Ils étaient frères liés par un amour fraternel que l’on croyait indéfectible. Il suffit d’une légende et d’une bataille pour que ce dernier, sur le métier à tisser de la vie, s’effiloche. Moïse et Ramsès pensaient que la planète bleue ne se transformerait pas, qu’ils vivraient ensemble même quand Ramsès deviendrait un dieu pour son peuple. Mais un autre dieu unique changerait les cartes du destin et les brouillerait. Moïse devient un paria, un exilé. Son statut est remis en cause, tout ça pour un peuple qu’il ne connaît pas. Le tarot du monde se met en route, les cartes sont jetées et rien ne peut les modifier. Un veau d’or et 10 commandements attendent Moïse, un règne imprégnant l’histoire de sa marque profonde au-delà de ce premier échec pour Ramsès.
Ridley Scott renoue avec le spectacle hollywoodien à la Cecil B. DeMille avec les moyens de la technologie moderne. La 3D offre un décor grandiose à cette histoire universelle remontant aux origines. Christian Bale compose un Moïse convaincant avec plus d’humanité et de doute sur son rôle. L’originalité vient de la vision des dix plaies d’Egypte et de quelques trouvailles s’inscrivant dans un récit où le spectateur en prend plein les yeux et les oreilles !
La petite musique des origines du premier cri, du premier regard à une mère fait son chemin et il comprend qu’il a plus à voir avec les esclaves. Dieu sous la forme d’un enfant sème la vérité ou le doute, pousse à assumer sa voie. Moïse reviendra pour conduire son peuple au-delà de la mer Rouge sur la terre des ancêtres à Canaan. Ramsès ne le laissera pas fuir sans rien faire, sans rien dire. Il faudra dix plaies et une chasse folle pour qu’enfin au bord de l’océan il comprenne qu’il ne peut changer le destin du monde. Un rôle plus grand attend son ancien frère devenu son ennemi, sa misère et sa douleur.
Après Noé et avant d’autres figures de la Bible, Ridley Scott s’empare de celle de Moïse. Comme pour Noé, il inscrit le mythe dans la réalité historique, tout en jouant subtilement sur les non-dits pour plaire aux croyants. La force de ce Moïse se cache dans la prestation de Christian Bale puisant dans l’humain pour transcender celui-ci et l’élever à sa nature divine. Nous découvrons un jeune homme lié à son frère Ramsès jusqu’à la bataille de Qadesh où une prophétie lance le trouble entre les deux hommes. À la mort de Sethi Ier, Ramsès II devient Pharaon, son règne sera l’un des plus longs de la dynastie. La question de la place de Moïse se pose et comme un vent d’éviction souffle sur la Cour. Il pousse Moïse vers l’exil dans le désert, suite à certaines révélations et surtout ce dernier porte secours à un esclave. Il trouve une famille en rejoignant un peuple de bergers et rencontre Dieu sous la forme du buisson ardent.
Dans cette seconde partie, nous assistons au cheminement spirituel d’un homme qui remet en cause sa condition, sa nature et s’interroge sur sa place au sein de l’univers et de la vie. Au sommet de la société, il se retrouve au bas de l’échelle. Pour trouver le chemin de son peuple, le roi quitte ses beaux atours pour l’humble chasuble. Pour trouver le divin, il faut s’abandonner, faire le vide. Voilà la route de nombreux maitres spirituels de toute religion ou philosophie, la quête du Graal intérieur. La route conduit à l’éveil pour le bouddhiste. Il est prêt à assumer sa nature intérieure, accepter sa place et son rôle voulu par Dieu ou… Ridley Scott retrouve une partie de son inspiration, ce petit plus avec la représentation de Dieu sous forme d’un enfant que Moïse est le seul à voir. Il propose un être divin capricieux, acariâtre, il n’a pas réponse à tout et se présente sous la forme d’un enfant. Dans la première partie, c’est le réalisateur roublard du cinéma d’action qui plantait le décor, épilogue du premier acte. Dans ce sens, la scène de bataille reste un bel exemple de son savoir-faire.
