Le ciel noir se noie dans l’immensité des champs de maïs, une petite ferme s’accroche dans ce décor à la Steinbeck, du temps de la crise des Raisins de la colère. C’est ici que Cooper abandonne tout espoir de rejoindre les étoiles, cloué au sol, condamné à planter la graine. Finie la grande exploration des étoiles, perdus les nouveaux territoires à conquérir des pionniers d’une nouvelle conquête de l’ouest étouffée dans l’œuf. Aujourd’hui, l’ingénieur, le pilote d’essai comme lui, se recyclent dans l’agriculture.
Son fils n’ira pas à l’université, paysan plein de promesses, son avenir est tout tracé. Murphy, sa fille, se passionne pour les sciences et un fantôme qui fait tomber les livres de sa bibliothèque et joue avec la gravité de sa chambre. Cooper reste rationnel, les fait analyser pour trouver une raison à ce qui n’en possède peut-être pas. Pourtant, un message décodé, des coordonnées secrètes l’envoient à l’autre bout de l’Etat. Cooper et Murphy découvrent des scientifiques de la Nasa travaillant secrètement à un projet pour sauver l’humanité. Le monde agonise, notre petite planète bleue voit de plus en plus les vents rageurs de la pollution englober les vivants dans un voile de mort.
Cooper se retrouve embarqué dans le projet. Ses qualités de pilote pourraient faire le plus dans cette expédition vers l’inconnu. Ailleurs dans l’espace, une porte s’ouvre vers des mondes où la vie semble possible. Douze hommes ont sacrifié leur vie pour envoyer des coordonnées et des éléments sur ces mondes possibles. Dans la longue liste, il reste trois possibilités, trois mondes que cette nouvelle équipe devra rejoindre pour lancer l’exode de notre espèce vers de nouvelles terres. Ils ignorent vers quel inconnu ils se dirigent, ce qu’ils trouveront au bout de la piste, l’espoir ou le néant.
Le dernier film de Christopher Nolan ne manque pas de richesse et de références au cinéma, à la littérature de science-fiction et beaucoup plus. Nous pensons à Stanley Kubrick et 2001 l’Odyssée de l’espace, le monolithe noir devient ici un robot, et la mise en scène onirique plus proche de la réalité. Il faut aussi voir du côté de Contact de Robert Zemeckis, les films de science-fiction des années 50 / 60, John Ford. Dans la forme Nolan est plus dans des lendemains qui déchantent que dans une vision lointaine pour Kubrick. L’univers d’Interstellar se rapproche des visions des auteurs de la Hard Science, Greg Bear, Stanley Robinson, Asimov, Clark, Robert Charles Wilson. Dans sa première partie, c’est un regard très moderne, l’homme abandonne l’idée de conquête de l’espace, d’essaimer dans le cosmos. Aujourd’hui les scientifiques et ingénieurs se recyclent pour le bien de la survie de tous en paysans. On modifie les manuels d’histoire pour effacer le premier pas sur la Lune, enlevant toute idée de rêverie vers les étoiles.
L’homme a le nez à ras du sol, le sacrifice et la survie sont ses deux mamelles. Le sacrifice revient sans cesse tout au long du film, celui de Cooper pour sauver sa famille, celui de Brand pour l’espèce. Il renvoie peut-être à celui du pionnier de la conquête de l’ouest. Le film brasse la notion du sacrifice et de la survie sous tous les angles. Il ramène à la notion de l’humanité éphémère, fragile face à l’immensité, l’espèce est plus importante que l’humanité s’agitant sur une terre stérile. Dans ce sens, alors que Kubrick lance la musique du Danube bleu dans l’immensité des étoiles, Nolan joue sur un répertoire plus sobre et le silence, plus proche de la réalité. Le spectateur est moins emporté, plus ramené à la froideur de l’espace, son silence, perdu dans ce vide immense.
Le film n’en est pas pour autant aride, sec, au contraire. Cooper revient du monde des morts pour porter les vivants, les conduire. Nous remarquerons le nom de Lazare qui revient plusieurs fois pour conforter cette idée. Les noms paraissent avoir une grande importance et sont renvoyés comme des échos au discours du film. Tars, est l’anagramme de Star, Murphy pour la loi du même nom, Amelia nom d’une aviatrice, Brand peu renvoyer à la célèbre marque, Mann sort sans doute du film Duel, etc. La loi de Murphy se résume àl’idée que chaque solution apporte de nouveaux problèmes, rien n'est aussi simple qu'il y paraît.
