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affiche The Grand Budapest Hotel

The Grand Budapest Hotel

___

Un film de Wes Anderson,
Avec Ralph Fiennes, F. Murray Abraham, Mathieu Amalric,

Genre : Comédie
Durée : 1h40
États-Unis

En Bref

Le temps passe si vite. De la gloire et la réussite peuvent naître l’abandon et l’échec en un instant. C’est ça l’histoire de cet hôtel. L’histoire de ce lieu, son destin, est d’être le témoin d’un monde qui change, face à l’histoire qui s'écrit. « L’histoire ne tolère aucun intrus, elle choisit elle-même ses héros et rejette sans pitié les êtres qu’elle n’a pas élus, si grande soit la peine qu’ils se sont donnée » écrivait Stefan Zweig. La profession d’écrivain est là pour se rappeler à jamais de ces héros oubliés et leur donner une mémoire, une âme. Et parmi ces héros M. Gustave H. dont la trajectoire est contée dans ce film.

Résumer l’intrigue oblige à passer sur des évènements ou en omettre, tant l’histoire regorge de trouvailles. Pour faire court c’est une mise en abyme : un auteur nous raconte la facilité qu’il a eu à écrire son livre sur l’histoire de l'hôtel, suite à sa rencontre avec un homme mystérieux et seul, M. Mustapha. Le propriétaire actuel de l’hôtel, dit-on. Qui de mieux pour compter l’histoire de ce lieu ? Et voilà que nous faisons un bond dans le temps et sommes replongés, à travers la vision de son ex-lobby boy un certain M. Mustapha donc, dans les glorieuses heures du lieu géré alors par M. Gustave H. Ce dernier homme distingué de bon goût, pour attirer les clients les plus riches entretenait des relations intimes avec des femmes à l’âge avancé. C’est cela qui déclenchera un lot de surprises et de péripéties, à la suite de la mort de Madame D.

Deux ans après Moonrise Kingdom, Wes Anderson reprend les cartes d’un succès presque unanime et les rabats avec certaines similitudes. Le réalisateur américain a trouvé un moyen d’expression parfaitement adapté à son talent et il en joue. Dès les premières scènes dans l’hôtel on retrouve ses fameux travellings horizontaux rapides, qui lui sont propres, faisant danser la caméra, explorant les moindres décors et donnant le tournis aux spectateurs. Le sentiment de rapidité de l’intrigue est de par ce fait accentué.


Le temps passe si vite. De la gloire et la réussite peuvent naître l’abandon et l’échec en un instant. C’est ça l’histoire de cet hôtel. L’histoire de ce lieu, son destin, est d’être le témoin d’un monde qui change, face à l’histoire qui s'écrit. « L’histoire ne tolère aucun intrus, elle choisit elle-même ses héros et rejette sans pitié les êtres qu’elle n’a pas élus, si grande soit la peine qu’ils se sont donnée » écrivait Stefan Zweig. La profession d’écrivain est là pour se rappeler à jamais de ces héros oubliés et leur donner une mémoire, une âme. Et parmi ces héros M. Gustave H. dont la trajectoire est contée dans ce film.

Résumer l’intrigue oblige à passer sur des évènements ou en omettre, tant l’histoire regorge de trouvailles. Pour faire court c’est une mise en abyme : un auteur nous raconte la facilité qu’il a eu à écrire son livre sur l’histoire de l'hôtel, suite à sa rencontre avec un homme mystérieux et seul, M. Mustapha. Le propriétaire actuel de l’hôtel, dit-on. Qui de mieux pour compter l’histoire de ce lieu ? Et voilà que nous faisons un bond dans le temps et sommes replongés, à travers la vision de son ex-lobby boy un certain M. Mustapha donc, dans les glorieuses heures du lieu géré alors par M. Gustave H. Ce dernier homme distingué de bon goût, pour attirer les clients les plus riches entretenait des relations intimes avec des femmes à l’âge avancé. C’est cela qui déclenchera un lot de surprises et de péripéties, à la suite de la mort de Madame D.

