Des forêts de la Caroline du Sud où le petit James assiste aux séances de violence entre son père et sa mère, ça cogne déjà dur dans la famille. Ils se déchirent, s’insultent, explosent et tombent dans les bras l’un de l’autre. La mère les abandonne pour se prostituer dans les bouges, le père finit laisser le môme à une tante tenancière de clandé. Dans le caniveau, suite à la dépression, il tente de trouver un avenir à ses ambitions, boxeur amateur, voleur, et déjà la graine musicale plantée par la vision des croyants dans la petite église perdue.
Arrêté pour le vol d’un costume, en prison, il rencontre celui qui devient son ami, Bobby Byrd, leader des The Famous Flame. Grâce à lui et sa famille, le jeune James trouve enfin sa voie et le terrain où bâtir sa légende. Il impulse une nouvelle vision au groupe, Mister Dynamite nait et le succès les propulse sur le devant de la scène. Très vite les producteurs placent en avant James Brown, génie de la musique, révolutionnaire, encore aujourd’hui maître à swinguer pour de nombreux musiciens.
Les The Famous Flame deviennent James Brown and The Famous Flame. Qu’importe Bobby Byrd accepte tout de celui qu’il perçoit déjà comme annonçant un avant et un après James Brown. La légende se met en marche, des scènes du monde à l’Apollo où il ravit la vedette aux Rolling Stones, une bombe musicale s’impose comme un renouveau…
Produit en partie par Mick Jagger, Tates Taylor, remarqué pour La couleur des sentiments sur fond de discrimination raciale, trace la route du parrain du soul, du funk. Le film s’attache surtout au parcours musical de l’homme, il évacue rapidement et en deux séquences son rapport à la drogue, l’alcool ou sa fâcheuse manie à reproduire l’amour familial à coup de beignes. Il évite donc la noirceur de l’âme pour s’appesantir sur la révolution musicale. Les morceaux sont rarement coupés et nous suivons plus James Brown dans les salles de concert, les studios de répétition et son rapport à bousculer le jazz et le gospel de l’époque pour lui insuffler un nouveau souffle. Dommage, Tate Taylor se coupe d’un côté sombre et d’un film plus mordant en ne plongeant pas dans les ténèbres.
Il reste fidèle à une mise en scène où le mal, déjà dans La couleur des sentiments, apparaît en version light. Le film n’est pas non plus aussi mauvais que certains voudraient le dire et se laisse voir sans aucun problème. Le début est un peu déstabilisant par ses retours en arrière et en avant, mélangeant trois époques, l’enfance, son irruption dans la première scène où il chasse des croyants de sa propriété, et la biographie. La bonne idée reste ce James Brown s’adressant à la caméra, témoin de sa propre histoire, comme si personne d’autre ne pouvait en témoigner. Le cœur du récit, c’est bien la musique du petit garçon, comme de nombreux jazzmen avant lui, étonné, subjugué par le gospel qu’il retrouve avec les The Famous Flame. C’est à cet instant où il pousse une musique commune au-delà que la graine devient l’arbre, donnant naissance à plusieurs courants musicaux. Elle germe dans les bastringues de l’époque, les clandés de sa tante, se nourrissant des rythmes du blues, du jazz et du gospel.
La rencontre avec Bobby Byrd devient l’étincelle animant la flamme et lançant la fusée qui ne s’achève qu’à sa mort. Le film n’évacue pas les rapports douloureux avec ses musiciens, les collant à l’amende, limite racketteur. Une anecdote : le groupe se révolte et décide de partir, car la bête de scène ne cède pas. Le leader de la révolte, un certain Maceo se voit énoncer comme une sentence, « tu ne réussiras rien ». Même un génie se trompe, il deviendra le grand jazzman Maceo Parker. L’autre intérêt du film c’est l’enfance douloureuse. Nous comprenons combien elle fabrique l’homme dans ses bons et mauvais côtés. Il finira seul.
Même Bobby ne résistera pas à la pression du personnage hors norme. Chadwick Boseman endosse avec beaucoup de justesse le rôle de James Brown, apparu dans quelques films et surtout dans des séries, il explose la baraque dans une prestation "oscarisable". Tate Taylor confirme son style : dans le cœur des ténèbres ne garder que la lumière, une bonne réalisation qui nous en apprend beaucoup sur le maitre de la Rn’B. James Brown est un style à lui seul.
Patrick Van Langhenhoven
Bonus:
uniquement pour le BR
Scènes coupées
Scènes alternatives et versions longues
Interprétation des chansons complètes et étendues
"Un long voyage jusqu'à l'écran"
"Chadwick Boseman : À la rencontre de James Brown"
"La famille Get on up"
"Sur scène avec le travailleur le plus acharné"
"Le père fondateur du funk"
"La master class de Tate Taylor"
Commentaire audio de Tate Taylor
Titre original : Get on Up
Titre français : Get on Up, sous-titré James Brown : une épopée américaine
Réalisation : Tate Taylor
Scénario : Steven Baigelman, Jez Butterworth et John-Henry Butterworth
Direction artistique : Jesse Rosenthal
Décors : Mark Ricker
Costumes : Sharen Davis
Photographie : Stephen Goldblatt
Montage : Michael McCusker
Musique : Thomas Newman
Production : Brian Grazer, Erica Huggins, Mick Jagger et Victoria Pearman
Sociétés de production : Imagine Entertainment, Jagged Films et Wyolah Films
Sociétés de distribution : Universal Pictures, Universal Pictures International France
Budget : 30 000 000 USD
Pays d'origine : Unis États-Unis
Langue originale : anglais
Format : couleur
Genre : biographie, film musical, drame
Durée : 138 minutes
Distribution
Chadwick Boseman : James Brown
Nelsan Ellis : Bobby Byrd
Jill Scott : Deidre « Dee-Dee » Jenkins
Tika Sumpter : Yvonne Fair
Viola Davis : Susie Brown
Octavia Spencer : Tante Honey
Keith Robinson (V. F. : Jean-Michel Vaubien) : Baby Roy
Lennie James : Joseph « Joe » James
James DuMont : Caporal Dooley
Craig Robinson (V. F. : Jean-Paul Pitolin) : Maceo Parker
Dan Aykroyd (V. F. : Patrick Bethune) : Ben Bart
Nick Eversman : Mick Jagger
Josh Hopkins : Ralph Bass
Brandon Smith : Little Richard
Aaron Jay Rome : Frankie Avalon