Pour la première fois, une forêt tropicale va naître sous nos yeux. De la première pousse à l’épanouissement des arbres géants, de la canopée en passant par le développement des liens cachés entre plantes et animaux, ce ne sont pas moins de sept siècles qui vont s’écouler sous nos yeux. Depuis des années, Luc Jacquet filme la nature, pour émouvoir et émerveiller les spectateurs à travers des histoires uniques et passionnantes. Sa rencontre avec le botaniste Francis Hallé a donné naissance à ce film patrimonial sur les ultimes grandes forêts primaires des tropiques, au confluent de la transmission, de la poésie et de la magie visuelle. "Il était une forêt" offre une plongée exceptionnelle dans ce monde sauvage resté dans son état originel, en parfait équilibre, où chaque organisme - du plus petit au plus grand – connecté à tous les autres, joue un rôle essentiel.
Luc Jacquet, oscarisé en 2006 pour La Marche de l’Empereur, est un réalisateur de challenge, un conteur invétéré qui puise sa ressource filmique de la faune, de la flore, des grands espaces naturels afin d’émouvoir, d’émerveiller et pourquoi pas, de sensibiliser le spectateur. Lorsque le botaniste Francis Hallé vient à sa rencontre et lui raconte, passionné, l’histoire de ces forêts tropicales primaires, Jacquet y voit immédiatement le sujet de son prochain film et de son prochain périple. Sans échapper à quelques élans moralisateurs et didactiques, Jacquet réalise avec Il était une forêt un joli pari et confirme son statut de cinéaste de la nature. A découvrir.
« Ils commencent minuscules mais deviendront des géants. On les croit immobiles et pourtant ils voyagent. On les pense passifs alors qu’ils sont capables des plus remarquables stratégies pour accomplir leur destin. ». Le prologue du dernier film de Luc Jacquet parle de lui-même : les arbres font partie du paysage mais on ne soupçonne pas un instant le rôle qu’ils portent sur leurs immenses branches. Heureusement, Francis Hallé a les réponses et Luc Jacquet l’audace de les mettre en image pour le cinéma. Et de l’audace, il en faut, ne serait-ce que pour oser construire un sujet autour de l‘arbre, proprement incompatible avec le cinéma puisqu’il est immobile, silencieux, vertical (inversement au format horizontal de la caméra) et il cache son jeu. Dans ce cas, la contrainte a nourrit la créativité du réalisateur qui n’a eu d’autres choix que de concevoir avec ses techniciens un système appelé « Arbacam » permettant de réaliser des travelings souples le long des arbres jusqu’à 70 mètres de hauteur et d’utiliser des drones pour les vues aériennes. Grâce à ces nombreuses techniques de prise de vue, Jacquet parvient à évoquer l’infiniment petit et l’infiniment grand, à décrire la hiérarchie et à conter l’évolution, au fil des changements saisonniers, des interventions animales et donc, du cycle de vie du géant de bois.
Afin de donner un peu de vie à tout ça, le réalisateur va utiliser à raison des images de synthèses, exploitées notamment pour représenter la pousse accélérée de la forêt secondaire (régénérée) et pour illustrer par moments l’action des insectes, à la fois indispensables et nuisibles pour l’arbre. Mais le réel coup d’éclat d’Il était une forêt, ce qui permet de faire le lien entre prises de vue réelles et images de synthèse et qui arrive à mettre l’arbre à hauteur d’homme, c’est son parti pris narratif. En misant sur le ton familier du conte, Luc Jacquet balaye le risque de s’empêtrer dans un didactisme anxiogène et peut ainsi jouer de la lumière, du moment présent et relater de fabuleuses histoires d’arbres faiseurs de pluie ou de lutte intelligente et silencieuse pour la survie. Ajouté à cela, la présence de Francis Hallé aussi bien physiquement (choix discutable) qu’en tant que conteur finit d’offrir tout son aplomb, son retentissement et sa magie à l’ensemble tant sa voix forte au phrasé limpide et passionné est capable de vous faire passer le plus insignifiant brin d’herbe pour la plus belle des créations terrestres.
Dans Le Renard et l’Enfant, déjà, l’appel de la forêt était omniprésent, passeport pour l’évasion et la réflexion. Pour Il était une forêt, Luc Jacquet nous instruit par l’émotion et mobilise par la connaissance et l’émerveillement. Il force la réflexion sur la place que l’homme s’est attribué dans le monde, parfois au détriment des autres créatures vivantes. Distillé pas très subtilement, le message écolo devient alors secondaire et on se laisse aller à refaire le monde. A voir en famille.
Eve BROUSSE