Deux ans après Moonrise Kingdom, Wes Anderson reprend les cartes d’un succès presque unanime et les rabats avec certaines similitudes. Le réalisateur américain a trouvé un moyen d’expression parfaitement adapté à son talent et il en joue. Dès les premières scènes dans l’hôtel on retrouve ses fameux travellings horizontaux rapides, qui lui sont propres, faisant danser la caméra, explorant les moindres décors et donnant le tournis aux spectateurs. Le sentiment de rapidité de l’intrigue est de par ce fait accentué. 

Un sentiment de rapidité, de joie même, les couleurs éclatent rapidement à l’écran et donne un parfum enfantin, de conte, de quelque chose d’irréel. Il y a ce rose de l’hôtel luxueux dont l’envie d’y poser ses valises est indéniable. Ces couleurs jouent un rôle pour l’intrigue. Illustré par une scène à l’importance majeure que l’on retrouvera à deux reprises, entre temps la couleur s’est estompée. Les espoirs ont-ils disparu ? C’est un récit en éclat qui surprend et réussit sur un rien a créé quelque chose de grand. Mais derrière tout cela, l’histoire est finalement cadrée, pour que rien ne soit laissé au hasard même si l’impression d’une explosion, d’un feu d’artifices est de mise. Tous les moyens sont utilisés pour. Certaines images évoquent même les vieux cartoons ou des dessins animés, et la course poursuite sur la piste de ski par exemple est faite en stop-motion. L’image est belle et donne un film à l’esthétisme poussé, dont M. Gustave H. en est le symbole par excellence.

Au milieu de ce bouillon coloré surnagent des acteurs qui s’amusent, jusque dans les petits rôles, très travaillés : d’un William Dafoe homme de main-tueur sans sentiments, à Adrian Brody, en richissime héritier. Et au sommet de la pyramide un duo superbe, fait de Ralph Fiennes (La liste de Schindler, il y a 20 ans déjà) et du jeune inconnu Tony Revolori. Qui peut aujourd’hui se permettre d’avoir Bill Murray ou encore Léa Seydoux au casting et ne faire apparaître leur nom qu’en 15ème position au générique ? Cette dernière est d’ailleurs la preuve de l’amour de Wes Anderson pour la France, avec comme compère dans la demeure de madame D. un certain Mathieu Amalric, rien que ça, dont le regard fait fureur.

L’autre caractéristique d’Anderson est son sens du comique, qui encore une fois fonctionne ici à la perfection. Toutes les scènes même celles semblant plus tragiques trouvent une touche d’humour, du vol du tableau, à ce pauvre chat de l’avocat, ou encore Mr. Gustave H. qui voyant la défunte Madame D. s’exclame qu’il voudrait la même crème qui lui fait une si belle peau. Et cela donne un enchainement de grandes scènes au rythme impressionnant. Les seuls moments de pause sont ces oppositions où la voix off se pose sur le repas entre l’écrivain et Mr. Zero Mustapha.

Ce dernier se confie, ému. S’il a conservé l’hôtel, c’est en souvenir de tout cela, de son amour de jeunesse mais surtout de son pacte, pour son « frère spirituel ». Comme dans ces films d’hommes qui luttent, au côté conquérant, leur relation est importante. Cette entraide, cette humanité entre ces deux résistants, là où le monde semble s’écrouler, est synonyme d’espoir. Monsieur Gustave H. et M. Mustapha, en maître et élève, sont les résistants aux valeurs et à l’élégance qui persistent malgré l’arrivée de la terreur.

Si Moonrise Kingdom utilisait ce côté enfantin jusqu’à son paroxysme (c’en était d’ailleurs le thème même), ici le sujet semble plus creusé. Comique et profondeur s’allient à merveille. « Il reste quelques lueurs de civilisation dans cet abattoir de barbarie qu’est devenu l’humanité » entend-t-on. Oui les temps changent. Dans cette République de Zubrowska qui est une métaphore de l’Europe de l’Est, gangréné par le fascisme où les SS sont ici des ZZ. Cette phrase résonne dans cette œuvre inspirée librement des récits de l’auteur allemand Stefan Zweig. Ce grand homme de littérature reconnu et germanophone le plus lu en France a sorti un pessimisme bilan de l’Europe au travers son livre posthume mais aussi sa lettre d’adieu. Et c’est ici ce qui est porté à l’écran, le lent cheminement de ce changement, cette chute d’un peuple. Fuyant l’Europe, qu’il voyait comme un idéal, il se suicida au Brésil "maintenant que le monde de mon langage a disparu pour moi et que ma patrie spirituelle, l'Europe, s'est détruite elle-même".