Question : n’est- elle pas le miroir de celle qui se déroule plus tard dans le cœur des personnages ? Chacun de Moïse à Ramsès en passant par les Hébreux se retrouve confronté à sa foi, sa voie, son avenir. Cette première partie débouche sur l’abandon, le dénuement, le Mu pour que, vierge, l’homme puisse se reconstruire. C’est un peuple de bergers dans le désert deux principes que l’on retrouve fréquemment dans les trois grandes religions. Dans le même esprit, les dix plaies prennent la forme de la réalité, la mort des crocodiles rougit le fleuve qui amène une pluie de grenouilles, des nuées de sauterelles ou de mouches, des maladies, etc. Il se garde de tout révéler, il existe toujours un espace qui ne s’explique pas, la main de Dieu, la mort des nouveau-nés par exemple. Cette notion, qu’un acte, une action en entraine une autre est un point important du Bouddhisme, mes actes entrainent des actions dont je suis responsable.
Depuis un certain temps, le cinéma américain se teinte de ces principes propres à cette philosophie. Revenu en Égypte il semble prêt à entendre un autre discours, accepter qu’il est un fils d’Abraham et non un Egyptien. Le cœur est prêt à recevoir les révélations, à suivre le guide, cet être invisible pour les autres qui ne lui épargne aucun tourment. La conclusion c’est l’Exode, la fuite vers la terre promise, là encore avec un double sens intérieur et physique. Ridley Scott suit le cheminement du récit biblique avec la séquence de la traversée de la mer Rouge et la poursuite par un Ramsès trompé, hargneux. C’est le personnage le moins bien traité, trop proche du guerrier et moins de celui plus en relief campé par Yul Bruner ou que l’histoire nous laisse.
De la même façon, les personnages secondaires, Aaron son frère, la sœur de Moïse et sa mère adoptive reçoivent un traitement plutôt léger qui éloigne le récit de sa source première pour proposer un regard plus large. C’est un cheminement spirituel que nous propose le réalisateur de Blade Runner et Prométheus. Il s’arrête d’ailleurs à l’arrivée sur la terre d’origine. Le veau d’or et les dix commandements attendront une suite. C’est bien l’homme qui reste au centre du récit. C’est un choix que nous comprenons, une vision, un point de vue. Nous sommes malgré tout dans un de ces grands films hollywoodiens à grand spectacle où le virtuel remplace le carton-pâte. Cette version s’éloigne du style pompier de Cecil B. DeMille, un cinéma américain marqué par la Bible depuis La naissance d’une nation de Griffith, qui trouvait toute sa démesure, son panache, dans ce genre de récit.
Patrick Van Langhenhoven
Bo us:
- la copie digitale au format Digital HD
8 scènes coupées et intégrales (8'57")
Commentaire audio de Ridley Scott et Jeffrey Caine (VOST)
Titre original : Exodus: Gods And Kings
• Titre français : Exodus
• Titre québécois : L'Exode : Dieux et rois
• Réalisation : Ridley Scott
• Scénario : Bill Collage, Adam Cooper et Steven Zaillian
• Décors : Arthur Max
• Costumes : Janty Yates
• Photographie : Dariusz Wolski
• Musique : Alberto Iglesias ( + Harry Gregson Williams / Musiques additionnelles )
• Production : Peter Chernin, Dylan Clark, Ridley Scott, Jenno Topping, Michael Schaefer (producteur délégué)
• Sociétés de production : Scott Free Productions et Babieka
• Société de distribution : 20th Century Fox
• Pays d'origine : États-Unis et Royaume-Uni
• Format : couleur
• Genre : drame
• Durée : 150 minutes
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Distribution
• Christian Bale (VF : Philippe Valmont) : Moïse
• Joel Edgerton (VF : Adrien Antoine) : Ramsès
• Aaron Paul : Josué
• Sigourney Weaver (VF : Sylvie Genty) : Touya, la mère de Ramsès
• Ben Kingsley (VF : Féodor Atkine) : Noun, un intellectuel hébreu
• John Turturro (VF : Dominique Collignon-Maurin) : Séthi, le père de Ramsés
• María Valverde : Séphora, la femme de Moïse
• Golshifteh Farahani (VF : Nathalie Karsenti) : Néfertari, la femme de Ramsès
• Hiam Abbass (VF : Béatrice Delfe) : Bithiah