Encore quelques heures et le Yankee Pedlar ferme ses portes définitivement. Hantent encore les couloirs, une jeune femme et son fils enfuis du foyer conjugal, une actrice en séminaire et un vieux monsieur à la demande particulière. Il connut sa bien-aimée dans cette chambre pour leur première virée amoureuse. Pendant que le propriétaire se la coule douce à la Barbade, les deux employés, Luke et Claire passent le temps comme ils peuvent. Ils ont monté un site consacré aux revenants et espèrent bien dénicher un son, car Luke a oublié la caméra. C’est ici que Madeline, une jeune fille éconduite par son fiancé, nous n’en saurons pas plus, s’est pendue dans la cave. Claire repère enfin un son mystérieux, le piano joue seul, et une voix murmure derrière les murs. Il n’en faut pas plus pour que la tension monte et que les fantômes imprègnent les esprits pour les torturer. Tout ceci est-il dans l’esprit de nos deux complices ou une bonne vieille réalité comme le veut la légende. Pour le savoir, il vous faut pousser la porte du Yankee Pedlar hôtel. Le fantôme qui habite la demeure daignera-t-il se montrer ?
Ti West, jeune réalisateur de 31 ans, s’inscrit dans la nouvelle vague nourrie au cinéma fantastique comme James Wan. Ils se réapproprient le genre pour proposer de nouvelles variations ou s’en jouer. Le film ne prend pas la voie des cris et apparitions intempestives qui éclaboussent l’écran pour vous impressionner. Il suit le chemin des cris et chuchotements, misant plus sur l’intrigue et le non-dit. Il place l’attente et la curiosité du spectateur au centre de sa narration. Toute la mise en scène consistera donc à jouer avec les portes à pousser, les objets qui s’animent, la cave lieu de la malédiction, etc. Claire une fois avertie du danger murmurant dans la cave, poussera-t-elle la porte ou pas ? La voix et le piano jouant seul, relèvent-ils de son envie de voir un fantôme ou de la réalité ? Qu'est-ce qui fait bouger le drapeau, l’esprit ou le vent ? Le spectateur attend avec impatience qu’un fantôme surgisse et s’empare de la pauvre jeune fille. Ti West avec malice conduit donc le spectateur dans un labyrinthe jouant avec ses nerfs. Il utilise la mère et l’enfant dans un premier temps pour installer son ambiance, la lassitude.
Il nous égare dans des territoires où le fantastique n’existe pas. Sara Paxton, sirène dans Aquamarine, fille violée dans La Dernière maison sur la gauche, héroïne de Super Héros Movie et de Shark 3D et Luke (Pat Healy, Rescue Dawn, Magnolia, L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford, Ghost World) jouent avec les sonnettes, voient arriver les derniers clients, seules irruptions troublant leurs ennuis. L’actrice oubliée admirablement jouée par Kelly Mc Gillis (Top Gun, Witness, Les Accusés icône oubliée dans les années 90) relance l’intrigue. Nous apprendrons qu’elle est devenue médium. Elle aide Claire avec son pendule, elle apporte la caution de celui qui sait. La tension s’éloigne dans une autre direction, le film de revenants pour la dernière partie. Un petit vieux aux allures de fantôme apporte un élément supplémentaire tout en entretenant l’idée de la réalité et du fantasme. D'ailleurs, la fin relève du même principe et finit de remodeler le genre. The Innkeepers reste donc une bonne surprise à découvrir, pour les fans du genre, jouant jusqu’au bout de sa dualité vérité ou mensonge, onirisme ou vrais fantômes. Il faut juste dès le départ se laisser emporter et croire en cette histoire.
Patrick Van Langhenhoven
La qualité de l’image et du son s’avère plutôt bonne et un making of d’environ 15 min nous explique l’envers du décor. Nous aurions aimé un peu plus sur les motivations, l’écriture du scénario et les choix de rester plus dans le fantastique à la Hitchcock, Shining, plutôt que la violence de certaines productions tape-à-l’œil. Le cadre et l’histoire pour ceux qui souhaitent une seconde lecture s’amusent des plans références aux genres, à vous de trouver les films correspondants.