L’hommage à cet auteur, ainsi que le personnage interprété par Jude Law, est un hommage aux auteurs qui sont des témoins et analystes d’une société et dont leurs œuvres persistent à travers le temps et se transmettent, comme les émotions qu’elles procurent (voir la première scène). Ils donnent vie à des petits riens éternellement, ils font partis de cette « lueur de civilisation », comme le cinéma, comme l’art.

Wes Anderson confirme à nouveau que l’enfant qui sommeille encore et toujours en lui a sa place dans la cour des grands. Avec une filmographie dense, sans faux-pas et un Grand Prix du Jury à Berlin cette année pour ce film, il s’impose comme le réalisateur d’un libre ton, avec comme force un style particulier reconnaissable aisément. C’est là son film le plus ambitieux. Son chef d’œuvre ? En tous cas, le temps passe vite dans la vie comme dans ses films. 

Clément SIMON

Support vidéo : Format 16/9 compatible 4/3, Format cinéma respecté 2.40, Format DVD-9
Langues Audio : Anglais, Français Dolby Digital 5.1
Sous-titres : Français
Edition : 20th Century Fox video

Le film a été tourné en ratio Academy 1.37 pour mieux servir l'histoire. Le format vidéo carré est donc normal

C’est dans une ambiance de Palace que Wes Anderson et Ralph Fiennes nous accueillent pour une rencontre autour de l’Hôtel Budapest. C’est donc dans l’atmosphère du film que la presse se livre au jeu des questions et réponses. Nous essayons dans cet instant magique d’explorer les pistes de la création artistique du réalisateur, entre notre imaginaire et la réalité du sien.

Ciné Région : Nous avons l’impression de regarder une pièce de théâtre, avez-vous suivi une formation théâtrale ?

Wes Anderson : non, je n’ai pas suivi de formation théâtrale. Je pense que la plus importante influence pour ce film, c’est vraiment les films hollywoodiens des années 30. Ils étaient faits par des réalisateurs venant d’Europe de l’Est et ils se passaient souvent à Budapest ou à Prague.

C.R : Quel metteur en scène êtes-vous sur le plateau de tournage?

W.A : quand je prépare mon film, je travaille de manière très obsessionnelle, extrêmement minutieuse. Au moment de tourner le travail est rapide. Il y a énormément d’énergie et un sentiment de chaos plane sur le plateau. La pression se répercute sur les acteurs. Je ne me sens pas vraiment comme quelqu’un d’obsédé. Je me laisse surfer sur la vague. Quand on prépare tout, quand on contrôle tout, après sur le plateau vous pouvez bousculer les choses, essayer de sortir de cet ordre. Ça me donne en fait beaucoup plus de liberté.

CR : Quand ils vont voler le tableau, on dirait que c’est le hasard qui les pousse. Est-ce que je me trompe là-dessus ?

W.A : Je comprends le sens de la question. La scène avant le vol du tableau, Gustave apprend qu’il est l’héritier de celui-ci et à ce moment-là, il se dit pourquoi ne pas le voler. C’est une sorte de réaction spontanée.

Ralph Fiennes : Gustave est extrêmement théâtral et très flamboyant et, j’avais besoin de sentir que c’était un personnage réel, donc j’ai vraiment investi mon personnage.

CR : sur le personnage de Mr. Gustave, est-ce que celui-ci avec sa futilité n’incarne pas quelque chose d’assez profond face à la montée de la barbarie qui traverse tout le film ?