Il oppose l’idée de la science analysée, théorisée, à la croyance aveugle. Il oppose aussi l’homme d’action à celui de réflexion. A la fin c’est un mixte des deux qui trouve la solution, un homme de réflexion ayant trouvé la voie de son cœur. La notion d’amour apparait comme une autre dimension qui peut tout. Le temps est un sujet qui habite Nolan depuis longtemps, tout comme la mémoire et les possibilités de notre esprit. Il évoque celui-ci dans les discours scientifiques qui peuvent rendre le film bavard. Dans l’envie de rendre crédible son discours, de l’asseoir sur la réalité, le film disserte souvent. La suite demanderait des développements plus complexes et plus fouillés, tellement le film se trouve riche de ses palabres que nous avions autour du feu quand, le nez dans les étoiles, nous refaisions le monde.
Patrick Van Langhenhoven
onus BR:
la copie digitale offerte au format UltraViolet
Le ratio de l'image varie entre un format 2.40 (images cinéma) et un format 1.78 (séquences Imax retaillées, en 1.44 à l'origine)
Blu-ray 2 (+ 180') :
"Préparer un voyage interstellaire" : la genèse du film, ses influences et sa forme narrative
"Le tournage en Islande: la planète de Miller / La planète de Mann" : l'équipe du film en Islande pour la création de deux mondes inconnus
"Phénomènes célestes" : l'utilisation de véritable équations scientifiques pour la création d'effets spéciaux crédibles pour le voyage spatial
"Miniatures dans l'espace" : focus sur les impressionnantes maquettes utilisées lors de la séquence d'amarrage
"The Science of Interstellar" : émission spéciale sur les aspects scientifiques du film (version longue)
"Life on Cooper's Farm" : de la ferme à l'espace
"The Dust" : l'équipe du film face aux tempêtes de sable
"TARS and CASE" : design et fabrication des deux robots du film
"Cosmic Sounds" : la genèse de la musique de Hans Zimmer
"The Space Suits" : la création et le port des combinaisons et des casques
"The Endurance" : Nahan Crowley (resp. déco) fait visiter l'imposant plateau du vaisseau Endurance
"The Ranger and the Lander" : focus sur les deux autres vaisseaux du film
"The Simulation of Zero-G" : les différentes façons de simuler l'absence de gravité
"Across All Dimensions and Time" : concept et design du Tesseract, utilisant un vrai décor plutôt qu'un écran vert
"Final Thoughts" : les acteurs et l'équipe du film à propos de leur expérience sur le film
Bandes-annonces
Titre original : Interstellar
Titre français : Interstellar
Titre québécois : Interstellaire
Réalisation : Christopher Nolan
Scénario : Christopher Nolan et Jonathan Nolan, d'après une histoire de Kip Thorne
Direction artistique : Nathan Crowley
Décors : Kendelle Elliott, David F. Klassen, Dean Wolcott et Robert Woodruff
Costumes : Mary Zophres
Photographie : Hoyte Van Hoytema
Montage : Lee Smith
Musique : Hans Zimmer
Production : Christopher Nolan, Lynda Obst, Steven Spielberg et Emma Thomas
Sociétés de production : Syncopy Films et Lynda Obst Productions
Sociétés de distribution3 ; Paramount Pictures (États-Unis), Warner Bros. Pictures (France)
Budget : 165 millions de dollars4
Pays d’origine : Royaume-Uni, États-Unis
Langue originale : Anglais
Durée du film : 169 minutes
Format : couleur - 2.35 : 1 - Dolby numérique - 35 mm/Format 70 mm (IMAX)
Genre : science-fiction
Distribution
Matthew McConaughey : Cooper
Anne Hathaway : Brand
Jessica Chastain : Murphy
Casey Affleck : Tom
Wes Bentley : Doyle
Topher Grace
Michael Caine
Ellen Burstyn : Murphy âgée
Bill Irwin
John Lithgow : Donald
David Oyelowo : le principal
Mackenzie Foy : Murphy jeune
Elyes Gabel
Thimotee Chalamet : Tom jeune
David Gyasi
Matt Damon6 (non crédité)