Loin des codes du western, Thomas Arslan, dans une mise en scène sobre sur un canevas classique construit un docu western. L’intérêt du film est bien dans cette aspect de monotonie juste troublée par des évènements qui effacent un à un les protagonistes comme dans un film de survivants. Il commence par nous exposer ses personnages venus de la vieille Europe, pensant trouver en Amérique un nouvel Eldorado. En cela il reprend la problématique de l’émigration qui pour lui reste la même d’hier à aujourd’hui, un rêve fracassé par la réalité. Nous n’échapperons pas à certains clichés comme des personnages assez stéréotypés, le brave père de famille, le vieux couple un peu réactionnaire, l’arnaqueur, le journaliste fanfaron, et le muletier au passé chargé.
Nina Hoss reprend un rôle de femme blessée, volontaire. Les promesses de l'or, une vie meilleure que les taudis où brûle la flambée d'une maigre bougie pour une faible chaleur qui n'éloigne pas la maladie. C’est sans doute un choix pour englober dans ses caricatures toutes les figures mythiques du western et de l’existence. On n’écoute pas le sauvage, l'Indien, on préfère suivre la mauvaise voie, persuadé qu’il ne nous souhaite pas du bien. Le racisme, faire justice soi même, la femme seule apporte forcément la zizanie dans un groupe d’hommes, autant d’images dépassées, mais la réalité de cette époque. Le réalisateur tente de rendre par la fiction la dureté, la difficulté, l'horreur de la réalité avec comme épée de Damoclès la survie. Certaines scènes dans cette volonté de justesse même sans être démonstratives en ne dévoilant pas tout, sont intenables comme celle de l'amputation.
Nous sommes loin de la vision du cow-boy et de sa bouteille de whisky. La douleur et la mort planent comme les vautours, attendant leurs proies. Parfois, la mort devient préférable à la survie continuelle, au jeu chaque jour de remette son destin dans la balance. On lui préfère le néant, l'oubli sans se soucier des vivants. Le spectateur s’interroge, pourquoi dans ses conditions avancer, ne pas rebrousser chemin ? Un des personnages dira : je n'ai rien qui vaille la peine. Au final il reste deux âmes en quête d'un d'Eldorado, la cité de l'or qui permet de repartir à zéro. C'est peut être le voyage, une fois de plus le but n'aurait que peu d'importance, c'est la route qui compte, transcender la faucheuse qui mène à la vie, à la danse qu'on lui accorde. C’est donc plus qu’un western crépusculaire, un film où la fiction calque la réalité pour retranscrire ce qu’ont vécu les pionniers de l’époque.
Patrick Van Langhenhoven
Bonus:
Entretien avec Nina Hoss
Making of