est basé sur des témoignages de proches et des recherches mais a été malheureusement bouclé avant la publication de la biographie officielle signée Walter Isaacson (dont les droits ont été acquis par Sony pour le métrage de Sorkin), ce qui augure déjà quelques inexactitudes. Dans la construction propre du récit, ça commence même à dérailler dés la séquence de début. Un flash-forward étonnant introduit d’entrée le spectateur à la keynote de 2001 où Steve Jobs présente l’iPod devant un public ébahi (coup d’avance malvenu pour un film hommage) pour ensuite prendre racine en 1974, à l’université Reed College de Portland et s’achever 25 ans plus tard, lors de son retour chez Apple. En 2h de temps donc, on nous condense une tranche de vie tellement riche que ça conduit inéluctablement Whiteley à faire des coupes pour le moins inexplicables. Le scénario occulte des passages capitaux de la vie du géant d’Apple comme la rivalité Gates/Jobs résumée à un simple coup de fil, l’accident d’avion de Wozniak passé sous silence (alors que c’est une des raisons de son départ d’Apple), sans compter la traversée du désert de jobs évoquée le temps d’en parler. En effet, la création de NeXT hérite d’une ligne dans le texte et de deux photos tandis qu’on ne fait même pas mention de l’immense réussite de Pixar. Pourtant, ces deux épisodes ont largement contribué à modeler un nouveau Steve Jobs, plus réfléchi et plus à même de reprendre les rênes de son entreprise, qu’il est sur le point de sauver.

Tous ces partis pris scénaristiques étranges vont venir faire écho à la réalisation de Joshua Michael Stern, qui peine à imposer son point de vue. D’un académisme monotone, il va truffer sa réalisation de tentative vaines pour donner un peu suspense et de rythme à l’ensemble. Sa trouvaille, une succession de scénettes décousues en guise d’introduction du personnage et quelques plans rapprochés prêts à saisir l’expression habitée de l’acteur. En somme, rien d’assez substantiel pour éviter les longueurs. Il se contente alors d’emprunter la voie la plus cossarde, celle d’un film biographique purement illustratif. Fort heureusement, quelques passages ont le mérite de relever légèrement le niveau global. On pense notamment à l’altercation entre Jobs et Raskin dont l’intensité fait trembler les murs, le combat de coqs dans l’administration et la relation presque fraternelle entre Jobs et Jony Ive, le designer. Autre bonne surprise, l’interprétation d’Ashton Kutcher, d’une ressemblance troublante. L’acteur a d’ailleurs faillit y laisser sa peau en empruntant le même régime alimentaire que le grand homme, composé uniquement de fruits. Dans l’imitation, le petit rigolo de la série Mon Oncle Charlie a beau singer un peu trop sur la gestuelle et la démarche de son modèle, il a le mérite d’habiter chacune de ses réactions et de rendre un peu de sa profondeur au personnage.

Précipité par la mort de Steve Jobs et l’annonce d’un biopic concurrent, Jobs semble avoir oublié son sujet. Affublé d’un scénario à trous qui se contente de relater des faits à la chaîne, le film semble se lire comme une page Wikipédia, à plat, sans surprise et sans éclat. En faisant le choix du biopic basique et illustratif, Jobs se coupe l’herbe sous le pied et loupe son public. En effet, les afficionados du génie à la pomme retrouveront surement leurs marques tandis que les autres resteront sur la touche.

Eve BROUSSE

Support vidéo : anglais - français - Dolby digital 5.1
Langues Audio : 16:9 compatible 4/3 format d'origine respecté 2.35
Sous-titres : français / français pour malentendants
Edition : Métropolitan vidéo

Bonus

- Interview d'Ashton Kutcher (VOST)
- Interview de Xavier Niel, fondateur de Free (VOST)