W.A : en fait Stephan Bergs dont je m’inspire pour ce film, s’inspire lui aussi d’un personnage réel. C’est vraiment le personnage de Stephan lui-même ma source d’inspiration, ce livre m’a fait une très forte impression. Il raconte ce monde où l’art était au centre de tout, où dans les journaux du matin vous aviez des textes de philosophie, de poésie. C’était vraiment ce monde-là qu’il a connu. Il voulait participer à l’évolution, qui s’interrompt brutalement avec la montée de la barbarie. D’ailleurs il choisit de ne pas participer à ce monde. Donc c’est vraiment cet aspect qui m’inspire beaucoup dans la création du personnage de Gustave.

CR : Comment travaillez-vous votre imaginaire ?

W.A : Une fois que j’ai eu le scénario en tête,  j’ai voyagé en Tchécoslovaquie, en Allemagne pour rassembler de nouvelles idées, cela compte aussi pour les personnages. J’ai créé une nouvelle boîte à idées et ces nouveaux personnages. Quant à l’histoire, elle se divise en plusieurs périodes avec ces acteurs. En plus, ce qui diffère des autres films c’est qu’il existe une intrigue où pour les besoins de celle-ci, il faut créer aussi un peu plus de personnages. J’ai eu la chance de réunir tous les acteurs que j’avais en tête, à l’exception de Mme Digues qui est jouée ici par Tilda Swinton. Je désirais une actrice de 85 ans qui n’a pas pu venir à la dernière minute, et finalement  qui d’autre que Tilda pour ce rôle ?

CR : dans vos films il existe une véritable grammaire visuelle, ayant le souci de la symétrie, presque maladive. Je voulais savoir d’une part si vous avez ce trait de caractère depuis longtemps. Et quels sont les critères pour rentrer dans votre monde ?

WA : si vous voyiez mon appartement à New York, il est complètement beige ce n’est pas du tout les couleurs et le côté flamboyant de mes films. C’est vraiment du contreplaqué, même si à Paris il y a déjà plus de couleurs. Ça ne ressemble pas du tout à l’impression que je donne de moi. En fait chacun des acteurs avec lesquels je travaille est vraiment mon préféré. Quand vous êtes dans cette position c’est presque facile. Une fois que le scénario est prêt, je l’envoie d’abord à Ralph et après à Jason, etc. C’est un luxe, je suis chanceux. J’ai juste à envoyer un email et puis j’ai la réponse. J’aime travailler avec des gens qui sont mes fans.

CR : J’ai l’impression que l’histoire du film se construit comme une partition de jazz avec 3 temps, des décélérations et des accélérations. Je voulais savoir si c’était juste une impression ou si c’était une volonté de votre part de traduire une partition jazzy ?

WA : Quand j’ai commencé à écrire je pensais à Stephan Bergs, dans ma tête c’était un rythme lent, assez doux, d’ailleurs au début quand on voit Jude Law, on est encore dans celui-ci. Je n’anticipais pas le changement de rythme. Avec l’arrivée de Ralph, l’atmosphère change. J’aime beaucoup cette idée d’impression jazzy, l’aspect de la spontanéité du jazz.

CR : Vous mêlez différentes cultures dans le film, est-ce que vous avez une attirance pour celles-ci?

WA : quand j’étais sur le tournage à l’hôtel, j’apportais un tas du DVD avec moi, venant de différentes provenances. Il y avait beaucoup de films des années 30, je pense qu’ils influencent l’histoire du film qui parle de l’Europe de l’Est.

CR : est-ce que vous ne parlez pas autant de la montée de la barbarie, de l’Europe de l’Est que de l’attitude du cinéma avant que la censure (pré code) ne soit instaurée ? Vous a-t-elle influencé ?

WA : Tous ces films, je ne les connaissais pas, ce sont les derniers 6 mois après avoir terminé le tournage qui m’ont intéressé. Aujourd’hui je commence à les comprendre. Ils sont faits un peu comme des films muets, dans le souci des détails, dans le montage. Il existe beaucoup d’anarchie, je trouve cela très drôle mais cela n’influence pas ma manière de faire.

Interview Patrick Van Langhenhoven, transcription Claire Chiffet, correction est mise en forme, Frédérique Dogué.