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affiche En mai fais ce qu'il te plaît

En mai fais ce qu'il te plaît

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Un film de Christian Carion ,
Avec August Diehl, Olivier Gourmet, Mathilde Seigner,

Genre : Guerre
Durée : 1h54
France

En Bref

Nous sommes en 1939, Hans quitte l’Allemagne avec son fils Max, la chasse aux communistes est ouverte. Il se réfugie dans un petit village du Pas de Calais, hélas pour peu de temps. La bête se réveille et son envie de devenir maitre du monde avec. En France, tout ce qui est allemand n’a pas bonne presse. Alors que les armées noires déferlent comme un vent de malheur, Hans, emprisonné pour sa nationalité, s’échappe pour rejoindre son Max. Il découvre un village vide, le maire et ses habitants fuient sur les routes de France et de Navarre. C’est le temps de l’exode, des millions d’âmes jetées sur les routes. Chacun emporte le strict minimum, laissant derrière lui toute une vie. Hans, aidé de Percy un soldat écossais rencontré à Arras, suit la trace de son bien le plus précieux, son fils. Ce dernier laisse sur les tableaux des écoles, dans les villages traversés, des messages, comme le petit Poucet des cailloux. Sous la fureur des canons, la mort rôde, assoiffée d’âmes. Le père et le fils finiront-ils par se retrouver ou la guerre comptera-t-elle de nouvelles victimes dans son chaos ?   

 Christian Carion après la guerre de 14-18 avec Joyeux Noël choisit de nouveau un conflit pour nous conter une histoire humaniste. Depuis Une hirondelle a fait le printemps, il interroge notre part d’humanité à travers la confrontation entre deux êtres souvent opposés. Ils finissent par se comprendre et partager leur différence pour avancer et devenir meilleurs. C’est le cas de la petite fille de la ville et le vieux fermier, les frères ennemis pendant la Grande Guerre ou un officier russe et un agent ordinaire emportés dans la fureur de la guerre froide. Ici, c’est un Allemand, l’ennemi traversant la France, pactisant avec un soldat écossais. Il rajoute la quête du fils perdu au cœur de l’enfer. On voit comment ces parts d’humanité dépassent la guerre pour construire autre chose. Comment dans la tourmente de l’exode ne pas perdre le fil, fils de son âme. C’est un sujet épineux, peu traité au cinéma, et jamais sur la durée d’un film. Christian Carion construit dans ce paysage de la douleur des personnages tout en nuances à l’âme noble.

 Patrick Van Langhenhoven


Ce récit, qui retrace le destin de villageois contraints de tout quitter pour fuir et échapper aux nazis, Christian Carion l’a entendu de nombreuses fois dans la bouche de sa mère. Son film s’avère être un hommage à cette femme de 90 ans dont les souvenirs ont été le point de départ du scénario. Mais ce périple captivant n’a pas été le fruit d’un seul point de vue. Le réalisateur a collecté plusieurs témoignages d’habitants du Nord-Pas-de-Calais à travers un appel lancé aux téléspectateurs de France 3. Des histoires individuelles vont alors se glisser au récit initial comme ce soldat allemand agonisant qui demande à des enfants de mettre fin à ses souffrances. Noble et ambitieux, En mais fais ce qu’il te plait s’établit sur des bases solides qui fait honneur à la cinématographie humaniste du réalisateur.

Plus qu’un simple drame, le film s’imprègne d’autres genres comme le western ou le film choral dans lequel on suit des figures représentatives, parfois caricaturales, comme l’institutrice, le maire, la patronne du bistrot, l’agriculteur renfrogné… Tout ce petit monde se dirige d’un même pas vers l’inconnu et finit par ne former qu’un seul personnage, porté par l’espoir de trouver une ville accueillante au bout de leur périple mais terrassé par la peur et l’inconnu. Face à cet exode lent et inexorable, Carion insère plusieurs intrigues qui viennent rythmer le récit qui cache quelques lenteurs. On suit également l’allemand sur la trace de son fils avec le soldat écossais,  un cinéaste qui filme pour la propagande nazi et un fontainier pour qui partir, c’est mourir. Grâce à tous ces portraits charismatiques, Christian Carion nous embarque dans une aventure pleine d’humour, de violence, de drame et d’épique, soulignée par la musique d’Ennio Morricone. Un baume au cœur que ne viendront pas entamer la mise en scène et le jeu de certains un peu trop appuyés. En mai fais ce qu’il te plait est une réussite dans le mélange des styles et des intensités, dans la reconstitution comme dans l’optimisme champêtre, qui fait, il faut le reconnaître, un bien fou.

