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affiche France Ha

France Ha

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Un film de Noah Baumbach,
Avec Greta Gerwig, Mickey Sumner, Adam Driver ,

Genre : Comédie de mœurs
Durée : 1H26
États-Unis

En Bref

Frances partage un appartement avec sa meilleure amie Sophie et lorsque cette dernière se voit offrir la possibilité de s'installer dans un quartier plus luxueux de New-York, elle n'hésite pas et Frances se retrouve alors seule et va ainsi voguer d'un lieu à un autre, peinant à trouver sa place dans la faune new-yorkaise où elle espère encore réussir. Le portrait d'une éternelle adolescente qui prend le temps de prendre son temps...

Après Greenberg, Noah Baumbach retrouve l'actrice Greta Gerwig qui a également coécrit cette chronique fourmillante d'idées, dans une construction libre en petites suites de micro-événements primesautiers, burlesques ou mélancoliques. Nous sommes ici en compagnie de Frances Halliday, une fille inachevée comme le titre du film l'indique et qui vit ce paradoxe d'avoir l'air plus âgée qu'elle ne l'est mais de conserver une large part d'immaturité. Ce duo talentueux devant et derrière la caméra nous offrent un joli portrait de jeune femme fantasque, bohème qui n'a QUE 27 ans mais qui a DÉJÀ 27 ans. Un constat sous forme de paradoxe de cette jeune femme qui risque de ne pas le rester, et apprend, timidement à le reconnaître. Fantasque, gracieuse, lourde, gauche, adroite dans sa capacité à accepter et à reconnaître les petits accidents de la vie comme de petits bonheurs, ce que montrera une jolie chorégraphie finale, qui apparaîtra comme un joli résumé de ce qu'elle est : une fille entêtée, douée et obstinée, qui a l'air de vivre sa vie comme un accident, ce qu'illustrent encore ces instants où elle trébuche, mais qui est capable de transformer sa vision très personnelle du monde en art.

Un joli petit bout de film, qui peut s'avérer aussi agaçant qu'attachant, souvent sauvé de ses glissements vers un cinéma petit-bourgeois, faussement modeste grâce à son actrice principale, la remarquable Greta Gerwig, un petit bonheur d'actrice et qui est toujours juste. La mise en scène est elle très élégante, notamment par l'utilisation d'un noir et blanc dont le côté parfois factice accentue la démarche en clins d'oeil cinéphiliques de Baumbach. Si le lien vers un hypothétique Gremlins 3 semble surtout là pour souligner que Frances n'est pas la seule à rêver en des choses auxquelles est la seule à croire, la référence majeure de Baumbach & Gerwig est un peu la Nouvelle Vague et beaucoup François Truffaut très clairement cité, via des musiques de Georges Delerue ( dont on entend encore des citations d'autres cinéastes ), un thème de Domicile Conjugal signé Antoine Duhamel, lorsque l'on évoque le nom de Jean-Pierre Léaud ou dans ce certain élan que l'on trouve dans les aventures d'Antoine Doinel. Étonnante coïncidence, le résumé des premiers instant heureux de Frances et Sophie se rapproche, dans son art du montage en accéléré, de celui de Valérie Donzelli dans La Guerre est déclarée qui résumait en quelques minutes les moments heureux de son couple... sur du Delerue ! Ces petits instants en ouverture où l'on voit les deux amies dans leur quotidien heureux, jouer et se battre dans la rue, courir ensemble, aller au pressing, échanger des propos badins, se reposer l'une sur l'autre dans le métro permettent de comprendre l'intensité presque amoureuse de leur vie en commun, avec cette intimité propre aux amitiés envahissantes.

Lorsque Sophie évoque son petit ami, celui-ci est gentiment dénigré par Frances, comme un premier signe du trouble qui va les séparer. Une ouverture qui tranche avec le changement de vie qui sera imposé par le déménagement de Sophie. Ces petits instants avant la séparation accentuent encore un peu le fait que celles qui étaient si proches sont en réalité à deux moments différents de leurs vies : l'une assume de se lancer réellement dans la vie, l'autre attend encore son épiphanie. Mais chacun a le droit d'avancer à son rythme, semble dire les auteurs, même si ce n'est pas facile à faire accepter aux autres où à soi-même. Elle est comme une version bien plus solaire ( heureusement ! ) de la Sue perdue dans Manhattan d'Amos Kollek. Les extraits musicaux forment une belle sélection homogène dont surnagent encore le Modern Love de David Bowie lors d'une course effrénée de la jeune femme dans la rue, morceau déjà utilisé de façon similaire avec Denis Lavant dans Mauvais Sang de Leos Carax. Sans oublier le morceau Every 1's a winner de Hot Chocolate très bien utilisé et que l'on prendra plaisir à réécouter après le film, qui peut très largement se revoir une deuxième fois au passage, j'en ai fait l'expérience. Parmi les autres références, des personnages regardent Rois et reines de Arnaud Desplechin mais on peut aussi rapprocher cette expérience de cinéma de celles de Julie Delpy dans l'idée de filmer ses propres parents comme la française le fit dans Two Days in Paris ou dans Before Sunset dont elle est aussi l'auteur.

Pascal Le Duff

Support vidéo : Format 16/9 compatible 4/3, Format cinéma respecté 1.85, Format DVD-9
Langues Audio : Anglais Dolby Digital 2.0
Sous-titres : Français
Edition : Mémento vidéo

Bonus:

Revue de presse
Entretien avec Noah Baumbach et Greta Gerwig (20')
Bande-annonce

Année de production 2012 Scénaristes Noah Baumbach, Greta Gerwig