Tout commence par douze travaux, un lion dont notre héros portera comme un symbole la peau, un sanglier, des écuries, une hydre, douze victoires à accrocher au cœur des nations et d’une légende. C’est ainsi que dans l’ombre des tavernes au creux des foyers jusqu’en Thrace se murmure la légende du demi-dieu, mais est-ce bien vrai ? Nous découvrons un homme devenu mercenaire doué d’une force exceptionnelle, la vérité ressemblait plus à des subterfuges ou des mensonges, comme une Hydre dissimulant une autre réalité que la bête à plusieurs têtes. Il est entouré de fidèles compagnons, Ampharios l’homme connaissant sa propre mort et les secrets du futur, Atalanta l’archère fidèle.
Il compte aussi dans ses rangs, Autolycos un fier guerrier intéressé par l’or tintinnabulant et Tydée muet depuis l’enfance. Les champs de bataille demeurent son seul paysage. Pour conter la saga, l’enrober des fioritures de la légende, le jeune neveu d’Hercule le suit attendant le moment de passer de la plume au glaive. C’est ainsi que cette troupe de sept mercenaires se retrouve en Thrace pour chasser une âme remplie de vilénie qui assaille les terres du bon roi Cotys. La lutte se joue contre le nombre et nos mercenaires risquent d’avoir fort à faire pour venir à bout de la menace. Hercule ne recule devant rien et devra faire montre de toute sa fougue et sa force pour sortir de ce qui est peut-être un piège.
Après le décevant La légende d’Hercule par Renny Harlin, mélange de Gladiator et de film d’action sans saveur, finissant tout droit au rayon des nanars, c’est Brett Ratner réalisateur de Rush Hour qui adapte ici la BD de Steve Moore Hercule : les guerres thraces, point de départ violent racontant un héros plongé dans les champs de bataille antiques. Il n’apprécie pas le second degré et vous le fait payer de votre mort, avec lui un bon mot équivaut au cercueil. Bref, une bande dessinée violente, sombre torturée, s’éloignant de la légende pour tenter de reconstituer, le seul point avec le film, la vérité sur le personnage. Il ne reste plus rien de cette œuvre et à côté le nouvel Hercule fait figure de bisounours. En une séquence dont les principaux passages se retrouvent dans la bande-annonce, les douze travaux sont torchés et hop, passons à la suite. De la même façon, l’idée d’un homme torturé par un passé terrifiant, la mort de sa femme et de son fils relève de l’anecdote. C’est la cause de sa fuite et de son choix de mercenaire. Hercule d’ailleurs lorgne ouvertement sur une trame narrative ressemblant à celle des Sept mercenaires. Le village est remplacé par un royaume. Entrainer les troupes, se retrouver chassé du village et malgré tout pour l’honneur revenir. La copie ne veut pas dire le talent de l’original. Le film enchaine donc, comme les perles d’un collier, les scènes de bataille et de combat, de l’action nouvelle mode scénaristique.
Tout tourne autour de celle-ci et des effets spéciaux, pour le contenu nous repasserons. Nous retrouverons aussi la vieille thématique du roi Arthur, une terre, un roi. Il faut chasser le tyran pour mettre sur le trône un être aimant et comprenant son peuple. Il s’agit aussi de prendre son destin en mains pour qu’il nous conduise à l’éveil. Il reste à Hercule un dernier travail à effectuer, se vaincre lui-même, son esprit ses vieux démons. Les dialoguistes alignent dans le même collier les phrases toutes faites comme « Un homme qui ne veut rien ne peut être corrompu ». « Il suffit de croire que l'on est un héros, et pas de l'être ». Quand on aura enlevé tous les rêves, la réalité aura un drôle de goût. Que cherche Hercule, la paix de l’âme, l’oubli, en se noyant dans la violence et se vendant au plus offrant. Les vieux poncifs du récit d’aventure et d’initiation parsèment le récit sans relief ni saveur. L’idée de revenir à la réalité était plutôt séduisante, replacer le personnage dans sa réalité historique, ce que fait le comix. De la même façon avec les moyens actuels, travailler sur la légende restait la meilleure solution. Nous savons tous l’effet de la mythologie sur les petits et les grands. D’ailleurs, avant de se quitter, c’est quoi cette manie de nommer Héraclès, Hercule. Nous sommes dans la version grecque, Zeus et compagnie. Hercule c’est la version romaine, mais les Américains ont toujours une drôle de façon de traiter l’histoire du vieux continent.
Pour vous donner une idée, Moore souhaitait composer un univers avec un maximum de détails à la Grèce historique. Il cale sa représentation de la Grèce d'Héraclès sur un travail de documentation à propos de l'âge de bronze. Il situe son histoire en 1200 avant J.-C., peu de temps avant la date traditionnellement admise par les historiens antiques pour la guerre de Troie (1184 avant J.-C.) Il souhaitait suivre le bon vieux questionnement de la Grèce antique, « une méditation sur le caractère inévitable du destin ». C’est un personnage à l’image de la grande thématique américaine celle de la famille qu’il finit par trouver avec ses potes mercenaires. Nous sommes loin du récit mythologique, de la légende avec tout ce que cela comprend de profondeur, de thématique sur nos origines et notre destinée. La mise en scène suit le même chemin, elle se contente de séquences d’action, sans chercher à bâtir un univers, un style. Il reste une série B pour les fans du cinéma de gros gnons dans ta tronche. Du lourd, du poussif qui t’envoie valser chez les branquignoles. Brett Ratner de ce côté est un excellent faiseur et connaît la mécanique. Les autres se contenteront comme moi du carton pâte de l’âge d’or du péplum avec Hercule et Maciste.
Patrick Van Langhenhoven
Bonus
Brett Ratner et Dwayne Johnson : présentation
"Hercule et ses mercenaires"
Les effets spéciaux d'Hercule
Commentaire audio de Brett Ratner et Beau Flynn (prod.) (VOST)
Titre original : Hercules
Titre français : Hercule
Réalisation : Brett Ratner
Scénario : Ryan Condal et Evan Spiliotopoulos, d'après le roman graphique Hercule : Les Guerres thraces de Steve Moore et Admira Wijaya.
Direction artistique : Jean-Vincent Puzos
Décors : Jason Knox-Johnston
Costumes : Jany Temime
Photographie : Dante Spinotti
Son : Tim Chau
Montage : Mark Helfrich
Musique : Fernando Velázquez
Production : Sarah Aubrey, Beau Flynn, Barry Levine et Brett Ratner
Société(s) de production : Film 44, Metro-Goldwyn-Mayer, Paramount Pictures, Radical Pictures et Spyglass Entertainment
Société(s) de distribution : États-Unis Metro-Goldwyn-Mayer/Paramount Pictures
Budget :
Pays d’origine : États-Unis
Langue originale : anglais
Format : couleur - 2,35:1 - son Dolby Digital
Genre : Péplum
Durée : 98 minutes
Distribution
Dwayne Johnson : Hercule
Ian McShane : Amphiaraos
John Hurt : Cotys
Rufus Sewell (V. F. : Boris Rehlinger) : Autolycos
Joseph Fiennes
Irina Shayk : Megara
Joe Anderson : Phineus
Ingrid Bolsø Berdal (V. F. : Hélène Bizot) : Atalanta
Rebecca Ferguson (V. F. : Laura Blanc) : Ergenia
Peter Mullan : Sitacles
Aksel Hennie : Tydée
Stephen Peacocke : Stephanos
Barbara Palvin : Antimache
Reece Ritchie : Iolaos
Tobias Santelmann (V. F. : Bruno Choël): Rhesus