Eve Brousse

Support vidéo : Format 16/9 compatible 4/3, Format cinéma respecté 2.39, Format DVD-9
Langues Audio : Français Dolby Digital 2.0,5.1
Sous-titres :
Edition : Pathé Vidéo

Bonus:

Making of

  • Dans les coulisses d'Ennio Morricone
  • Commentaires audio du réalisateur Christian Carion

Ciné Région : Est-ce que vous considérez votre cinéma comme humaniste ?

Christian Carion : A titre personnel, je me considère comme humaniste. Après, c’est très compliqué pour moi d’avoir du recul sur ce que je fais. Je marche vraiment sur ce qui me donne envie de le faire, je n’ai pas de calcul. Je vois bien qu’il y a des constantes qui apparaissent au fur et à mesure, dont celle là en effet, et à mon sens ce n’est ni une tare ni une naïveté. On vit une époque tellement cynique que lorsqu’on dit qu’on est humaniste, on passe pour un ringard. Je trouve que c’est faux. Je ne changerai pas.

C.R : Mais sous vos airs doux et gentils, vous faites passer pas mal de sujets difficiles et très durs.

C.C : Je fais depuis mi-septembre le tour des projections en France. J’adore, c’est peut-être mon côté provincial. Et il y a une salle, je ne sais plus où, où quelqu’un m’a quasiment engueulé, il m’a dit : « je ne vous pardonnerai jamais la séquence de la tombe » (lorsqu’il déterre la tombe et tombe sur la petite). Je lui ai demandé pourquoi et il m’a répondu : « cette scène est horrible parce qu’on est content que ce ne soit pas le petit… c’est pervers ». Alors, je n’irai pas jusqu’à la psychanalyse pour connaître ce qui se cache derrière tout ça mais j’ai adoré faire cette scène là.

C.R : Qu’est-ce que ça fait de travailler avec le compositeur Ennio Morricone ?

C.C : C’est un bonheur. Je suis super fier de lui avoir donné envie de retravailler pour le cinéma français. Alors c’est une homme qui a des heures de vol et il est cash : il aime ou il n’aime pas mais c’est violent. Je lui ai montré le film, j’étais assis derrière lui pendant deux heures, j’ai attendu pendant deux heures son avis. Et il a attendu le dernier moment ; on avait mis un faux générique de fin pour le montage à l’époque et il attend la fin de la toute dernière ligne et il se retourne et là je vois dans ses yeux qu’il est hyper ému et gêné. Il me regarde longuement et il me dit : « Je vais le faire. Il y a beaucoup d’humanité là dedans, ce n’est pas un film de guerre, je ne veux plus faire de films de guerre, mais c’est un film sur des gens qui cherchent la paix. ». Pour moi, Morricone n’est pas un compositeur de cinéma, c’est beaucoup plus que ça. Il est le cinéma.

C.R : Comment avez-vous fait le choix de Laurent Gerra dont c’est le premier film de cinéma ?

C.C : Je vis à Lyon et je le voie souvent notamment au festival Lumières qu’on adore tous les deux. Il est humainement très chaleureux, c’est un mec avec lequel de me suis entendu tout de suite bien. Je l’avais déjà vu sur Une hirondelle a fait le printemps puisqu’à l’époque il était avec Mathilde Seigner et il venait très souvent sur le tournage. Je l’ai vu jouer dans plusieurs téléfilms et donc je vais le voir, je lui dis que je prépare un film et que je voulais lui confier le rôle d’un fontainier, un mec qui s’occupe d’un château d’eau, il répond : « Ouai… », et j’ajoute : « Mais il a une cave à vin exceptionnelle » et là « Ah ! ». Au delà de cette blague, il a une fascination pour les années 40 à cause de son grand-père qui était soldat puis prisonnier, donc rentrer dans cette période, c’était déjà énorme pour lui. En plus, interpréter quelqu’un aux origines rurales profondes pour qui partir c’est mourir lui semblait parfait.

Entretien réalisé par Patrick Van Langhenhoven et retranscrit par Eve Brousse

Titre : En mai, fais ce qu'il te plaît

    Réalisation : Christian Carion

    Scénario : Andrew Bampfield, Christian Carion, Laure Irrmann

    Costumes : Sandrine Langen

    Photographie : Pierre Cottereau

    Musique : Ennio Morricone

    Production : Philip Boëlffard, Christophe Rossignon

    Société de production : Pathé, Nord Ouest films

    Distribution : Pathé Distribution

    Pays d'origine : France

    Langues originales : Français, anglais, allemand

    Genre : Guerre, drame

    Date de sortie : 4 novembre 2015

Distribution

     August Diehl : Hans

    Olivier Gourmet : Paul

    Mathilde Seigner : Mado

    Alice Isaaz : Suzanne

    Matthew Rhys : Percy

    Joshio Marlon : Max

    Laurent Gerra : Albert

    Jacques Bonnaffé : Roger